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Perspective | Thélyson Orelien n’a pas créé la situation dans laquelle il s’est retrouvé

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Il me paraît évident que Thélyson n’a pas créé la situation dans laquelle il s’est retrouvé aujourd’hui, du moins pas tout seul, et il est injuste qu’il soit le seul à en payer le prix.

 

Il y a eu tellement d’interventions publiques, d’articles de presse et d’opinions diverses sur ce que l’on appelle aujourd’hui l’affaire Thélyson Orélien, que je doute de la nécessité de donner mon opinion et que je m’excuse déjà si j’ai repris des idées partagées par des commentateurs avant moi. Il me paraît évident que Thélyson n’a pas créé la situation dans laquelle il s’est retrouvé aujourd’hui, du moins pas tout seul, et qu’il est injuste qu’il soit le seul à en payer le prix.

Si vous avez suivi de très près la poésie des « jeunes poètes » haïtiens ces vingt dernières années, vous avez sûrement lu le nom de Thélyson Orélien quelque part, soit grâce aux anthologies poétiques présentées par Jean Euphèle Milcé et James Noël ou via son blog littéraire Parole en Archipel, qui publiait des textes critiques et de création avec la contribution de plusieurs écrivains et critiques littéraires. Ce qu’il faut aussi se rappeler c’est que depuis à peu près dix ans, il y a eu un silence total autour de Thélyson Orélien, probablement parce que l’auteur s’était dit que la littérature n’était pas son truc, qu’il a eu du mal à s’y frayer un chemin et qu’il a décidé de passer à autre chose.

La fabrique de l’écrivain

Grâce à l’intelligence artificielle qui permet aujourd’hui à n’importe qui de déployer très peu d’effort pour « créer » un livre, l’auteur s’est peut-être dit qu’il allait « créer » des livres, les mettre sur Amazon et avoir un revenu alternatif. Ce que beaucoup de personnes font aujourd’hui surtout en Amérique du Nord, sans avoir la prétention d’être écrivain. Ils rentrent, pour moi, dans la catégorie de créateurs de contenu.

Il me semble que c’est exactement ce qu’il a fait. Si vous tapez sur Amazon le nom de Thélyson Orélien, vous verrez plusieurs autres titres de l’auteur, mis en vente par lui-même. Il est clair que Thélyson ne s’était pas considéré comme écrivain, avant que ses éditeurs lui aient fait croire qu’il en était un.

Toute la communication autour du livre, ainsi de l’agenda de l’auteur sont le produit de ses éditeurs. Certains éléments de communication nous prouvent que les éditeurs poussaient le livre, quitte à mentir naïvement, pour des raisons économiques ou de fierté nationale. Des narratifs comme « premier roman », « traduit dans une vingtaine de pays ou de langues » ont été repris exactement par les médias du Quebec et de la France sans vérification.

Malgré que certaines personnes aient attiré publiquement l’attention des éditeurs et des journalistes sur le fait que l’auteur n’était pas à son premier coup d’essai, les éditeurs paraissaient aveuglés par le succès du livre et ont continué à exposer l’auteur à un monde littéraire auquel il n’était pas préparé.

Toutes les interventions de Thélyson Orélien dans la presse, y compris sa participation à la plus grande émission littéraire en France, ont été pénibles à écouter, ou honte pour les écrivains haïtiens, pour la simple et bonne raison que l’auteur n’était pas préparé à ce succès, qu’il n’était pas un écrivain dans le sens littéraire du terme et que mis à part René Depestre, il n’était pas capable de faire référence à aucun autre écrivain quand on sait que la thématique de la migration est centrale de la production littéraire haïtienne depuis les années 1980.

Il suffit à un auteur, quelque soit sa nationalité, de parler cinq minutes pour que toute personne avisée sache s’il est un littéraire ou pas. Les éditeurs, les chroniqueurs littéraires, certains écrivains français de renom ont été aveuglés par le fait qu’il y a eu une volonté manifeste à pousser le livre. Cette volonté, n’était pas celui de l’auteur.

Des mensonges de grande maintenance

Thélyson Orélien est donc pris rapidement dans un cercle vicieux de mensonges et d’escroquerie dont il a, certes, sa part de responsabilité. Le plus affligeant dans le mensonge c’est qu’il demande beaucoup de maintenance pour que ne s’écroule tout l’édifice. Et l’on sait combien les mensonges se nourrissent eux-mêmes de mensonges. Thélyson Orélien est donc obligé d’utiliser des artifices de langage pour justifier par exemple que ce livre est son premier roman quitte à considérer son éditeur haïtien comme un simple imprimeur.

Et depuis que le scandale a éclaté, l’édifice est devenu plus gourmand en mensonges. Ce n’est que le 21 octobre dernier que les éditions Boréal ont décidé de briser le cycle du mensonge en affirmant que « l’intelligence artificielle a été utilisée dans le processus d’écriture de C’était ça ou mourir », transférant ainsi toute la responsabilité à l’auteur tout en gardant le fruit de ce qui pourrait être dans toute leur histoire, le livre le plus rentable de leur catalogue.

En effet, Thélyson Orelien ne garde probablement pas plus de 10% des ventes de son livre. Les éditeurs, les diffuseurs et les librairies, ont tiré un meilleur profit de la vente de son livre que lui-même, pendant qu’il est obligé aujourd’hui de garder 100% la responsabilité dans cette affaire et qu’il se pose aujourd’hui des questions cruciales sur sa vie, sa carrière professionnelle ou tout simplement sur son existence.

Par : Wébert N. Charles

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Wébert Charles est critique littéraire et co-fondateur de la revue Legs et Littérature et de la maison d’édition LEGS ÉDITION.

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