Insécurité

Exclusif | Krisla possède une entreprise de « paryaj » et des banques de borlettes

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Les boîtes de « paryaj » en ligne et la borlette sont minées par le blanchiment d’argent, révèlent des autorités à AyiboPost

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Le chef de gang Christ-Roy « Krisla » Chery possède sa propre banque de borlette, appelée New-York New-York, ainsi qu’une entreprise de « paryaj » sportif en ligne, révèle à AyiboPost le directeur commercial de la Loterie de l’État haïtien (LEH), Mounson Jean.

Deux autres sources au niveau du quartier de Fontamara, fief du caïd, confirment pour AyiboPost l’existence des entreprises.

Au moins deux chefs de gangs de la coalition Viv Ansanm font usage du secteur des jeux de hasard en Haïti, notamment pour blanchir l’argent issu de leurs activités criminelles, apprend AyiboPost.

Une source à la LEH va plus loin. Selon elle, des personnalités haïtiennes, dont des chefs de gangs, se servent d’entreprises de « paryaj » et de banques de borlette pour blanchir de l’argent sale provenant d’activités de kidnapping, de corruption, de trafic de drogue ou d’extorsion.

Une fois intégré dans le circuit financier légitime, cet argent peut servir à l’achat de biens, être distribué à des complices dont la participation au crime n’est pas de notoriété publique, ou quitter le pays pour notamment financer l’achat d’armes.

Le chef de gang Christ-Roy « Krisla » Chery possède sa propre banque de borlette, appelée New-York New-York, ainsi qu’une entreprise de « paryaj » sportif en ligne, révèle à AyiboPost le directeur commercial de la Loterie de l’État haïtien (LEH), Mounson Jean.

À cause de l’insuffisance des mesures prises contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, le Groupe d’action financière (GAFI) — une importante organisation intergouvernementale créée en 1989 pour lutter contre ces fléaux — menace de placer les banques haïtiennes sur sa liste noire, ce qui conduirait à leur exclusion du système financier international.

Le GAFI a placé Haïti sur sa liste grise depuis juin 2021. Cette liste, mise à jour le 19 juin 2026, regroupe 22 pays, dont la Syrie et le Yémen, soumis à une surveillance accrue en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Quand le GAFI met une juridiction sous surveillance renforcée, « cela signifie que le pays s’est engagé à résoudre rapidement les défaillances stratégiques identifiées dans les délais convenus et qu’il fait l’objet d’une surveillance renforcée », explique l’organisation sur son site.

Lire plus : Le « secteur de la borlette », blanchisseuse d’argent du kidnapping en Haïti ?

Dans sa mise à jour, le GAFI accuse Haïti d’avoir épuisé l’ensemble de ses délais sans avoir implémenté l’ensemble des mesures qui auraient enlevé le pays de la liste des pays à risque. L’institution reconnaît des avancées, mais demande aux autorités de traquer l’argent sale et de traduire en justice les fautifs.

Dans ce contexte, le secteur des jeux de hasard apparaît comme l’un des maillons vulnérables du dispositif haïtien de lutte contre les flux financiers illicites.

Le leadership de la LEH déplore l’absence d’un cadre légal adéquat, empêchant l’institution, par exemple, de vérifier les chiffres d’affaires des entreprises de « paryaj » ou de les réguler.

En raison de l’absence d’un cadre légal à jour et clair, la LEH ne peut pas intervenir pleinement dans ce genre de situation, soutient Mounson Jean, directeur commercial de l’institution, lors d’une interview accordée à AyiboPost.

Le nombre de banques de borlette s’élève à environ 300 000 en Haïti, selon les données communiquées par Jean.

Une grande partie de ces entreprises fonctionne dans l’opacité, ce qui soulève des interrogations sur la nature des fonds qui y circulent.

Entre 2024 et 2025, plusieurs rencontres ont ainsi réuni des responsables de la Loterie de l’État haïtien, l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince, la Banque de la République d’Haïti et le ministère de l’Économie et des Finances autour des risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme liés aux entreprises de jeux de hasard, selon Jean.

AyiboPost a contacté l’ambassade américaine par e-mail. Cet article sera mis à jour si l’institution réagit.

Les autorités ont déjà fermé des banques de borlette appartenant à Krisla dans le Sud, selon Jean, précisant que l’entreprise du chef de gang n’était pas régulièrement enregistrée au ministère du Commerce et de l’Industrie.

Une autre personne a par la suite enregistré une nouvelle entreprise sous le même nom, rapporte le responsable à AyiboPost. Il n’est pas clair si cette personne entretient des relations avec le chef de gang accusé de meurtres, de kidnappings et de viols et ayant récemment introduit une taxe illégale sur les maisons à Carrefour.

Lire plus : Krisla introduit une taxe illégale par maison à Carrefour

Ces cas illustrent les difficultés rencontrées par les autorités pour contrôler un secteur dont une partie des opérateurs échappe à la réglementation.

En juillet 2019, AyiboPost avait publié une enquête sur la guerre opposant l’Association nationale des tenanciers de borlette (ANTB) à la Loterie de l’État haïtien pour le contrôle des entreprises de jeux de hasard en Haïti.

Le secteur compte parmi les activités non financières présentant le niveau de risque le plus élevé en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme, selon un rapport d’évaluation nationale des risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme du ministère de la Justice et de la Sécurité publique.

Le document, consulté par AyiboPost et citant des données communiquées par la LEH, recense 126 maisons de jeux de hasard fonctionnant en Haïti.

Mais derrière ces établissements officiellement identifiés se trouve un réseau beaucoup plus difficile à quantifier.

Le rapport souligne qu’il « existe un nombre incertain d’opérateurs de borlettes non réglementés et non supervisés fonctionnant dans un système de loterie populaire, national et sans licence dans le secteur des jeux, gérés de manière privée par un nombre important d’opérateurs ».

Le secteur des jeux de hasard fait donc partie des entreprises et professions non financières désignées (EPNFD), une catégorie regroupant notamment les activités qui manipulent des fonds ou peuvent faciliter des transactions financières sensibles.

Contacté par AyiboPost, Me Laurent Théralien, directeur de coordination de l’Unité centrale de renseignement financier (UCREF), rappelle que les risques de blanchiment ne concernent pas uniquement les jeux de hasard.

« Il y a les pompes à essence, le secteur informel, entre autres, qui sont à haut risque », souligne-t-il.

L’homme de loi précise que l’UCREF a déjà transmis à la justice haïtienne plusieurs rapports liés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme en Haïti. 

Mais les suites judiciaires restent limitées. « Seulement deux dossiers ont été entendus par la justice haïtienne pour le moment », ajoute Me Théralien.

Par : Wilder Sylvain

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