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Un médicament interdit pour risque cancérogène toujours vendu en Haïti

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La ranitidine, retirée du marché en raison d’un risque cancérogène, est toujours en vente dans des pharmacies autorisées du pays

La ranitidine fait l’objet d’une alerte sanitaire et d’un rappel national des médicaments contenant de la ranitidine en Haïti, selon une note officielle publiée par le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) en avril 2020.

Ce rappel a été effectué par mesure de précaution, à la suite de la présence d’une impureté toxique de type nitrosamine appelée N-nitrosodiméthylamine (NDMA), classée comme cancérogène pour l’être humain.

La ranitidine est utilisée depuis des décennies pour traiter les brûlures d’estomac, les reflux gastro-œsophagiens ou encore les ulcères.

Les États-Unis, le Canada, les pays de l’Union européenne et plusieurs autres juridictions ont retiré la ranitidine de leur marché depuis six ans.

Un échantillon de la Ranitidine retrouvé en format comprimé dans une boutique pharmaceutique à Port-au-Prince, en août 2026.

Une enquête de terrain d’AyiboPost révèle que ce médicament continue d’être vendu dans des pharmacies autorisées et des boutiques de vente de médicaments.

Selon le vice-président de l’Association des pharmaciens haïtiens (APH), Romel Cajuste, « la circulation informelle de la ranitidine actuellement en Haïti constitue un véritable danger et échappe à tout contrôle de l’État ».

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D’après le pharmacien spécialisé en santé publique, « la ranitidine est non seulement disponible en pharmacie, mais continue à être prescrite par des médecins à des malades ».

Le pays fait face à « un système sanitaire défaillant qui n’arrive pas à contrôler rigoureusement les ports et les frontières, tandis que les médicaments non autorisés, contrefaits et issus de la contrebande continuent à pulluler sur le marché », décrit Cajuste.

La circulation d’un médicament en Haïti dépend normalement d’une autorisation délivrée par les autorités sanitaires. Cette responsabilité relève notamment de la Direction de la Pharmacie, du Médicament et de la Médecine traditionnelle (DPM/MT) du MSPP.

Un autre échantillon du médicament en format comprimé est retrouvé dans une boutique pharmaceutique à Port-au-Prince.

Cette direction est chargée de plusieurs missions, telles que l’enregistrement des médicaments, le contrôle de leur qualité, leur surveillance après leur mise sur le marché et la coordination des mesures de retrait lorsque cela est nécessaire.

Une mission que l’institution tarde à remplir. La majorité des pharmacies du pays fonctionnent sans autorisation de la DPM/MT et le contrôle de la direction se concentre sur un nombre très limité d’établissements autorisés, selon un rapport de 2019.

En 2021, une enquête d’AyiboPost a décrit un système sur lequel les autorités perdaient le contrôle. Des produits issus de la contrebande et potentiellement dangereux continuent d’entrer sur le territoire sans intervention de l’État.

Le pays fait face à « un système sanitaire défaillant qui n’arrive pas à contrôler rigoureusement les ports et les frontières, tandis que les médicaments non autorisés, contrefaits et issus de la contrebande continuent à pulluler sur le marché », décrit Cajuste.

Jointes par téléphone, une dizaine de pharmacies autorisées par le MSPP, choisies au hasard parmi la cinquantaine de pharmacies de Port-au-Prince, ont confirmé la disponibilité de la ranitidine dans leurs rayons.

« Ce n’est pas facile de trouver ce médicament, mais selon ce que vous voulez, vous pouvez en trouver », répond au bout du fil un préposé de la pharmacie Pharmapeutik, située à Delmas 105. Le préposé propose le médicament sous sa forme injectable.

AyiboPost reçoit une réponse similaire de plusieurs autres établissements autorisés, témoignant de la disponibilité du médicament sous forme de comprimés ou d’injection. Parmi eux : Robenson Pharma, dans la ruelle Berne à Port-au-Prince, la Pharmacie de la Polyclinique de Delmas 48, la Pharmacie de l’Iris à Delmas 75, Gemedic Pharma à Delmas 31, la Pharmacie des Quatre Saisons à Delmas 77 et Renova Pharma à Pétion-Ville.

À Depomed, située à Bourdon 354, un grossiste-distributeur de produits pharmaceutiques, l’agent en ligne a accepté de négocier avec AyiboPost l’achat d’une caisse du médicament sous forme injectable, sans nous demander de nous identifier ni de fournir la preuve que nous sommes des professionnels de santé.

Contactées au sujet des mesures d’interdiction visant le médicament, les pharmacies Pharmapeutik et Robenson Pharma, qui avaient pourtant confirmé auparavant sa disponibilité dans leurs rayons, affirment ne pas en disposer.

La Pharmacie de l’Iris indique, de son côté, qu’en juillet 2025, la ranitidine était effectivement disponible en stocks après un dernier achat auprès d’un grossiste.

Cependant, lors des inspections menées par le MSPP en mars 2026, les agents du ministère auraient toutefois récupéré les produits concernés.

Selon un reponsable de la pharmacie, si le médicament apparaît encore comme disponible dans son système, cela serait dû à une « erreur de système ».

