SOCIÉTÉ

Mystère sur une vague de bébés abandonnés à Port-au-Prince

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Les responsables ne disposent d’aucune explication formelle à l’augmentation du nombre de bébés abandonnés dans la région métropolitaine.

 

L’hôpital universitaire La Paix, à Delmas 33, enregistrait en moyenne un à deux cas de nouveau-nés abandonnés par an avant 2024. Depuis, le phénomène s’est fortement accentué : une douzaine de cas ont été recensés en 2025, puis de nouveau en 2026.

Photo de l’hôpital universitaire La Paix, à Delmas 33, prise le 08 octobre par Casimir Philicien.

Des employés de trois autres centres hospitaliers de la région métropolitaine de Port-au-Prince révèlent à AyiboPost être confrontés au même phénomène d’abandon de nouveau-nés. Ils affirment manquer de moyens pour répondre à leurs besoins, notamment en matière d’hébergement, d’alimentation et d’accompagnement.

La plupart des bébés présentent des malformations ou un handicap, selon la Dre Pascale Gassant, directrice de l’hôpital Saint-Damien à Tabarre. Les troubles du spectre de l’autisme, la paralysie cérébrale infantile et la trisomie figurent parmi les cas les plus fréquents.

Des enfants abandonnés à l’hôpital Saint Damien à Tabarre. Photo prise par Wilson Saintelus

Les causes de cette hausse récente ne sont pas clairement établies. Toutefois, des professionnels de santé estiment qu’elle pourrait être liée à une combinaison de facteurs, notamment l’aggravation de la pauvreté, l’augmentation des violences sexuelles, les déplacements forcés causés par l’insécurité, l’absence d’accès à l’avortement, ainsi que les difficultés auxquelles sont confrontées certaines familles pour prendre en charge un enfant souffrant d’un handicap ou nécessitant des soins particuliers.

Pour Dr Paul Junior Fontilus, directeur exécutif de l’hôpital universitaire La Paix, la recrudescence du phénomène observée depuis 2024 survient dans un contexte marqué par la destruction de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), ainsi que par les difficultés d’accès à la maternité Isaïe Jeanty, à Cité Soleil, en raison de l’insécurité.

Les enfants abandonnés arrivent dans les établissements dans des circonstances diverses. À l’hôpital La Paix, certains nouveau-nés retrouvés dans des poubelles sont amenés par la police ou la mairie. D’autres sont abandonnés après leur naissance.

Des enfants abandonnés à l’hôpital Saint Damien à Tabarre. Photo prise par Wilson Saintelus

« Nous ne connaissons pas forcément les raisons de ces abandons, mais il s’agit souvent de jeunes femmes qui viennent accoucher et qui décident malgré tout d’abandonner leur enfant après l’accouchement », explique Dr Fontilus.

Les causes de cette hausse récente ne sont pas clairement établies. Toutefois, des professionnels de santé estiment qu’elle pourrait être liée à une combinaison de facteurs, notamment l’aggravation de la pauvreté, l’augmentation des violences sexuelles, les déplacements forcés causés par l’insécurité, l’absence d’accès à l’avortement, ainsi que les difficultés auxquelles sont confrontées certaines familles pour prendre en charge un enfant souffrant d’un handicap ou nécessitant des soins particuliers.

À Tabarre, l’hôpital Saint-Damien prend en charge une dizaine d’enfants âgés de trois à quinze ans, en situation de handicap et abandonnés à la naissance au sein de l’établissement. Certains enfants y sont amenés en situation d’urgence médicale et leurs parents ne reviennent jamais les chercher.

La plupart de ces enfants présentent des troubles du spectre de l’autisme, une paralysie cérébrale ou une trisomie, révèle à AyiboPost la directrice de l’établissement, la Dre Pascale Gassant.

L’hôpital prend en charge des enfants abandonnés depuis 2003, selon la Dre Gassant, qui travaille dans l’institution depuis 23 ans. Pour répondre à leurs besoins, l’institution a aménagé, dès 2006, une salle baptisée « Poisson », équipée de dix lits et de jouets.

