SOCIÉTÉ

Au Nord-Ouest, extraire le sable pour survivre fragilise le littoral

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Cette pratique concerne notamment l’île de la Tortue, Saint-Louis-du-Nord et Anse-à-Foleur, où des habitants prélèvent régulièrement du sable pour approvisionner, entre autres, le secteur de la construction

La direction départementale du ministère de l’Environnement n’exerce aucun contrôle sur l’extraction de sable marin au large des côtes du Nord-Ouest, selon son représentant dans le département, l’ingénieur-agronome Luckner Noël, contacté par AyiboPost.

L’activité illégale contribue à l’avancée des vagues sur les côtes où le sable est exploité, détruisant des maisons, des églises et des écoles situées sur le littoral.

Cette pratique concerne notamment l’île de la Tortue, Saint-Louis-du-Nord et Anse-à-Foleur, où des habitants prélèvent régulièrement du sable pour approvisionner, entre autres, le secteur de la construction.

« C’est une activité qui n’est soumise à aucun contrôle ni réglementation en matière d’exploitation », déclare Luckner Noël.

À Cayonne, petite localité de la première section communale de Pointe des Oiseaux, dans la commune de l’île de la Tortue, une vingtaine d’habitants plongent chaque jour dans la mer à la recherche de sable, seau à la main et masque respiratoire sur le visage.

Sur le littoral, une demi-douzaine de camions et de motos font quotidiennement des allers-retours pour récupérer le sable entassé aux abords de la mer et le transporter ailleurs sur l’île.

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Quatre habitants de l’île de la Tortue, contactés par AyiboPost, expliquent pratiquer cette activité sur les plages et en mer depuis au moins une décennie pour subvenir aux besoins de leurs familles.

Selon eux, le sable extrait de la mer constitue la principale source de matériau utilisé pour construire les maisons sur l’île.

Moratha Similien habite Cayonne depuis sa naissance.

À 26 ans, cet homme extrait du sable en mer depuis l’âge de dix ans. Il dit pratiquer cette activité quotidiennement malgré les risques auxquels il s’expose, notamment en raison du manque d’équipements adaptés.

« Chaque matin, je me lève dès six heures, je prends mon petit bateau et je me dirige vers la mer, tout près de là où j’habite, à Cayonne, sur la plage Combo Beach, pour aller chercher du sable », raconte-t-il à AyiboPost.

Pour extraire le sable, l’homme explique plonger jusqu’au fond de la mer avec un seau et un masque respiratoire.

L’activité illégale contribue à l’avancée des vagues sur les côtes où le sable est exploité, détruisant des maisons, des églises et des écoles situées sur le littoral.

Après avoir rempli le seau, il le remet à une autre personne à bord du bateau, qui le vide dans l’embarcation. L’opération se poursuit jusqu’à ce que le bateau soit rempli de sable, avant que celui-ci ne soit ramené sur le littoral.

Pour trente seaux de sable, Similien gagne environ 1 750 gourdes.

Le camion coûte 50 000 gourdes, selon Similien.

Comme lui, plusieurs habitants dépendent de cette activité pour vivre.

Flibert François, qui habite également à Cayonne, en fait partie.

Ce père de famille de 34 ans affirme ne pas avoir d’autre moyen de répondre aux besoins de sa femme et de ses six enfants.

Du sable empilé à Cayonne. Courtoisie : Moratha Similien

« Comme je n’ai pas de travail à proprement parler, c’est grâce à la vente du sable que j’arrive à nourrir ma famille et à payer la scolarité de mes enfants », fait savoir François.

Selon lui, des autorités municipales viennent également leur acheter du sable.

Joint par téléphone, le maire de la commune de l’île de la Tortue, Max William, affirme ne pas être au courant de ces achats.

Le maire dit toutefois ne pas disposer des moyens nécessaires pour prendre des mesures contre l’extraction de sable marin au large des côtes de l’île de la Tortue, une pratique qui, selon lui, représente un danger.