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Parmi les deux échantillons de ranitidine sous forme de comprimés identifiés par AyiboPost, l’un est commercialisé et représenté par Balaxi Healthcare Dominicana SRL, en République dominicaine. Il porte le numéro de lot D371 et le numéro de série DRRANTAB300MG7370.

L’autre échantillon est produit en Inde par Artura Pharmaceuticals PVT. LTD et distribué par FRANU SRL en République dominicaine. Il porte le numéro de lot 23RDN01 et le numéro de série TN/DRUGS/25-716.

Selon notre constat, les échantillons sont déjà périmés. Ils ont tous deux été produits en février 2023 et en juin 2023.

En octobre 2019, les autorités sanitaires dominicaines avaient temporairement suspendu la fabrication, la distribution, la vente et la consommation de ranitidine dans le pays, dans l’attente des résultats des investigations sur la présence de NDMA.

D’après un pharmacien spécialisé en santé publique, « la ranitidine est non seulement disponible en pharmacie, mais continue à être prescrite par des médecins à des malades ».

La première alerte concernant la ranitidine remonte à 2019, lorsque plusieurs autorités sanitaires, notamment l’agence américaine Food and Drug Administration (FDA) et l’Agence européenne des médicaments (EMA), commencent à examiner la présence de NDMA dans certains lots du médicament.

En avril 2020, la Food and Drug Administration (FDA), l’agence américaine chargée de la réglementation des médicaments, demande le retrait immédiat de tous les produits contenant de la ranitidine du marché américain.

Note du Ministère de la santé publique et de la population (MSPP) publiée en avril 2020, sur le rappel des médicaments contenant de la Ranitidine à travers le pays.

Selon l’agence, ses analyses ont montré que les niveaux de NDMA pouvaient augmenter avec le temps, particulièrement lorsque le médicament était exposé à certaines conditions de stockage, notamment à des températures élevées. Dans certains cas, les concentrations détectées dépassaient les limites considérées comme acceptables pour une exposition quotidienne.

Quelques semaines plus tard, l’Agence européenne des médicaments (EMA) recommande également la suspension de tous les médicaments contenant de la ranitidine dans l’Union européenne.

L’agence précise alors que les données disponibles ne démontrent pas que les patients ayant utilisé ce médicament développeront nécessairement un cancer, mais estime que le principe de précaution justifie son retrait en raison du risque potentiel lié à la présence de NDMA.

Le Canada, le Royaume-Uni, l’Australie, Singapour, la Suisse et plusieurs autres pays adoptent ensuite des mesures similaires. Progressivement, la ranitidine disparaît des pharmacies dans une grande partie du monde.

Commercialisée à partir des années 1980, notamment sous le nom de Zantac, la ranitidine appartient à la famille des antagonistes des récepteurs H2 de l’histamine. Elle agit en réduisant la production d’acide dans l’estomac.

La première alerte concernant la ranitidine remonte à 2019, lorsque plusieurs autorités sanitaires, notamment l’agence américaine Food and Drug Administration (FDA) et l’Agence européenne des médicaments (EMA), commencent à examiner la présence de NDMA dans certains lots du médicament.

La NDMA appartient à la famille des nitrosamines, des composés chimiques que l’on peut retrouver naturellement dans l’environnement, notamment dans certains aliments ou dans la fumée de cigarette. Lorsqu’une exposition prolongée à des concentrations élevées survient, ces substances sont associées à un risque accru de cancer.

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) classe d’ailleurs la NDMA parmi les substances « probablement cancérogènes pour l’humain » (groupe 2A).

En Haïti, le retrait de la ranitidine avait fait l’objet d’une communication officielle mais le médicament reste disponible.

« Le contrôle limité du marché pharmaceutique et la situation de contrebande font que certains médicaments peuvent continuer à circuler malgré les alertes et les décisions de retrait », explique Becheny Caristil, pharmacien et spécialiste en santé publique au courant de la situation.

Le Plan directeur de santé 2021-2031, publié en juillet 2021 par le MSPP, relève plusieurs faiblesses dans le système haïtien de réglementation des produits pharmaceutiques.

Le document souligne d’abord l’obsolescence du cadre légal de référence. Il pointe également l’absence d’une stratégie nationale pour contrôler l’importation et la fabrication des produits pharmaceutiques, ainsi que le manque d’orientations et de stratégies nationales pour lutter contre leur vente illicite.

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À cela s’ajoute l’absence de stratégies suffisamment structurées pour assurer la protection et la sécurité des patients et des consommateurs face aux risques liés aux produits pharmaceutiques.

AyiboPost a contacté la DPM/MT pour demander sa réaction. L’institution n’a pas réagi avant publication.

Haïti dépend largement des importations pour son approvisionnement en médicaments. « Les produits passent par différents circuits avant d’arriver dans les pharmacies, les hôpitaux ou les dépôts pharmaceutiques », selon Caristil.

« Dans un contexte où l’État ne peut avoir le contrôle total de ce qui entre sur le marché, arriver à pleinement réguler relève d’un défi », ajoute Caristil.

Par : Lucnise Duquereste https://youtu.be/m21kGahSrog

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Journaliste à AyiboPost depuis mars 2023, Duquereste est étudiante finissante en communication sociale à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH).

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