Consommé notamment pour se rafraîchir pendant les périodes de forte chaleur en Haïti, le melon d’eau constitue une source de revenus à la fois pour les cultivateurs et pour les détaillants, qui sont, pour la plupart, des marchands ambulants
La commune de Grand-Goâve, située à 45 kilomètres au sud de Port-au-Prince, est devenue un pôle de production de melons d’eau en Haïti, indique à AyiboPost l’ingénieur-agronome Joseph Frenel Sterlin, responsable du Bureau agricole communal (BAC) de cette municipalité.
Par le passé, les melons d’eau consommés dans le pays provenaient principalement de La Gonâve, de Cabaret, de Saint-Marc et de l’Estère.
Mais, depuis le début des années 2000, Grand-Goâve s’est progressivement imposée comme l’une des principales zones de production de cette culture, selon trois producteurs locaux joints par AyiboPost.
Le melon d’eau, également appelé pastèque, dont le nom scientifique est Citrullus lanatus, est une plante grimpante capable d’atteindre jusqu’à dix mètres de long.
Consommé notamment pour se rafraîchir pendant les périodes de forte chaleur en Haïti, le melon d’eau constitue une source de revenus à la fois pour les cultivateurs et pour les détaillants, qui sont, pour la plupart, des marchands ambulants.
Cette montée en puissance de la filière s’est accompagnée de plusieurs initiatives destinées à soutenir les producteurs.
En 2018, l’ONG évangélique Samaritan’s Purse a misé sur la culture de la pastèque pour accompagner 300 agriculteurs de Grand-Goâve, notamment à travers des formations techniques et la distribution de semences.
Selon l’ONG, cette initiative visait à renforcer les moyens de subsistance de familles de producteurs en situation de précarité et à leur permettre d’accroître leurs revenus.
Cette intervention est intervenue dans un contexte d’augmentation de la production de pastèques à Grand-Goâve, une progression qui n’a toutefois pas été quantifiée par l’État.
Le ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR) ne dispose pas de statistiques sur les débuts ni sur le niveau d’expansion de cette culture dans la région. L’État n’accompagne pas non plus les agriculteurs.
Trois producteurs contactés par AyiboPost situent une accélération de la production au début des années 2000.
La superficie consacrée à cette culture varie aujourd’hui entre 120 et 180 hectares, selon le responsable du BAC, qui s’appuie sur des données techniques recueillies lors des formations destinées aux producteurs.
Sterlin, qui travaille pour le ministère depuis 30 ans, regrette que le MARNDR ne dispose toujours pas de données permettant d’avoir une vue d’ensemble de la production de pastèques sur l’ensemble du territoire national.
Le melon d’eau est une plante grimpante capable d’atteindre jusqu’à dix mètres de long.
À Grand-Goâve, il est cultivé en grande partie dans les première et septième sections communales, dénommées respectivement Tête-à-Bœuf et Gérard.
Parmi les producteurs ayant contribué au développement de cette filière figure Jean Fedner Cacéus.
Formé en économie et enseignant de profession, Cacéus cultive le melon d’eau depuis environ 25 ans. Il se considère comme la première personne à avoir introduit cette culture dans la localité de Mayotte, située dans la première section communale de Grand-Goâve.
Sterlin, qui travaille pour le ministère depuis 30 ans, regrette que le MARNDR ne dispose toujours pas de données permettant d’avoir une vue d’ensemble de la production de pastèques sur l’ensemble du territoire national.
« Je voyais les gens se rendre à La Gonâve pour acheter des melons afin de les revendre. Je me suis alors demandé pourquoi ne pas tenter l’expérience », raconte-t-il, affirmant produire plus de 500 douzaines de melons d’eau chaque année.
Pendant plusieurs années, cette production trouvait facilement preneur sur les principaux marchés du pays.
« Des acheteurs venant de Port-au-Prince et de l’Arcahaie venaient ici pour acheter ce que nous produisions. Aujourd’hui, nous envoyons seulement une petite quantité de melons par bateau vers la capitale », déclare Cacéus, qui affirme tirer une grande partie de ses revenus de cette culture.
La raréfaction des acheteurs en provenance de Port-au-Prince et de l’Arcahaie est liée à la situation sécuritaire, les principales routes reliant Grand-Goâve à ces villes étant bloquées.
Les agriculteurs écoulent désormais leur production sur d’autres marchés des communes voisines, notamment à Miragoâne, Petit-Goâve, Léogâne et aux Cayes.
Cette réorganisation des circuits de commercialisation n’est toutefois pas sans conséquences sur les revenus des producteurs.
L’insécurité grandissante sur les routes, en raison de la présence des gangs, complique l’acheminement des pastèques vers plusieurs marchés du pays, explique Cacéus à AyiboPost.
Faute de pouvoir écouler leur production comme auparavant, les producteurs se retrouvent avec une offre abondante sur les marchés encore accessibles, ce qui tire les prix vers le bas.
Selon Cacéus, la douzaine de pastèques, qui se vendait à 5 000 gourdes avant la dégradation de la situation sécuritaire, se négocie aujourd’hui entre 3 000 et 3 500 gourdes.
Daniel Chervil cultive le melon d’eau depuis 2005 dans la petite localité de Mayotte.
Il estime sa production moyenne à 50 douzaines par an.
« Ça m’aide à prendre soin de moi et de ma famille, même si les saisons ne sont pas toujours bonnes à cause d’une maladie appelée « pichon », qui attaque parfois les cultures », déclare-t-il.
Pour sa part, l’ingénieur-agronome Marcassy Alcide, également producteur de melons d’eau à Grand-Goâve, met l’accent sur les difficultés auxquelles sont confrontés les cultivateurs.
Il évoque notamment l’augmentation du coût de la main-d’œuvre.
« Nous devons payer deux fois plus qu’auparavant pour la main-d’œuvre nécessaire au sarclage », explique-t-il à AyiboPost.
La hausse des prix des produits pétroliers et des produits de première nécessité augmente les dépenses liées à l’alimentation des travailleurs.
Malgré ces contraintes, Alcide estime que cette filière est riche en « opportunités économiques à saisir », parce que, selon lui, « la production de melons d’eau nécessite des investissements relativement modestes ».
Par : Wesker Sylvain
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