Note à l’usage du lecteur et de mes collègues
Ces textes courts sont écrits selon une règle unique : une plaquette, un document, et une démonstration que le lecteur vérifie lui-même en dix minutes dans le texte cité. Je n’y résume pas mes livres. J’y mets le lecteur devant un article de loi et je le laisse conclure. Comme je travaille vite et que j’ai quatre-vingt-dix ans, je me suis donné un secrétaire, et ce secrétaire est une machine. Je préfère le dire ici plutôt que de laisser la question flotter.
Ce que je fais, ce que fait la machine
La machine est Claude, un modèle de langage de la société Anthropic. Je lui envoie les documents — le Code rural de 1826, celui de Geffrard, celui de Duvalier, les règlements de culture de Polvérel et de Toussaint Louverture, souvent sous forme de photographies médiocres — et une architecture : le sujet de la série, le nombre de textes, ce que chacun doit démontrer, les règles de registre auxquelles je tiens.
Elle lit ces documents en entier, ce que je n’ai plus la patience de faire pour deux cents articles à la suite. Elle en tire les articles utiles, les collationne, rédige une première version, la met en pages, et la refait autant de fois que je le demande. Elle tient les règles que je lui ai données : nommer le sujet de chaque action plutôt que d’écrire à l’impersonnel, ne jamais mettre le lecteur en accusation, éviter les mots savants, laisser le lecteur découvrir au lieu de lui annoncer ce qu’il va comprendre.
Ce qu’elle ne fait pas : les questions, les thèses, l’ordre des textes, les corrections de fond, et le dernier mot. Une machine n’a pas de jugement ni d’intention ; elle produit des phrases plausibles, ce qui n’est pas la même chose que des phrases vraies. Tout ce qui, dans ces plaquettes, constitue une interprétation vient de moi, et les erreurs qui y resteront m’appartiennent.
Ce que ce travail m’a rendu
Je donne un exemple, parce que mes collègues voudront savoir si la chose sert à autre chose qu’à taper.
J’avais fait citer l’article 16 de la Constitution de Saint-Domingue de 1801 d’après une édition courante. Le secrétaire, en collationnant sur l’impression de 1801, a vu que cette version s’arrêtait à la deuxième phrase. L’article en a une troisième, qui autorise le gouverneur à faire tous les règlements de police nécessaires « conformes aux bases du réglement du 20 vendémiaire an 9 » — c’est-à-dire du 12 octobre 1800, le règlement de culture de Toussaint Louverture que je venais de lui envoyer. La police des campagnes entre donc dans le droit constitutionnel dès 1801, et avec un modèle nommé et daté. Toute la première plaquette a changé de centre.
De même pour le Code rural de Duvalier : chacun attribue à 1986 ou à 1987 l’idée d’un conseil élu dans la section, alors que le texte de 1962 la prévoit déjà à ses articles 3 et 4. Je le sais parce que quelqu’un a lu les quatre cents articles.
Les garde-fous, qui sont la partie sérieuse
Une machine de cette espèce se trompe avec aplomb, et invente au besoin une date qui manque. J’ai donc imposé trois règles, et je les rappelle ici parce qu’elles font la valeur de ce qu’on lit.
Rien n’est imprimé qui ne soit vérifié sur le document lui-même, et chaque citation porte son numéro d’article, pour que le lecteur aille voir. Ce qui n’a pas pu être vérifié est dit non vérifié, dans le texte ou dans mes notes, et n’est pas imprimé. Enfin, je demande la critique franche plutôt que l’approbation, et je l’obtiens : il m’est arrivé plus d’une fois de proposer un raccourci et de me le voir refuser, pièces à l’appui.
Trois exemples de ce qui n’a pas été imprimé, faute de preuve : le jour exact du règlement de Polvérel, dont l’extrait dont je dispose s’arrête avant la signature ; le texte qui aurait supprimé le poste de chef de section, que nous n’avons pas trouvé ; et l’acte qui aurait confié les écoles rurales aux paroisses, pour lequel il faudrait le livre d’Edner Brutus sur l’instruction publique, que je n’ai pas avec moi pour le moment, étant à l’étranger.
Pourquoi je le dis
Parce que cette méthode repose entièrement sur la confiance du lecteur dans les citations, et qu’une confiance se mérite en disant comment on travaille. Parce que mes collègues se demanderont, en lisant seize textes en trois semaines, comment un homme de mon âge les a écrits : il ne les a pas tapés, il les a pensés, dictés, corrigés, et souvent refaits plusieurs fois. Et parce que l’outil sera bientôt entre toutes les mains, et qu’il vaut mieux montrer un usage réglé que de laisser croire à un tour de passe-passe.
Je propose donc que la mention suivante figure à la notice finale de la collection :
« Ces plaquettes ont été établies avec l’assistance de Claude (Anthropic), employé comme secrétaire de documentation et de rédaction : dépouillement des textes, collation des articles, vérification des dates, mise au propre des versions successives. Les questions, les thèses, l’architecture des séries et les décisions de rédaction sont de l’auteur, ainsi que les erreurs qui subsistent. »
Par : Jean Casimir
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