Insécurité

Le commissaire de Pétion-Ville traîné en justice dans l’affaire Nestor

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Me Réginald François, l’un des avocats de la firme, confie à AyiboPost qu’une plainte a été formellement déposée le 2 juillet contre le commissaire principal de Pétion-Ville, Henock Morélus, par-devant le parquet de Port-au-Prince

Les funérailles de Woodley Nestor, tombé il y a un mois sous les balles d’agents de la Police nationale d’Haïti (PNH), se sont déroulées le lundi 20 juillet à Philippeau, une localité de la commune de Pétion-Ville.

La famille de la victime, âgée de 34 ans, a engagé des démarches judiciaires contre les agents impliqués. Nestor laisse derrière lui son épouse et un petit garçon de deux ans.

Le cabinet d’avocats Réginald Forlitou Sévère a été constitué pour accompagner la famille dans ce dossier.

Les funérailles de Woodley Nestor chanté á l’église Lumière. Photo : Tamarre Pierre

Me Réginald François, l’un des avocats de la firme, confie à AyiboPost qu’une plainte a été formellement déposée le 2 juillet contre le commissaire principal de Pétion-Ville, Henock Morélus, par-devant le parquet de Port-au-Prince.

La mise en mouvement de l’action publique contre les agents de police impliqués dans le drame figurait également parmi les demandes formulées dans cette requête.

« Nous avons visé Henock Morélus parce que nous n’avons pas été en mesure d’identifier les policiers accusés dans ce drame. En tant que responsable du commissariat de Pétion-Ville, les agents soupçonnés sont sous sa responsabilité », précise Jean Frantz Chérubin, un autre avocat au dossier.

Les funérailles de Woodley Nestor chanté á l’église Lumière. Photo : Tamarre Pierre

Quatre jours plus tard, Roosevelt Cadet, commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Port-au-Prince, a adressé une correspondance à l’Inspection générale de la Police nationale d’Haïti (IGPNH).

Cette correspondance, acheminée à AyiboPost, exigeait du responsable du commissariat de Pétion-Ville, Henock Morélus, qu’il communique l’identité des policiers qui se trouvaient à bord du backup de patrouille immatriculé 1-00665 — supposément impliqué dans l’incident — entre 17 heures et 20 heures, et qu’il les mette à la disposition du parquet. Les faits visés sont l’assassinat, la complicité d’assassinat et la tentative d’assassinat au préjudice de Woodley Nestor et de son épouse.

« Nous avons visé Henock Morélus parce que nous n’avons pas été en mesure d’identifier les policiers accusés dans ce drame. En tant que responsable du commissariat de Pétion-Ville, les agents soupçonnés sont sous sa responsabilité », précise Jean Frantz Chérubin, un autre avocat au dossier.

Selon Réginald François, aucune réponse n’avait encore été apportée à cette demande.

« La première fois que nous nous sommes rendus à l’IGPNH pour nous enquérir de l’avancement du dossier, les responsables nous ont informés que le commissaire principal de Pétion-Ville [Henock Morélus] n’avait pas encore donné suite à cette requête », confie Me François.

L’avocat attribuait ce retard à un manque de volonté réelle de la part des responsables de l’institution.

Le 3 août 2026, Jean Frantz Chérubin confie à AyiboPost s’être rendu à la Direction départementale de la police de l’Ouest I (DDO-1), aux abords du Champ de Mars, à Port-au-Prince, pour s’enquérir une fois de plus de l’état d’avancement de l’enquête.

« Un responsable sur place m’a informé que l’institution n’avait pas encore reçu, du commissariat de Pétion-Ville, un rapport sur l’affaire Woodley Nestor », souligne l’avocat.

Toujours selon l’avocat, ce responsable a téléphoné au commissariat de Pétion-Ville en sa présence.

Le commissariat de Pétion-Ville a confirmé, pour sa part, au responsable de la DDO-1, qu’un rapport sur le dossier avait déjà été établi et transmis à l’IGPNH, à la demande de cette dernière. AyiboPost n’a pas pu prendre connaissance du contenu de ce rapport avant la publication de cet article.

« Nous continuons de suivre ce dossier de très près », soutient Me Réginald François à AyiboPost.

Les funérailles de Woodley Nestor chanté á l’église Lumière. Photo : Tamarre Pierre

AyiboPost a vainement tenté de joindre Henock Morélus le 5 août 2026. Une demande de commentaire lui a également été transmise. Cet article sera actualisé s’il réagit.

