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Lyonel Trouillot | Raturer Haïti : objectif symbolique

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Un exécutif de facto imposé par « L’international » qui dépense beaucoup d’argent auprès de lobbyistes pour durer, alors que la réalité et l’image du pays se dégradent

Un officiel dont la mission était de protéger les citoyens qui se fait déporter et qui rentre au pays de force les menottes au poignet.

Un discours de plus en plus répandu dans la diaspora – on ne peut pas reprocher aux gens de partir, on peut choisir le départ comme solution individuelle et ils sont nombreux à ne pas le faire de gaité de cœur, d’ailleurs départs – retours – re-départs – re-retours sont le lot d’un grand nombre de personnes, mais cela ne justifie pas qu’on dise que ceux qui restent le font simplement et uniquement parce qu’ils n’ont pas où aller – porté même par des chercheurs et des créateurs : Haïti pays de merde à fuir à tout prix.

Un exécutif de facto imposé par « L’international » qui dépense beaucoup d’argent auprès de lobbyistes pour durer, alors que la réalité et l’image du pays se dégradent.

L’Occident, une partie, qui veut se donner bonne conscience en disant « soyons plus cléments envers ces pauvres » mais qui se fâche dès qu’on aborde les conditions de production de la réalité sociopolitique haïtienne, sa responsabilité à côté de celles des élites haïtiennes.

Bien sûr, des méchants, il en est. Au hasard des rues, de ce qu’il en reste : Tel, goujat, misogyne, thuriféraire depuis la fin des années Duvalier, prêt à toutes les bassesses pour quelques dollars de plus. Tel autre répétant à qui veut l’entendre qu’il est entré en politique pour gagner de l’argent, et basta. Tel autre… tel autre encore… Et bien sûr, au sommet, ceux qui sont riches de la misère des autres.

Des victimes, il en est. Les classes populaires. Les classes moyennes appauvries. Et, de tous les milieux, les blessés, les morts, celles et ceux qui font les frais des kidnappings, des assassinats, des massacres.

Mais, et c’est cela qu’une certaine presse occidentale et certains discours dans la diaspora, heureusement non majoritaires, les victimes (ou les lâches, comme si le courage c’est de partir) ne sont pas que des victimes. Ce sont des humains en lutte pour avoir malgré tout une vie. Pour construire un pays. Pour le sortir du merdier. Ce sont les jeunes qui constituent des groupes d’écriture ou de théâtre à Cité Soleil. Ce sont les braves enseignants qui essaient, malgré tout de faire leur travail. Ce sont les associations paysannes, le mouvement ouvrier affaibli, mais vivant. C’est cette mère de famille qui élève seule ses enfants en leur disant : tu ne voleras point.

Ce sont les associations féminines, surtout celles qui font le lien entre le combat des femmes et les luttes sociales en général. Ce sont tous ces gens qui savent que la mort attend peut-être à chacune de leurs sorties. C’est ce jeune qui entre en politique, non pour s’enrichir, mais pour améliorer les conditions de sa communauté. C’est cet entrepreneur qui respecte la loi et supporte la vie associative. Ce sont ces gens de la diaspora qui ne fanfaronnent pas, s’engagent à leur façon pour aider ceux qui luttent sur le terrain.

C’est ce flot de réflexions, de production de savoir, d’engagement social et politique. C’est tout ce monde dont personne ne parle. Qui ne fait jamais la une. Dont l’existence est niée, le combat dévalué par les discours qui veulent réduire Haïti à un pays perdu habité par des assassins et des victimes. Ce monde existe, héroïque, méritoire. Dans le marasme actuel, ces forces essaient d’ailleurs de se rassembler. Mais qui en parle ? Heureusement qu’elles n’écoutent pas ce silence, sinon elles en viendraient à douter de leur propre existence.

Car c’est la viabilité même d’Haïti qui est mise en doute par ce silence. Ceux qui luttent pour l’avenir de ce pays, qui se donnent le droit ou le devoir de l’aimer et d’agir pour qu’il produise du bien-être collectif doivent lutter en même temps contre ses ennemis objectifs et contre le crachat méprisant des discours qui les effacent de la carte du monde.

A quelle douloureuse solitude a-t-on choisi d’abandonner ce pays ?

Par : 

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Poète, romancier, critique littéraire et scénariste, Lyonel Trouillot a étudié le droit.

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