Les Nations unies maintiennent les conclusions de leurs rapports sur les cas d’abus et d’exploitation sexuels impliquant des Kényans en Haïti
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme maintient les conclusions de son rapport d’enquête sur les quatre cas « avérés » d’exploitation et d’abus sexuels impliquant des membres de la Mission multinationale dirigée par le Kenya en Haïti.
L’ONU indique avoir transmis ces cas aux commandants de la mission.
Mais les autorités kényanes rejettent ces allégations.
Dans une correspondance adressée au secrétaire général de l’ONU, le ministre kényan des Affaires étrangères, Musalia Mudavadi, affirme que les accusations d’abus sexuels, examinées par une commission d’enquête interne de la mission kényane, ont été jugées « non fondées » et qu’aucune plainte formelle n’a été déposée par les victimes auprès des autorités haïtiennes.
Cependant, le Bureau des droits de l’homme des Nations unies affirme, dans un courriel adressé à AyiboPost après les protestations kényanes, que l’absence de « plainte formelle […] n’affecte pas la fiabilité de [ses] informations “vérifiées” », fondées sur de multiples sources indépendantes.
Selon le porte-parole du HCDH, ces informations sont conformes à la méthodologie de l’institution, qui implique leur corroboration par de multiples sources indépendantes.
Au moins une dizaine de cas d’abus sexuels ont été documentés, selon Fritznel Pierre, membre du comité de pilotage de la mission kényane chargé de veiller au respect des droits humains et informé de l’affaire. Cependant, seuls quatre proches de victimes ont accepté de témoigner, ajoute Pierre.
De façon indépendante, AyiboPost est remonté sur la piste de l’un de ces survivantes d’abus sexuels.
Il s’agit d’un cas impliquant une mineure d’une dizaine d’années dans le Bas-Artibonite, dont un proche affirme n’avoir reçu aucune assistance à ce jour de la part des responsables kényans.
Contacté par AyiboPost, un membre de la famille de l’enfant affirme qu’un policier kényan l’a violée dans les environs « d’une place publique », à proximité d’une base conjointe de la MMAS et de la Police nationale d’Haïti dans une commune du Bas-Artibonite.
Aucune autorité judiciaire ne s’est exprimée sur ce sujet ni n’a annoncé d’enquête.
Lire aussi : La mission kényane impliquée dans 4 cas d’abus et d’exploitation sexuels en Haïti
Dans un échange avec AyiboPost, le commissaire de l’arrondissement de Saint-Marc, Venson François, affirme avoir fait certains constats pertinents sur ce dossier dans l’entourage de la base conjointe de la MMAS et de la PNH à Petite-Rivière de l’Artibonite.
« Il y avait des jeunes filles qui fréquentaient les abords du commissariat, d’autres y interagissaient avec les policiers kényans. Parfois, nous sommes intervenus afin de dissuader les mineures de continuer à venir », poursuit le responsable.
François évoque aussi une absence récurrente du responsable du commissariat de Petite-Rivière de l’Artibonite, ainsi que des instances où il a constaté la présence uniquement de policiers kényans sur place.
Mais le responsable exprime ses réserves sur les allégations de viols. « En tant que responsable, dit-il, je ne peux pas affirmer que ces abus ont eu lieu tant que je n’ai pas trouvé une personne qui témoigne ou qui était à proximité confirmant qu’ils se sont produits ».
Dans son courriel le Bureau des droits de l’homme de l’ONU souligne à AyiboPost que l’absence de signalement formel aux autorités nationales n’est pas rare dans les cas de violences sexuelles en Haïti.
« Il y avait des jeunes filles qui fréquentaient les abords du commissariat, d’autres y interagissaient avec les policiers kényans. Parfois, nous sommes intervenus afin de dissuader les mineures de continuer à venir », poursuit Venson François.
Cela doit être évalué en considérant « les barrières contextuelles qui peuvent empêcher les victimes de recourir aux mécanismes de signalement officiels », poursuit l’organisme onusien.