La famille de Woodley Nestor, profondément attristée depuis l’incident, continue de demander justice.

Selon Véronique Estira, la belle-sœur de la victime, des contacts ont été établis entre la famille de Woodley Nestor et le responsable du commissariat de Pétion-Ville.

Au cours de la première moitié du mois de juillet, le commissaire principal de Pétion-Ville, Henock Morélus, a rencontré la conjointe et le père de Woodley Nestor pour un entretien portant sur le dossier.

Les intéressés confient à AyiboPost que le responsable a évoqué l’ampleur de la médiatisation de cette affaire, affirmant avoir reçu des appels d’organisations internationales de défense des droits humains à ce sujet.

« Le commissaire en a profité pour leur confier également que les policiers impliqués dans le drame avaient déjà été identifiés et étaient « sous contrôle » », rapporte Jean Frantz Chérubin.

Les funérailles de Woodley Nestor chanté á l’église Lumière. Photo : Tamarre Pierre

Le 15 juillet, le commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Port-au-Prince, Roosevelt Cadet, a adressé une correspondance à l’entreprise Chapelles funéraires Eben-Ezer, où reposait Woodley Nestor, lui accordant l’autorisation légale de procéder à son inhumation.

« Nous voyons que les lignes ont vraiment bougé depuis l’enquête d’AyiboPost. Nous espérons seulement que Woodley Nestor obtiendra justice », souligne Tumicks Estira, le frère aîné de la victime.

À l’église Lumière, nichée dans la rue Dr Noël, à Péguy-Ville, le corps sans vie de Woodley Nestor a reçu un dernier hommage.

Dès 6 heures du matin, une rivière de pleurs et de larmes traversait le calme des premières heures de la journée, portée par une foule très nombreuse.

Au programme : une exposition du corps pendant une heure, suivie du rituel funéraire à sept heures.

Les murs du temple étaient incapables de contenir les cris de douleur et la souffrance qui marquaient les visages des membres de la famille de la victime.

Assis sur les genoux d’un proche, le petit garçon de deux ans du défunt tendait naïvement le bras, au milieu du tumulte général, pour toucher sur l’affiche mortuaire le visage d’un père qu’il ne reverra plus jamais.

« C’est très bizarre, soutient Tumicks Estira, le frère aîné de la victime. Je n’arrive toujours pas à croire que c’était vraiment Woodley Nestor dans ce cercueil. »

Pour le frère aîné, justice doit être rendue.

« Assassiner quelqu’un dans ces conditions est inhumain, et les coupables doivent répondre de leurs actes devant les tribunaux », renchérit-il.

Les funérailles de Woodley Nestor chanté á l’église Lumière. Photo : Tamarre Pierre

Tumicks Estira ne ménage pas ses critiques envers les agents de la police.

Selon lui, ces méfaits, parmi tant d’autres, expliquent la perception négative qu’une partie de la population entretient à l’égard de l’institution policière. « Chaque fois qu’on voit un policier, c’est comme si on voyait un assassin », regrette-t-il.

Pour Rodna Louider, la conjointe de la victime, le jour de l’assassinat est un jour « qu’elle n’oubliera pas de sitôt ». « Ce sera toujours l’un des pires jours de ma vie », confie-t-elle.

Woodley Nestor, tué le 24 juin dernier à Pétion-Ville alors qu’il s’empressait de rentrer chez lui pour assister à la fin du match d’Haïti contre le Maroc à la Coupe du monde 2026, a été décrit par les résidents de son quartier et les membres de sa famille comme quelqu’un de très « aimable et discipliné ».

Né à Kenscoff, il y a effectué une partie de ses études classiques, qu’il a terminées en 2013 au Lycée national de Pétion-Ville.

Woodley Nestor a ensuite appris et exercé plusieurs métiers, dont celui d’électricien. Il a également travaillé dans le secteur de la décoration événementielle, selon les membres de sa famille.

Par :  Junior Legrand

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Journaliste à AyiboPost depuis avril 2023, Legrand junior fait ses études à l'Université d'État d'Haïti. Passionné des mots et du cinéma, il espère mettre à contribution sa plume pour donner forme au journalisme utile en Haïti et favoriser l'éclosion d'une sphère commune de citoyenneté.

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