Arrestations illégales, bastonnades, cabossages de véhicules, violences physiques dans les rues, pénétrations arbitraires dans des domiciles privés et exercice de violences sur un ou des membres de la maisonnée, troubles de l’ordre public dans des bars ou à l’occasion de fêtes où des policiers sortent leurs armes et se mettent à tirer pour un oui pour un non…
Je ne suis pas de ceux qui disent « Tous » pour parler des citoyens, d’une profession, d’un groupe social haïtien. « Tous les Haïtiens veulent partir ». « Tous les Haïtiens sont menteurs. » Surtout que ce genre de généralisation intervient quant il s’agit d’évoquer des pratiques ou des traits négatifs. Je ne dirai donc pas « tous les policiers ». Il y a d’ailleurs des policiers qui exercent correctement leur profession dans des conditions difficiles, et il faut saluer ceux qui ont laissé leur vie dans la lutte contre le banditisme et s’assurer que leurs familles bénéficient des aides auxquelles elles ont droit.
Mais les exactions commises par des policiers ou par des individus en uniformes de policiers sont telles qu’on en vient à se demander s’il s’agit d’une volonté de terroriser la population, de lui signifier qu’elle n’a pas de droits, d’autant que ces exactions ne suscitent aucune réaction de condamnation de la part de la Direction générale de la police, ni des ministères concernés, ni du Premier ministre lui-même.
Arrestations illégales, bastonnades, cabossages de véhicules, violences physiques dans les rues, pénétrations arbitraires dans des domiciles privés et exercice de violences sur un ou des membres de la maisonnée, troubles de l’ordre public dans des bars ou à l’occasion de fêtes où des policiers sortent leurs armes et se mettent à tirer pour un oui pour un non…
Le signe le plus évident de ce qui ressemble à un système ou l’application d’une consigne, c’est la violence quotidienne contre les civils dans les quelques voies de Port-au-Prince encore ouvertes à la circulation. Personnellement, un cortège, ni vu ni connu, m’a détruit un rétroviseur. Des proches, deux femmes, ont vu leur véhicule encerclé, des armes braquées sur elles, parce que des « chefs » voulaient passer quand l’embouteillage ne le permettait pas.
Tel grand poète haïtien – il en avait presque perdu son légendaire sens de l’humour – avait vu son véhicule simplement poussé sur le trottoir par un mini cortège de « chefs ». Quant aux chauffeurs de moto – qui ne respectent pas tous les règles de la circulation, c’est un autre problème – ils sont les victimes privilégiées de ce type d’exactions. Détruire ou endommager des biens, agresser des citoyens, sortir des armes, se mettre à tirer, parfois à hauteur d’homme dans des rues où passent des foules comprenant des enfants… Sur les routes, des policiers s’arrogent le droit de mettre nos biens, notre dignité de personne humaine, et même nos vies en danger. C’est inacceptable. Nous avons déjà consacré une chronique à ce fait il y a quelques mois. L’on peut d’ailleurs regretter que cela n’ait pas été systématiquement relayé et dénoncé dans la presse.
Cela rappelle les pratiques du macoutisme, quand tout civil avait le statut d’ennemi ou de subalterne. Et le bon docteur François Duvalier se contentait de répondre que « tout milicien est mineur », mineur dont il était bien entendu le père. Sommes-nous aujourd’hui dans cette même logique ? A un moment où on aurait besoin de pacifier les liens entre une institution – qui compte aussi des citoyens de qualité prenant au sérieux leur mission – et la population.
Combien d’incidents faudra-t-il ? Combien de morts ? Armes fournies par l’Etat, véhicules fournis par l’Etat, paiements effectués par l’Etat ! Tout cela avec de l’argent payé par notre travail ou emprunté en notre nom.
Encore une fois, loin de moi l’idée que tous les policiers ont ce type de comportement auquel il convient de mettre fin.
Et dans un contexte où il semble interdit de manifester. Il y a longtemps qu’on n’a pas vu une manifestation, une forme de protestation collective qui n’a pas été réprimée.
Messieurs « les grands chefs » qui laissez faire « les petits chefs », il est temps, pour gagner un brin de crédibilité aux yeux de la population, de mettre fin à cet arbitraire que nous subissons au quotidien.
Par : Lyonel Trouillot
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