La directrice souligne toutefois que cet espace ne constitue pas une solution adaptée à long terme. « Même si nous leur rendons visite et jouons avec eux, l’hôpital n’est pas un lieu conçu pour les élever », déclare la Dre Gassant.

Des enfants abandonnés à l’hôpital Saint Damien à Tabarre. Photo prise par Wilson Saintelus

L’Institut du Bien-Être social et de Recherches (IBESR), organisme public notamment chargé de la protection de l’enfance, est appelé à intervenir lorsqu’un enfant est abandonné dans un établissement hospitalier.

En principe, la direction de l’hôpital doit signaler la situation à l’IBESR. Des travailleurs sociaux évaluent ensuite la situation familiale de l’enfant et recherchent des possibilités de prise en charge.

Lorsque les parents ne peuvent être retrouvés ou ne sont pas en mesure de s’occuper de l’enfant, l’IBESR envisage une solution d’hébergement auprès d’une famille d’accueil ou d’une maison d’enfants autorisée.

Dans la pratique, cependant, les démarches entreprises par les hôpitaux, notamment pour les enfants en situation de handicap, n’aboutissent généralement pas à une solution.

Des enfants abandonnés à l’hôpital Saint Damien à Tabarre. Photo prise par Wilson Saintelus

Selon la directrice de l’hôpital Saint-Damien, les enfants présentant des malformations ou un handicap ne sont pas systématiquement accueillis par l’IBESR. D’après elle, les responsables de l’institution invoquent un manque de ressources et de places dans les structures susceptibles de recevoir ces enfants.

Saint-Damien a effectué plusieurs tentatives sans succès pour obtenir une intervention de l’IBESR. « On nous avait dit qu’on allait prendre les enfants abandonnés âgés de deux ou trois mois pour les placer dans des familles. Personne ne semble vraiment s’intéresser à les accueillir », déplore la Dre Gassant auprès d’AyiboPost.

L’IBESR n’a pas répondu aux demandes de commentaires d’AyiboPost.

Certains enfants abandonnés pris en charge à l’hôpital universitaire La Paix ont été orientés vers l’établissement par l’IBESR ou par d’autres institutions sanitaires, révèle Salming Dieujuste, travailleur social depuis plus d’un an dans cet hôpital.

Les enfants abandonnés présentant un handicap demeurent sous la garde des hôpitaux même après leur prise en charge médicale.

Le personnel d’hôpitaux comme La Paix cotise pour prendre soin des bébés durant leur séjour dans l’établissement, selon le Dr Fontilus.

Des enfants abandonnés à l’hôpital Saint Damien à Tabarre. Photo prise par Wilson Saintelus.

Le centre hospitalier de Fontaine, à Cité Soleil, confronté à cette réalité, a dû ouvrir une crèche pour accueillir les enfants abandonnés ou laissés à l’hôpital.
Le directeur exécutif de l’hôpital, José Ulysse, a aussi créé la Fondation Fontaine il y a quatre ans. La structure dispose d’un espace d’accueil à Vivy Mitchell, un quartier de Pétion-Ville.

L’hôpital a enregistré une dizaine de cas d’enfants abandonnés par leur mère après l’accouchement entre 2023 et 2024.

Plus de 25 enfants âgés d’un mois à trois ans sont pris en charge par la Fondation, souligne le responsable.

« Avant, nous les laissions à l’hôpital, mais nous avons constaté que ce n’est pas le meilleur endroit pour qu’ils grandissent », explique José Ulysse à AyiboPost.

L’hôpital Saint-Damien a dû réduire une partie de son budget de fonctionnement afin de financer les besoins des enfants en nourriture et en vêtements.

L’hôpital fonctionne grâce à des dons provenant de l’étranger, explique la Dre Gassant.

« Mais localement, aucune instance de l’État ne nous fournit quoi que ce soit », poursuit la responsable. « C’est également grâce à ces fonds que l’hôpital assure la prise en charge de ces enfants en situation de handicap. »

Par : Fenel Pélissier

Photo | Des enfants abandonnés à l’hôpital Saint Damien à Tabarre. Photo prise par Wilson Saintelus.

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Fenel Pélissier est avocat au Barreau de Petit-Goâve, professeur de langues vivantes et passionné de littérature.

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