Les bandits de Port-au-Prince se préparent à l’affrontement avec les troupes du président salvadorien, Nayib Bukele.
Les gangs armés les plus puissants d’Haïti multiplient les préparatifs en prévision d’éventuelles opérations dans la Plaine du Cul-de-Sac, à la suite des menaces de Nayib Bukele de s’en prendre à eux après la disparition, le 18 octobre dernier à Santo, de quatre ressortissants de son pays.
Les bandits érigent des barricades, coupent des axes routiers, forcent des habitants à participer à des manifestations contre la présence étrangère dans le pays et recrutent de jeunes hommes par la force, selon une demi-douzaine de personnes au courant de ces manœuvres.
Deux résidents de Santo rapportent que des hommes armés menacent de représailles ceux qui tentent de quitter le quartier.
Le gang dirigé par Claudy « Chen Mechan » Célestin utilise des troncs d’arbres pour entraver l’accès aux territoires qu’il contrôle afin d’empêcher toute progression des forces de sécurité.
Des barricades ont été observées à Lillavois, Lizon, Marin, Lathan, Carrefour Shada, Santo et Damien. Elles se multiplient également à Santo 11, Santo 17, Croix-des-Missions, Carrefour Fouji et Bajou.
Selon les témoignages recueillis par AyiboPost dans ces zones, les bandits déversent des camions de pierres sur certaines routes afin d’entraver la circulation et de ralentir le déplacement des véhicules blindés des forces de l’ordre.
Deux résidents de Santo rapportent que des hommes armés menacent de représailles ceux qui tentent de quitter le quartier.
Des hommes, souvent de jeunes individus lourdement armés, ralentissent la circulation des motos-taxis à Santo 9. Une habitante qui souhaitait quitter le quartier révèle à AyiboPost qu’elle ne peut le faire qu’avec les mains vides, « car les gangs l’empêcheraient de prendre ses affaires ».
Selon cette même source, certains groupes armés avertissent les habitants qui fuient leur domicile qu’ils devront payer pour revenir lorsque la situation se sera calmée.
Les gangs mènent également une campagne de recrutement forcé auprès des jeunes hommes. Ces pressions poussent plusieurs habitants à quitter précipitamment leur domicile.
Depuis la disparition de quatre techniciens aéronautiques salvadoriens impliqués dans la Force de répression des gangs (FRG) le mois dernier, plus de 2 000 membres des forces spéciales de ce pays sont arrivés en Haïti pour renforcer les opérations de recherche. À peine 200 de ces nouvelles troupes seront placées sous le commandement de la FRG.
Des hommes, souvent de jeunes individus lourdement armés, ralentissent la circulation des motos-taxis à Santo 9. Une habitante qui souhaitait quitter le quartier révèle à AyiboPost qu’elle ne peut le faire qu’avec les mains vides, « car les gangs l’empêcheraient de prendre ses affaires ».
Des négociations avec l’État haïtien sont en cours afin de déterminer les paramètres, la chaîne de commandement et les zones d’intervention de la force salvadorienne, a appris AyiboPost d’une source au fait des discussions.
Selon Bukele, l’objectif principal est de ramener ses quatre compatriotes « vivants, sains et saufs ».
Le 24 octobre, la FRG avait reçu des restes humains suspects. Les enquêteurs en analysent l’ADN à l’étranger afin de déterminer s’ils appartiennent aux Salvadoriens disparus, mais Bukele a déclaré que ces corps ne sont pas ceux de ses compatriotes.
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Les autorités haïtiennes se sont peu exprimées publiquement sur ce dossier, mais plusieurs chefs de gangs ont réagi aux menaces du président salvadorien.
« Lanmò San Jou », établi dans la commune de Croix-des-Bouquets, a diffusé des images de sacs remplis de cartouches et d’armes à feu, affirmant que ses hommes se battraient pour « rester en vie ».
Les gangs mènent également une campagne de recrutement forcé auprès des jeunes hommes. Ces pressions poussent plusieurs habitants à quitter précipitamment leur domicile.
Une source proche de Chen Mechan indique que le chef de gang ne partage pas les déclarations combatives de Lanmò San Jou. Selon cette source, l’assassinat présumé des Salvadoriens est considéré, au sein du groupe, comme une « erreur ».
Plus de deux semaines après la disparition des Salvadoriens et le début des opérations de sauvetage, la situation demeure tendue dans la Plaine du Cul-de-Sac.
À Santo et dans plusieurs localités avoisinantes, les gangs contraignent les habitants à participer à leurs préparatifs. Selon deux sources au fait de la situation, des civils sont notamment forcés de contribuer à la construction des barricades.
« Les bandits ont barricadé les rues et forcent toute personne qu’ils croisent à venir les aider à construire les barrages », explique-t-il.
Les habitants sont sollicités lorsqu’ils sortent faire des achats ou traversent simplement le secteur. Face aux menaces, ils ne peuvent pas refuser, précise le résident.
À Santo 11, une femme a fui avec son fils de dix ans après un communiqué du président salvadorien annonçant l’intensification des opérations. Elle craignait de ne plus pouvoir quitter la zone par la suite. Pendant le trajet à moto, elle dit avoir remarqué plusieurs arbres abattus par les gangs et placés en travers des routes.
« Lanmò San Jou », établi dans la commune de Croix-des-Bouquets, a diffusé des images de sacs remplis de cartouches et d’armes à feu, affirmant que ses hommes se battraient pour « rester en vie ».
À Bon-Repos, un autre résident qui a pu sortir faire quelques achats rapporte avoir vu des habitants fuir vers Delmas. Les routes étaient barricadées et la circulation fortement ralentie, indique-t-il à AyiboPost.
Un professionnel de la communication résidant à Santo affirme, lui aussi, avoir quitté le quartier avec sa mère il y a une semaine après qu’un homme armé s’est introduit chez lui pour se protéger des hélicoptères qui survolaient le secteur. Selon lui, ces opérations ont bloqué des habitants chez eux et causé des morts parmi la population civile. « Je me suis dit qu’il ne fallait plus rester », raconte-t-il.
Depuis, des centaines de personnes continuent de quitter la zone afin de trouver refuge ailleurs.
Les bandits cherchent à mobiliser la population contre la présence étrangère dans le pays, selon deux sources au courant de leurs agissements.
Un professeur de lycée de Santo rapporte que deux de ses élèves lui ont confié que certains jeunes avaient été contraints de participer à une marche organisée le 30 octobre sous la pression des gangs.
Les deux élèves, qui ne peuvent toujours pas quitter la zone, refusent de parler aux journalistes par crainte d’être assassinés par les bandits.
Selon le professionnel de la communication cité plus haut, les groupes armés ont déjà tenté, à au moins deux reprises, de contraindre les habitants à manifester contre les autorités. Une marche, qui devait se rendre à Lizon, jeudi 22 octobre dernier, avait été largement boudée par la population.
Par : Jérôme Wendy Norestyl , Wethzer Piercin, Fenel Pélissier
Wilder Sylvain et Widlore Mérancourt ont contribué à cet article.
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