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Des policiers en poste agressent et harcèlent des femmes à Port-au-Prince

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Un syndicaliste de la police confie être témoin de discussions entre agents au cours desquelles ces derniers font l’éloge de violences sexuelles et sexistes commises contre des femmes dans le cadre de leurs fonctions

La travailleuse de la presse se rendait à Pétion-Ville avec une amie en passant par la route de Frères en février dernier.

Sur le chemin du retour, un groupe de policiers, vêtus de l’uniforme d’une unité spécialisée et à bord d’un véhicule blindé de transport de troupes, lui intime l’ordre de s’arrêter et de présenter une pièce d’identité.

Ce qu’elle dit avoir fait sans hésitation.

Après vérification, ces hommes lui font des remarques sexistes sur son corps. L’un des policiers lui dit qu’elle ressemble à un garçon manqué.

Ils sont allés encore plus loin.

« Ils m’ont demandé si je suis lesbienne. Où est ma femme ? » se souvient la professionnelle de la caméra, ajoutant qu’elle avait peur et était frustrée face au comportement des agents en pleine rue.

Son cas n’est pas isolé.

Une demi-douzaine de femmes — victimes de remarques à caractère sexuel, de tentatives d’intimidation, de fouilles arbitraires ou encore d’abus d’autorité de la part de policiers en poste — ont témoigné à AyiboPost de leur hésitation à porter plainte par peur de représailles.

Un responsable d’une organisation de défense des droits humains et un responsable syndical au sein de la police révèlent être au courant de tels écarts de comportement ou avoir reçu des signalements en ce sens.

Mathieuny Sidel, porte-parole du Syndicat national des policiers haïtiens (Synapoha), confie être témoin de discussions entre agents au cours desquelles ces derniers font l’éloge de violences sexuelles et sexistes commises contre des femmes dans le cadre de leurs fonctions.

Une demi-douzaine de femmes — victimes de remarques à caractère sexuel, de tentatives d’intimidation, de fouilles arbitraires ou encore d’abus d’autorité de la part de policiers en poste — ont témoigné à AyiboPost de leur hésitation à porter plainte par peur de représailles.

« En tant que syndicaliste, je leur demande toujours d’adopter un meilleur comportement envers la population », rapporte-t-il à AyiboPost.

Mais, pour Abigail Derolian, responsable de la section Violence basée sur le genre (VBG) de l’organisation Nègès Mawon, plusieurs signalements reçus via le centre d’appel de l’organisation ne donnent pas lieu à une prise en charge, les survivantes ne se présentant pas aux bureaux de l’institution.

Selon la responsable, entre mars et avril 2026, son organisation a reçu deux plaintes pour violences sexuelles ou sexistes impliquant des policiers à Port-au-Prince.

Lire aussi : Comment des policiers ont tué Woodley Nestor à Pétion-Ville

Jointe par AyiboPost, une autre victime de cette pratique raconte avoir vécu des moments particulièrement difficiles en août de l’année dernière. Elle venait à peine d’habiter dans un quartier de Pétion-Ville.

Un dimanche, au niveau de Thomassin 32, aux environs de 9 h du matin, des hommes à bord d’un véhicule de marque Toyota Land Cruiser aux vitres teintées l’ont appelée.

Apeurée, la jeune femme dit avoir hésité, ne pouvant pas identifier au premier abord le véhicule et ses occupants.

Peu de temps après, des agents, pointant leurs armes en sa direction, l’ont forcée à monter à bord de la voiture.

C’est en se rapprochant du véhicule qu’elle finit par se rendre compte qu’il s’agissait d’un véhicule portant une plaque d’immatriculation de la Police nationale d’Haïti, avec à son bord des hommes portant des t-shirts noirs et des gilets pare-balles floqués « Police ».

Ils ont conduit la jeune femme à la maison d’une amie où elle avait dormi la veille.

« Les policiers, sans juge de paix, ont non seulement fouillé la maison, mais ils ont aussi saisi mon passeport ainsi que les pièces d’identité d’autres personnes qui s’y trouvaient », raconte la vingtenaire, demandant l’anonymat pour des raisons de sécurité.

Le chauffeur qui se trouvait au volant du véhicule est identifié comme un inspecteur affecté au sous-commissariat de Thomassin, selon la victime.

Dans l’après-midi de ce dimanche, la jeune femme se rend au sous-commissariat pour récupérer son passeport, comme le voulait l’« inspecteur ».

Sur place, ce dernier lui demande son numéro de téléphone et lui fait savoir qu’il la « suit de près dans la zone ».

C’est à ce moment qu’elle comprend que l’inspecteur s’intéressait à elle, tout simplement.

« J’étais traumatisée par ce geste », confie à AyiboPost l’étudiante en histoire de l’art.

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Ces actes ne laissent pas indifférentes les organisations de défense des droits humains.

Jointe par AyiboPost, Marie Rosy Auguste Ducena — responsable de programme au Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) — dit croire que des policiers déployés dans les rues de la capitale affichent souvent des comportements contraires à la déontologie de la Police nationale d’Haïti.

L’avocate et militante souligne la courte durée de formation des policiers comme l’un des facteurs pouvant expliquer ces écarts de comportement.

« Il faut que la PNH mette en place des séances de formation continue sur des thématiques comme la violence basée sur le genre, les droits humains et la dignité humaine », soutient-elle.

En janvier 2024, un policier affecté à une antenne de police de Poste-Marchand accuse Paule, en pleine rue, d’être la compagne d’un membre de gang après que celle-ci a refusé ses avances.

La jeune étudiante en sociologie à l’Université d’État d’Haïti revenait de ses cours et attendait un colis lorsque trois policiers, affectés à ce poste de police, s’en sont pris à elle.

« Il faut que la PNH mette en place des séances de formation continue sur des thématiques comme la violence basée sur le genre, les droits humains et la dignité humaine », soutient Marie Rosy Auguste Ducena.

Après ce bref échange qui, selon elle, l’a mise très mal à l’aise, Paule monte à bord d’un minibus pour rentrer chez elle.

L’un des policiers la force à descendre du véhicule et l’emmène arbitrairement au poste de police pour être « interrogée », avant qu’un autre agent, identifié comme chef de poste, ne vienne ordonner aux agents de la laisser partir.

La jeune femme explique que cet épisode a été particulièrement choquant pour elle, au point qu’elle a décidé de ne plus emprunter cette route pendant des mois.

AyiboPost a contacté, sans succès, le porte-parole de la PNH ainsi que l’Inspection générale de l’institution dans le cadre de ce reportage.

Par : Wilder Sylvain

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