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« Parfois, nous essayons d’intervenir afin d’y mettre fin, mais les nombreuses tentatives s’avèrent vaines, car la mairie n’a pas vraiment les moyens pour lutter contre ce phénomène », affirme-t-il.

Max William dit également constater une avancée des vagues sur les côtes où le sable est exploité.

D’après lui, cette situation touche, depuis 2016, plusieurs localités, notamment Dieu-Cerf et Point Maçon, où plus d’une vingtaine de maisons ont été détruites par les vagues.

« Ces propriétaires se sont réinstallés, pour la plupart d’entre eux, sur les collines », explique le maire de l’île de la Tortue à AyiboPost.

L’édile, qui se dit préoccupé par cette pratique dans sa commune, évoque l’absence de représentants du ministère de l’Environnement et le manque de policiers sur place, qui compliquent, selon lui, les interventions de la mairie.

La municipalité ne prélève par ailleurs aucune taxe sur cette activité, affirme Max William.

Les conséquences rapportées par le maire ne concernent pas uniquement l’île de la Tortue.

L’extraction de sable marin s’étend également aux communes de Saint-Louis-du-Nord et d’Anse-à-Foleur, selon Luckner Noël.

« Parfois, nous essayons d’intervenir afin d’y mettre fin, mais les nombreuses tentatives s’avèrent vaines, car la mairie n’a pas vraiment les moyens pour lutter contre ce phénomène »

À Saint-Louis-du-Nord, la destruction d’une partie de la rue du Quai, qui traverse le centre-ville, serait notamment liée à une exploitation incontrôlée du sable sur les côtes, d’après l’ingénieur-agronome.

Selon lui, la mer a également emporté des maisons, des églises et des écoles situées sur le littoral.

Ces observations interviennent par ailleurs dans un contexte de réchauffement climatique, qui contribue à l’élévation du niveau de la mer et peut accroître la vulnérabilité des zones côtières.

Pour Jude Alcindor, directeur général de la mairie de Saint-Louis-du-Nord, la municipalité ne peut toutefois pas empêcher les habitants d’extraire du sable en mer, puisque, explique-t-il, « c’est un moyen de subsistance pour bon nombre d’habitants ».

Vue de la rue du Quai. Courtoisie : Luckner Noël

« Si c’est le seul moyen pour certains de nourrir leur famille, comment pourrions-nous l’empêcher ? », se questionne le directeur, contacté par AyiboPost.

Le phénomène ne se limite pas au Nord-Ouest.

Une série de reportages publiée par AyiboPost en 2025 avait déjà documenté l’exploitation du sable dans le Sud, révélant notamment la participation de responsables locaux à cette activité.

Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), l’extraction de sable dans les écosystèmes où il joue un rôle important peut entraîner de l’érosion, la salinisation des aquifères, une perte de protection contre les ondes de tempête et des conséquences sur la biodiversité.

En Haïti, un décret-cadre sur l’environnement datant de 2006 soumet l’exploration et l’exploitation des ressources minérales à l’obtention d’une concession délivrée par le Bureau des Mines et de l’Énergie.

Pour Jude Alcindor, directeur général de la mairie de Saint-Louis-du-Nord, la municipalité ne peut toutefois pas empêcher les habitants d’extraire du sable en mer, puisque, explique-t-il, « c’est un moyen de subsistance pour bon nombre d’habitants ».

Face aux risques liés à cette pratique, la direction départementale du ministère de l’Environnement organise, depuis 2019, des séances de sensibilisation à l’intention des responsables communaux du Haut-Nord-Ouest.

Ces séances visent notamment à les alerter sur les risques auxquels les communes côtières sont exposées en raison de l’extraction de sable au fond de la mer et sur le littoral, explique Luckner Noël.

Malgré ces initiatives, le responsable départemental reconnaît qu’aucune mesure concrète n’a encore été prise pour encadrer cette activité.

« Jusqu’à présent, aucune mesure n’a été prise par le ministère de l’Environnement pour réglementer l’extraction de sable marin », reconnaît-il auprès d’AyiboPost.

Par : Djouly Mombrun

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