Opinions

Lyonel Trouillot | Les mots et les silences

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La question du langage, ce que j’ose dire en tant que personne, la pensée et la vision de moi et du monde que j’élabore en tant que communauté, est une question de première importance. Pourquoi parle-t-il de ceci et pas de cela ? De quelle idéologie, aliénation ou dépendance matérielle, tire-t-il ses éléments de langage ?

Un brin de fierté. J’ai entendu un commentateur haïtien dire à la télé : « Moi, je suis pour l’Iran, considérant tout ce qu’ils doivent subir ». C’est vrai que jouer dans de telles conditions, c’est de l’héroïsme. D’aucuns parleront de « résilience ». Le mot est à la mode, sanctifié par les ONG, les institutions internationales. Pourtant nombreux les sociologues qui en dénoncent la dimension réactionnaire : s’adapter au pire sans engagement institutionnel ou collectif pour transformer la réalité sociale de manière radicale. La résilience ou l’art de faire avec quand il faudrait faire contre.

Retour à l’animateur. Rien d’exceptionnel. Ce sont des choses que nous disons tous en privé. C’est odieux ce que vit l’équipe iranienne. Mais si nous ne craignons pas de tenir des discours qui contrarient le pouvoir politique haïtien (notre seule victoire depuis la chute de la dictature Duvalier), nous sommes devenus des champions de l’autocensure et du mimétisme quand il s’agit de la communauté internationale. Nous parlons son langage. Nous sommes démocrates, féministes, républicains, modernes… à sa manière. Nous pensons peu et vivons nos vies, écrivons nos textes dans les termes des projets à présenter à des bailleurs.

Il ne faut pas choquer. Pourtant, L’Occident lui ne prend pas de gants. Etrangement, ignorance ou choix délibéré, dans la série d’animation pour enfants, Imago (créée en 2022), Zayan, le jeune héros est confronté à une créature maléfique sortie du royaume des ténèbres, dont le nom est Damballa. Le tollé si dans une série pour enfants produite en Haïti, le diable s’appelait Moïse ou le roi David, lesquels ne sont même pas des divinités.

La question du langage, ce que j’ose dire en tant que personne, la pensée et la vision de moi et du monde que j’élabore en tant que communauté, est une question de première importance. Pourquoi parle-t-il de ceci et pas de cela ? De quelle idéologie, aliénation ou dépendance matérielle, tire-t-il ses éléments de langage ?

Si vient le temps des votes, je sais que je donnerai le mien à une voix singulière qui portera sans bafouiller ni réciter les intérêts du collectif. L’expression est belle et la réalité plus belle encore de « on moun oswa on payi k ap pale nan bouch li »

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Poète, romancier, critique littéraire et scénariste, Lyonel Trouillot a étudié le droit.

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