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Photos | Haïti rêve de battre le Brésil

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Quelques heures avant le déroulement de ce match fatidique pour les Grenadiers à Philadelphie contre ce colosse de l’Amérique du Sud, quintuple champion du monde, les esprits sont surchauffés à Port-au-Prince comme dans certaines villes de province

Haïti affrontera le Brésil dans la Coupe du monde ce vendredi 19 juin, dans une lutte pour sa survie dans le tournoi, après s’être incliné face à l’Écosse six jours plus tôt.

Quelques heures avant le déroulement de ce match fatidique pour les Grenadiers à Philadelphie contre ce colosse de l’Amérique du Sud, quintuple champion du monde, les esprits sont surchauffés à Port-au-Prince comme dans certaines villes de province.

Aux Gonaïves, l’optimisme est déjà palpable.

Photo | Tamarre Pierre pour AyiboPost

« Haïti va battre le Brésil ! », lance Rolby Bien-Aimé, géographe de formation vivant aux Gonaïves. Pour lui, affronter la Seleção constitue déjà « un rêve qui devient réel ».« Nous prévoyons même de déployer des bandes de rara dans les rues après cette victoire », s’exclame-t-il.

Dans ce contexte d’attente et d’effervescence, cette rencontre historique prend des allures particulières.

Mais au-delà de l’enjeu sportif, le match ravive aussi une relation particulière entre Haïti et le Brésil.

Pendant des décennies, le football brésilien a façonné l’imaginaire de nombreux Haïtiens.

Les exploits de Pelé, Ronaldo, Ronaldinho ou encore Neymar ont nourri les conversations dans les quartiers, les écoles et les terrains vagues du pays.

Aujourd’hui, voir les Grenadiers affronter la sélection championne du monde en 2002 donne à cette affiche une portée symbolique particulière.

Cette participation à la 23e édition de cette compétition est historique pour Haïti puisqu’elle marque le retour du pays à la Coupe du monde, plus de cinquante ans après sa seule participation en 1974.

Vingt-six Grenadiers se donnent à fond afin d’y peindre la fierté aux couleurs haïtiennes, un peuple entièrement debout, des vuvuzelas en alerte comme des lambis d’espoir.

Les rues et les voix d’Haïti s’invitent avec éloquence dans la plus grande fête du football à travers le monde, dans un contexte où des milliers de familles continuent de fuir la violence des gangs.

Photo | Tamarre Pierre pour AyiboPost

Le 11 juin, quelques heures avant le début du tournoi, deux journalistes d’AyiboPost ont parcouru les rues de Port-au-Prince pour prendre le pouls de cette ferveur.

Aux abords du Champ-de-Mars, en grande partie abandonné auparavant à cause des exactions des gangs, les blessures de l’insécurité sont encore visibles.

Des quartiers déserts jusqu’à l’avenue Christophe esquissent le tableau sombre d’une enfilade de maisons portant encore les stigmates des violences : des murs soufflés par les flammes, des amas de blocs effondrés et des carcasses de voitures incendiées.

Dans la partie fréquentée de la place, Jackson Carris, un débiteur d’alcool visiblement dans la quarantaine, reste optimiste.

Photo | Tamarre Pierre pour AyiboPost

« C’est une grande fierté pour moi de compter Haïti parmi les nations qui figureront dans le tournoi », s’exclame Carris. « Nous allons supporter notre pays jusqu’au bout. »Assis sur une rambarde en blocs, un gallon de rhum posé à ses côtés, il se refuse à fixer des limites aux Grenadiers.

« Je ne peux pas dire que nous irons en finale, mais le ballon est rond pour toutes les équipes. Je suis confiant », dit-il, ajoutant n’avoir jamais vu un tel engouement des Haïtiens pour une Coupe du monde.

Mais le citoyen déplore le rationnement excessif de l’électricité et la carence d’infrastructures techniques pouvant supporter l’ardeur des passionnés du ballon rond dans la zone métropolitaine.

Photo | Tamarre Pierre pour AyiboPost

« Nous n’avons pas d’électricité. À Lalue où j’habite, je suis parfois obligé d’investir des lieux publics pour regarder les matchs », regrette-t-il.

Pour Carris, les motifs de satisfaction ne manqueront pas. Parmi eux, la hausse des ventes de rhum pendant la compétition.

« Lors des matchs, les supporters consomment beaucoup plus qu’à l’ordinaire », confie-t-il, attribuant cela à l’ambiance festive du moment.

Pierre Fransein Lundy, 32 ans, est propriétaire de Lundy’s, un restaurant et un salon de beauté à Jérémie.

Pendant la compétition mondiale, ses revenus ont triplé par rapport à la normale.

Pour attirer davantage de clients, Lundy a installé un écran géant alimenté par des panneaux solaires. Lundy’s, qui compte une cinquantaine de places, affiche complet pour chacun des matchs de préparation de l’équipe.

Marcatu Cupidon, enseignant évoluant à Port-au-Prince, voit dans la qualification d’Haïti une portée politique et sociale.

« Le parcours des Grenadiers jusqu’à la Coupe du monde pour y jouer le « grand » Brésil, c’est un appel à investir dans l’humain et la jeunesse. »

Photo | Tamarre Pierre pour AyiboPost

Aux abords du Champ-de-Mars, l’un des journalistes d’AyiboPost avance son objectif pour capturer la foire des couleurs qui agrémentent les étals des marchands de produits d’artisanat, le 11 juin.

Accrochés aux rampes en bois, des T-shirts de la sélection haïtienne arrachent des reflets d’or au soleil de onze heures.

Jean-Baptiste Jean Robert, 63 ans, espère vivre pleinement cette Coupe du monde, lui qui n’avait pas pu suivre celle de 1974.

« Les moyens technologiques de l’époque rendaient le visionnage des matchs difficile », se souvient-il.

À Pétion-Ville, sur la place Saint-Pierre décorée de drapeaux de plusieurs nations, Jean-Louis, 49 ans, confie que son rêve de voir Haïti en Coupe du monde est enfin devenu réalité.

Photo | Tamarre Pierre pour AyiboPost

« Partout où le drapeau bleu et rouge flotte, j’y serai », clame-t-il, la poitrine haletante d’émotions à peine contenues.

Le 7 juin, à Petit-Goâve, le collectif « Les Amis du sport » a organisé un défilé en l’honneur de la sélection nationale.

Des dizaines d’habitants ont défilé dans les rues, brandissant des portraits de joueurs et des accessoires aux couleurs haïtiennes.

Plusieurs dizaines d’habitants, des mouchoirs aux motifs de la sélection haïtienne ceignant leurs têtes, d’autres brandissant le portrait de leur joueur haïtien de prédilection, ont foulé le bitume, mêlant leurs voix dans une réjouissance collective portée par la cadence entraînante du mix d’un disc-jockey.

« C’est une façon de les honorer pour le travail colossal qu’ils ont accompli afin de nous ramener en Coupe du monde », explique Julien Toussaint, l’un des organisateurs.

Par :  Junior Legrand & Tamarre Pierre

David Constantin et Widlore Mérancourt ont participé à ce photo-reportage.

Photos | Tamarre Pierre pour AyiboPost

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Journaliste à AyiboPost depuis avril 2023, Legrand junior fait ses études à l'Université d'État d'Haïti. Passionné des mots et du cinéma, il espère mettre à contribution sa plume pour donner forme au journalisme utile en Haïti et favoriser l'éclosion d'une sphère commune de citoyenneté.

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