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Lyonel Trouillot | Gagner le peuple

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Être radical dans le rappel inlassable de ce qu’il faut faire pour la tenue d’élections libres. Dénoncer ce qui n’est pas fait, ce qui est mal fait. Là, déjà, il faudra être le meilleur.

Il faudra bien un jour qu’il y ait des élections. De vraies. La difficulté pour les progressistes est d’être dans une logique électorale, donc se positionner en candidat(e)s avec des projets et programmes sans servir de caution au pouvoir autoritaire d’Alix Didier Fils-Aimé. On a vu comment tel qui avait pris les devants dans la défense d’un pacte de moins en moins crédible et mal défendu a aujourd’hui du mal à se faire entendre.

Car, s’il se tient des élections, de vraies, avec participation populaire, en lieu et place des traditionnelles nominations masquées, elles seront gagnées par des personnes et des formations politiques non assimilables à des alliés des dominants. Le pouvoir politique en place. Les tenants du pouvoir économique. Il n’y a aucun mal à dire : je serai candidat. Si l’on admet que les élections sont la voie de sortie de l’ingouvernabilité quasi permanente. Mais ce serait se perdre aux yeux d’éventuels électeurs que de nourrir l’impression que l’on est « avec Fils-Aimé ».

La posture critique, la distance, non pas demain mais aujourd’hui, sont nécessaires pour signifier une différence et ne pas se banaliser en une énième figure de la continuité. Être radical dans le rappel inlassable de ce qu’il faut faire pour la tenue d’élections libres. Dénoncer ce qui n’est pas fait, ce qui est mal fait. Là, déjà, il faudra être le meilleur.

Et puis, gagner le peuple. Tenir le discours de la dignité. Que ce pays recommence à croire en sa viabilité. En sa capacité de se transformer. De se transformer en procurant plus de bien-être collectif et de justice sociale. Le fond de nos malheurs est ce trop-plein d’injustices sociales dans la perpétuité de quoi se sont construits les rapports entre l’Etat et la nation. Il faudra oser se mettre à dos les éléments les plus réactionnaires des oligarchies haïtiennes qui ne veulent même pas d’un capitalisme qui assure au minimum la reproduction de ceux qu’il exploite.

Gagner le peuple. Une dimension réaliste. Loin du mauvais usage du mot qui considère certains éléments comme une fatalité : la dépendance, l’inégalité… Un réalisme dans les propositions d’actions transformatrices. Que le peuple y voie ses intérêts.

Il faudra aussi, j’ose le dire, une dimension poétique. Au sens d’un élan rassembleur autour du bien à faire, à vivre.

La majorité, d’autres diront l’ensemble, des « figures politiques » présentes sur le terrain ne pourra pas porter ce projet. Ils n’ont jamais souhaité convaincre. Et ils ont tant magouillé, pactisé qu’ils ne peuvent inspirer confiance. Leur crainte, certains ne la cachent pas, c’est l’émergence de nouvelles figures. Il en viendra sans doute. Avec l’option droitière (modernité, croissance, libéralisme en réponse aux problèmes sociaux. Et l’option d’un réformisme révolutionnaire, qui ne rejette ni la modernité ni la croissance, mais les pense en lien avec un idéal de justice sociale et d’équité républicaine. Il reviendra aux progressistes, toutes générations confondues, de faire front derrière cette démarche.

S’il doit se tenir un jour de véritables élections en Haïti, ce sont les deux discours qui vont s’opposer. Le peuple choisira son camp.

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Poète, romancier, critique littéraire et scénariste, Lyonel Trouillot a étudié le droit.

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