Un haut cadre de la MMAS, rejetant ces accusations et appelant à des preuves, indique que le Bureau des droits de l’homme des Nations unies a notifié la mission de quatre allégations d’abus sexuels en novembre 2025.
Trois de ces cas « n’avaient jamais été signalés nulle part, ni dans un poste de police, ni dans un hôpital, ni auprès des autorités gouvernementales », précise la même source.
AyiboPost a appris que l’une des allégations, transmise comme fondée aux responsables de la MMAS par le Bureau des droits de l’homme des Nations unies, faisait parallèlement l’objet d’une enquête interne de la MMAS. Cette commission est composée de militaires et policiers des Bahamas, de la Jamaïque, du Guatemala et du Kenya.
Dans ses conclusions, la MMAS indique ne pas avoir trouvé de preuves pour l’allégation citée plus haut. Mais le HCDH l’a retenue comme avérée après de multiples entretiens.
La commission de la MMAS soutient avoir mené des entretiens avec des personnalités locales, des citoyens ayant relayé certaines allégations et des membres d’organisations régionales.
Dans son courriel le Bureau des droits de l’homme de l’ONU souligne à AyiboPost que l’absence de signalement formel aux autorités nationales n’est pas rare dans les cas de violences sexuelles en Haïti.
Lors d’un entretien entre la commission de la mission et deux responsables d’une organisation de femmes du Bas-Artibonite, l’un d’eux a indiqué avoir pris connaissance de l’allégation de viol par le biais d’un proche de la victime venu à son bureau, rapporte le cadre de la MMAS.
Contacté par AyiboPost, le responsable de cette organisation de défense des droits des femmes explique : « Il s’agit d’un cas réel, mais les gens se sont sentis obligés d’étouffer l’affaire pour qu’elle ne cause aucun préjudice à l’enfant. Ils ne voulaient pas la médiatiser pour éviter d’en faire trop d’écho. »
La responsable de l’organisme de défense des droits humains déclare avoir documenté plusieurs autres cas.
La majorité des victimes répertoriées proviennent de Petite-Rivière de l’Artibonite.
Certains agents de la PNH ont joué le rôle de facilitateur dans ces abus, selon Fritznel Pierre, membre du comité de pilotage de la mission kényane.
« Des policiers haïtiens ont agi comme proxénètes en facilitant des relations sexuelles entre des femmes, y compris des mineures, et des Kényans », poursuit Pierre.
Selon le responsable, certains policiers haïtiens ont repéré les jeunes filles lors de patrouilles, les ont abordées, puis les ont conduites vers des policiers kényans.
AyiboPost a contacté le porte-parole de la PNH, Garry Desrosiers, au sujet de ces allégations. Il indique faire des suivis auprès de l’institution.
Certains agents de la PNH ont joué le rôle de facilitateur dans ces abus, selon Fritznel Pierre, membre du comité de pilotage de la mission kényane.
Le proche de la survivante mineure du Bas-Artibonite, qui affirme à AyiboPost avoir « laissé tomber le dossier », craignant qu’il n’arrive quelque chose à sa sœur, espère pouvoir dire dans le futur ce qui lui a fait « mal ».
Environ huit mois plus tard, ce proche indique à AyiboPost ne pas avoir reçu de dédommagement ni d’aide, ni de la part des Nations unies ni de la part des Kényans.
Pour l’heure, la mineure a été déplacée vers un autre endroit, apprend AyiboPost.
Par : Jérôme Wendy Norestyl
Couverture |
Suivez notre journal de 19h sur Ayibo+ pour rester connectés à l’actualité
► AyiboPost s’engage à diffuser des informations précises. Si vous repérez une faute ou une erreur quelconque, merci de nous en informer à l’adresse suivante : hey@ayibopost.com
► Notre canal Telegram : cliquez ici
► Notre Channel WhatsApp : cliquez ici
► Notre Communauté WhatsApp : cliquez ici






Comments