Insécurité

Krisla introduit une taxe par maison à Carrefour

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Le montant de cette taxe varie selon la taille du bâtiment, son état ou la présence d’un commerce, indique une source proche des sommations du gang

 

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Autrefois perçu comme le moins criminel des chefs de gangs, Christ-Roy « Krisla » Chery rattrape, et par moments dépasse, ses pairs en matière de cruauté à travers son emprise sur les quelque 500 000 habitants de Carrefour.

Le caïd de Viv Ansanm est déjà inculpé pour kidnappings, viols et assassinats. Désormais, il impose une taxe annuelle sur les maisons de la commune, selon plusieurs résidents interrogés par AyiboPost.

Depuis le 5 août, les membres de son gang exigent entre 5 000 et 200 000 gourdes des propriétaires de maisons.

Le montant de cette taxe varie selon la taille du bâtiment, son état ou la présence d’un commerce, indique une source proche des sommations du gang.

Les bandits ont commencé leur assaut sur Carrefour, située à une dizaine de kilomètres de la capitale, en 2023, avant de s’y établir totalement en février 2024.

Depuis, ils y imposent leur loi et taxent toutes les activités des habitants.

Dans la matinée du 5 août, cet homme n’était pas chez lui lorsque les bandits sont passés pour l’avertir qu’il devrait verser une vingtaine de milliers de gourdes dès la deuxième moitié de la journée. Un membre de sa famille avait été chargé de lui communiquer l’ultimatum.

Paniqué, l’homme est finalement parvenu à réunir la somme après avoir mis sa moto en gage.

« C’est parce que je n’ai pas d’autre endroit où aller. Sinon, je leur laisserais la maison », explique le père de famille. Il a versé cet argent aux bandits alors que la scolarité et les fournitures de son enfant sont encore impayées.

À l’approche des élections, les bandits demandent jusqu’à 200 000 gourdes pour d’autres maisons de la commune.

AyiboPost apprend que cette taxe annuelle a été décidée lors de deux réunions organisées par « Krisla », en juillet puis au début du mois d’août 2026.

Ces rencontres se sont tenues à Carrefour et dans le quartier de Fontamara.

Lors de ces réunions réunissant des notables et d’autres habitants, « Krisla » a prétendu que ces fonds serviraient à financer des services dans la communauté, indique une source à AyiboPost. Elle demande l’anonymat pour ne pas attirer la colère des bandits.

Certaines maisons en tôle qui ne sont pas en bon état seront taxées à hauteur de 5 000 gourdes. Les maisons à étages sont, quant à elles, taxées entre 15 000 et 50 000 gourdes, explique une source à AyiboPost.

Les bandits prévoient d’investir les maisons vides, puis de les mettre en location après trois mois d’absence du propriétaire.

Les bandits demandent aussi une « offrande volontaire » aux écoles. Les hôpitaux sont, quant à eux, exemptés de cette taxation, contrairement aux banques et aux stations-service, dont la majeure partie verse déjà un paiement mensuel aux gangs.

Dès le 1er août, les bandits ont commencé à recenser les maisons dans différents quartiers, notamment à Lamentin, en vue du début de la collecte.

Si certaines personnes envisagent de quitter la commune, elles se retrouvent face à une situation où elles doivent payer le chef qui contrôle le quartier où elles habitent, puis payer à nouveau à leur arrivée dans la zone où elles comptent s’installer.

Pour cet habitant, qui réside à Carrefour depuis une quarantaine d’années, la machine à extorsion de Krisla est généralisée.

« Si tu montes à moto et que tu portes une valise, tu paies 50 gourdes. Pour un transfert d’argent, tu donnes 200 gourdes pour chaque 100 dollars américains que tu récupères. Dans les bureaux de transfert (MoneyGram, Western Union, CAM Transfer, etc.), on vous dit que c’est pour le chef. »

L’homme, qui paiera également pour sa maison, explique à AyiboPost que les personnes qui se rendent au centre-ville de Port-au-Prince versent 200 gourdes à l’aller comme au retour.

À certains endroits de la route nationale numéro 2 traversant Carrefour, les usagers doivent également payer les bandits. Les chauffeurs de taxi-moto, quant à eux, doivent verser entre 100 et 250 gourdes.

« Les gens ne vivent pas. Ils ne sont pas libres. Vous ne pouvez pas rester puis décider de partir vers tel endroit, car vous réfléchissez au passage, qui constitue tout le problème », relate l’homme, qui rend l’État responsable de cette situation.

AyiboPost apprend également que les marchands qui vont s’approvisionner à la frontière avec la République dominicaine paient aussi à travers les postes de péage de Carrefour.

Les bandits ont même fermé une église durant trois semaines à Lamentin 52, au début de l’année 2026, faute de paiement. Cette fermeture a privé les fidèles de toute activité religieuse, explique une source à AyiboPost.

Par :  Jérôme Wendy Norestyl

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Éditeur à AyiboPost, Jérôme Wendy Norestyl fait des études en linguistique. Il est fasciné par l’univers multimédia, la photographie et le journalisme.

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