Opinions

Lyonel Trouillot | Marchons au pas, c’est le pas…

0

Ne nous mentons pas. Ce n’est pas pour partir en guerre pour sauver la nation, ni par souci de servir dans le respect de normes républicaines que des jeunes vont en masse tenter de se faire recruter

Le garçon a réalisé des prouesses dans la criminalité en quelques mois : faux et usage de faux ; tentative de braquage ; vols. Aux dernières nouvelles, il aurait été vu faisant la queue devant les bureaux de recrutement des FAD’H. Il n’est sans doute pas le seul à se dire que pour mener carrière tranquille de criminel, il vaut mieux être vêtu de l’habit militaire.

Cet autre n’a pas encore imité d’autre signature que celle de sa mère sur un bulletin scolaire. Mais depuis petit, il a toujours clamé que l’Etat, la loi, les droits humains, tout ça c’est de la foutaise, donnez-moi une arme et tout le monde, entendez tout civil, devra m’obéir. C’est vrai que le garçon avait été victime d’une exaction commise par un militaire. Un coup de crosse et des baffes. Il n’a pas oublié et veut que ce soit son tour.

Les exemples ne manquent pas. Tel qui a installé un bar en pleine rue quelque part à Delmas et se met à tirer en l’air chaque fois qu’il a bien bu. Tel autre qui s’est mis à tirer au risque de tuer tout ce qui bouge parce qu’un chat noir, mauvais présage, miaulait pas loin de sa maison. Et les arrestations illégales, les mille et une violences physiques, pour une phrase, un regard qu’on n’a pas aimés. Pour un simple accrochage sur la route alors que le conducteur de l’autre véhicule était dans son droit.

Peu de choses ont changé depuis les années Duvalier. Nombreux encore parmi les membres de la police nationale et de ce soupçon de forces armées pour qui les civils sont des ennemis ou des subalternes. L’arme et l’uniforme leur confèrent tous les privilèges. C’est d’ailleurs tout ce qui les motive : le pouvoir et les privilèges. Plus l’instinct répressif. Manifs, revendications, journalistes indépendants, des fauteurs de trouble qu’il faudra faire plier. Et l’usage politique que les pouvoirs exécutifs font de ces deux institutions renforce ce sentiment d’impunité et cette fureur répressive contre les civils.

Et bon nombre des jeunes qui vont être recrutés ont tout pour être pires que leurs prédécesseurs. C’est une armée du sauve-qui-peut qui est en train de se former. Pas trop d’exigences côté intellectuel et éthique. La précarité des garçons (et des filles) des classes moyennes défavorisées dans une société du paraître et de la consommation. Du temps de richesses à gagner sur le temps de privation.

Tous n’ont pas cette mentalité. Mais nombreux l’ont et ne souhaitent qu’une chose : que le temps de formation passe vite pour qu’ils puissent commencer à faire et défaire…

Sans omettre que nous ne savons pas vraiment qui les forme et à quoi on les forme. A l’éthique républicaine ? A la détestation des civils ? Au recours rapide à la violence ? A la culture des exactions ? A l’obéissance aveugle ? Aux normes, aux principes qu’une armée en tant qu’institution et ses membres en tant que personnes doivent respecter dans une société démocratique ?

Ne nous mentons pas. Ce n’est pas pour partir en guerre pour sauver la nation, ni par souci de servir dans le respect de normes républicaines que des jeunes vont en masse tenter de se faire recruter. Espérons que ceux qui y vont pour de bonnes raisons pourront résister aux dérives et aux anciennes pratiques d’exactions et de détestation des civils et des principes républicains.

Par : 

► AyiboPost s’engage à diffuser des informations précises. Si vous repérez une faute ou une erreur quelconque, merci de nous en informer à l’adresse suivante : hey@ayibopost.com


Gardez contact avec AyiboPost via :

► Notre canal Telegram : cliquez ici

► Notre Channel WhatsApp : cliquez ici

► Notre Communauté WhatsApp : cliquez ici

Poète, romancier, critique littéraire et scénariste, Lyonel Trouillot a étudié le droit.

    Comments