Il n’est pas clair si le chef de gang était simplement de passage ou s’il se réfugie désormais dans cette ville densément peuplée de près d’un demi-million d’habitants
Les forces étrangères et haïtiennes intensifient leurs actions dans la plaine du Cul-de-Sac depuis la disparition, dans cette zone, de quatre techniciens de l’aviation salvadorienne le 18 octobre. En marge de ces opérations, Wilson Joseph, dit « Lanmò San Jou », a été aperçu à Carrefour ce vendredi après-midi, selon un témoin. Le caïd, vêtu d’une chemisette blanche, était entouré d’individus lourdement armés et sortait d’un hôtel situé à Thor. AyiboPost apprend qu’une réunion réunissant plusieurs chefs de gangs, dont Chrisla « Krisla » Chéry, s’était tenue dans cet hôtel la veille, dans l’après-midi.
Il n’est pas clair si le chef de gang, accusé avec Chen Mechan d’avoir attaqué les étrangers le mois dernier à Santo, était simplement de passage ou s’il se réfugie désormais dans cette ville densément peuplée de près d’un demi-million d’habitants. « J’ai vu Lanmò San Jou et j’ai failli avoir la diarrhée », confie la source.
De plus en plus d’hommes armés en provenance de la Plaine et de Bon Repos débarquent à Carrefour ces dernières semaines, remarque un notable de la zone. La plupart des nouveaux venus se dirigent vers des hôtels de la commune. « Certains de ces établissements ferment leurs portes afin de ne pas devenir des cibles d’attaques de drones », relate le père de famille, lui-même victime d’extorsion de la part de Krisla.
« J’ai vu Lanmò San Jou et j’ai failli avoir la diarrhée », confie la source.
Plusieurs individus recherchés par les autorités, comme l’ancien chef de l’Unité de sécurité générale du Palais national, Dimitri Hérard, se cachent à Carrefour. Selon Emmanuel Paul, spécialiste en sécurité, la commune bénéficie d’un avantage géographique en raison de sa situation côtière et de la protection offerte par le massif de la Selle. Elle bénéficie aussi de la gestion de Krisla, dont l’expérience ainsi que les capacités en matière de protection et d’organisation renforcent le contrôle de la zone.
Les techniciens salvadoriens rattachés à la Force de Suppression des Gangs revenaient d’un supermarché lorsque des gangs ont attaqué leur Toyota tout-terrain blanche le mois dernier. Selon Lanmò San Jou, ils sont morts. Mais le président salvadorien a envoyé plus de 2 000 membres des forces spéciales de son pays pour appuyer les efforts de recherche et les ramener, souhaite-t-il, « vivants ». Au moins quatre soldats de la FSG ainsi que des membres de la population civile ont été blessés dans le cadre de ces opérations.
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Une source au courant de la situation révèle à AyiboPost qu’à peine 200 des nouveaux militaires venus du Salvador seront placés sous le commandement de la FSG. Au 5 novembre, la plupart des institutions concernées n’avaient aucune idée des paramètres de la mission salvadorienne, de sa chaîne de commandement ni de la nature de sa relation avec l’État haïtien. Il n’est pas clair qui assumera les dépenses engagées ni si cette nouvelle force mènera des opérations conjointes avec la FSG.
De plus en plus d’hommes armés en provenance de la Plaine et de Bon Repos débarquent à Carrefour ces dernières semaines, remarque un notable de la zone. La plupart des nouveaux venus se réfugient dans des hôtels de la commune. « Certains de ces établissements ferment leurs portes afin de ne pas devenir des cibles d’attaques de drones », relate le père de famille, lui-même victime d’extorsion de la part de Krisla.
La FSG, approuvée par les Nations unies, la police, les mercenaires sous contrat avec le gouvernement et les militaires salvadoriens poursuivent leurs opérations dans la plaine du Cul-de-Sac, contrôlée en partie par Lanmò San Jou. La multiplicité des acteurs sur le terrain soulève des questions de coordination, de respect du droit international et de protection des civils dans des champs d’opérations comme Carrefour, où les gangs prennent pratiquement en otage des centaines de milliers de civils.
Depuis le débarquement des nouveaux Salvadoriens, les bandits forcent les habitants de ces zones à installer des barricades et à manifester contre les militaires étrangers. Ils les empêchent également de chercher refuge ailleurs, alimentant des accusations d’utilisation de la population comme bouclier humain, selon des témoignages recueillis par AyiboPost.
Depuis l’année dernière, des officiers d’une « task force » introduite par le premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, et composée notamment de mercenaires étrangers, larguent des drones explosifs sur plusieurs quartiers où opèrent des gangs. Ces drones n’ont, jusqu’à présent, tué que très peu de bandits réputés.
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Cependant, les officiers de la task force ont tué, en janvier, plus d’une cinquantaine de civils, dont des enfants, à l’aide de drones, selon l’organisation de défense des droits humains Combite pour la paix et le développement (CPD). En septembre de l’année dernière, ils ont également tué une vingtaine de personnes, dont au moins huit enfants, à Simon-Pelé lors d’une attaque au drone explosif. L’État n’a annoncé aucune enquête et n’a communiqué sur aucun mécanisme de reddition de comptes concernant les opérateurs étrangers.
Depuis janvier, au moins 5 700 personnes ont été tuées ou blessées en Haïti, selon les Nations unies. Une source onusienne révèle à AyiboPost que Mathias Saintil, un chef de gang opérant à Boston et numéro deux du gang G9, a été blessé hier, jeudi, lors d’une opération à Cité Soleil. Il est mort aujourd’hui, faisant de lui le premier dirigeant important tué par les forces de sécurité.
Dans les communautés touchées par la violence, l’intervention salvadorienne est accueillie avec à la fois de l’espoir et du scepticisme. Des centaines d’habitants de plusieurs quartiers de Port-au-Prince ont manifesté dans les rues en soutien au président Nayib Bukele cet après-midi. Mais les inquiétudes persistent. « Je ne veux pas qu’on s’affole, déclare à AyiboPost un professionnel de la communication qui a fui Santo 17 depuis le lancement des opérations. Ces hommes de Bukele sont venus chercher leurs compatriotes. Je ne pense pas qu’ils soient venus pour éliminer les gangs. »
Un autre résident de Santo, qui affirme être retourné dans le quartier hier, rapporte avoir constaté la destruction de plusieurs maisons et petits commerces. Selon lui, ces dégâts sont liés aux récents affrontements entre les forces de l’ordre et les gangs. L’homme, employé d’une entreprise spécialisée dans la vente de fournitures de bureau, se dit optimiste quant à l’issue des opérations. « Je crois que les gangs ont peur, soutient-il à AyiboPost. Si les forces de l’ordre restent constantes, je pense qu’elles finiront par les vaincre. »
Par : Widlore Mérancourt,Wethzer Piercin,Jérôme Wendy Norestyl
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