Les Pré-facs, c’est, comme un peu tout dans ce pays, un territoire d’affrontement entre le pire et le meilleur. Ne laissons pas triompher le pire.
“Avec des amis, on s’est dit qu’il fallait aider, et tous les ans on collabore à des Pré-facs ou on essaie d’en créer. Sans besoin d’en tirer quoi que ce soit. Parfois, on se fait un peu d’argent, mais ce n’est pas ce qui nous motive. » Paroles de jeunes licenciés se souvenant des difficultés auxquelles ils avaient dû faire face, et désireux de faciliter le chemin aux nouvelles générations. Il y a de cela. Et aimer ce pays, c’est refuser de le réduire à une caricature, reconnaître que des gens, des citoyens y font des choses positives, qu’il produit des élans de bonne volonté qui tendent parfois jusqu’à l’héroïsme.
Tous les organisateurs et animateurs de Pré-facs ne sont pas guidés par les mêmes motivations. Ces activités, qui fonctionnent pratiquement sans aucun cadre légal ni supervision institutionnelle, sont comme les autres pratiques sociales de hauts lieux de contradictions où s’affrontent des visions différentes.
L’entraide. On ne peut la nier. Mais aussi des pratiques qui tiennent de la barbarie et de la violence. « Postulants, silence. » « Postulants » laissés debout au soleil, parfois forcés de répondre à des contrôles académiques debout, interdits de parole, de questions voire de contradictions. Autorité absolue des « animateurs ». Pressions sexuelles sur les postulantes. Injures. Humiliations. Exclusions arbitraires. Délires morbides et autoritaires. Comme une sorte de fast food de l’éducation où des disciples du général Borôm t’enfoncent dans le crâne ou la gorge des recettes à ingurgiter sur fond de bizutage avant même l’intégration dans l’espace universitaire.
Il y a les payantes et les gratuites. L’arbitraire et le lot d’humiliations plus manifestes dans les gratuites où des tyrans en devenir exercent une autorité sans borne souvent inversement proportionnelle à leurs compétences disciplinaires. Aujourd’hui, les politiques s’en mêlent. La droite, dans ce domaine bien plus intelligente que la gauche, a compris qu’il y avait là du personnel à recruter, un réseau d’influence à développer. Et des liens organiques ou inavoués se construisent entre certaines Pré-facs et certaines organisations politiques. Les Pré-facs, c’est aussi un tremplin pour « leaders » et futurs leaders.
L’existence en masse des Pré-facs témoigne du sentiment général que les « postulants » aux études universitaires ont reçu une formation insuffisante, qu’ils ne sont pas à niveau. (S’interroger donc sur le système scolaire)
En plus, comme les places sont limitées, il s’agit pour les postulants de mettre toutes les chances de leur côté. Il s’agit aussi, l’occasion créant le larron, pour certains organisateurs et animateurs de se faire de l’argent tout en exerçant un pouvoir arbitraire sur des jeunes pour la plupart d’origine modeste.
Remettre à l’honneur l’esprit de solidarité et la curiosité intellectuelle contre l’autoritarisme et l’avidité. Cet esprit existe. Le renforcer, le soutenir, l’encadrer. Les Pré-facs, c’est, comme un peu tout dans ce pays, un territoire d’affrontement entre le pire et le meilleur. Ne laissons pas triompher le pire.
Par : Lyonel Trouillot
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