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Le soldat publié par Bukele n’est pas mort

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Sossal Kamis Alhadj a été blessé, mais demeure vivant, apprend AyiboPost

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La Force de répression des gangs (FRG) a reçu des restes humains qu’elle s’emploie actuellement à identifier afin de déterminer s’ils appartiennent aux quatre de ses soldats portés disparus depuis dimanche dernier, a appris AyiboPost. Le processus d’identification impliquera la prise d’empreintes dentaires et prendra du temps en raison de l’état des restes reçus d’une organisation humanitaire locale.

Le président du Salvador, Nayib Bukele, a affirmé sur X ce samedi que les restes remis n’appartiennent pas à ses quatre aérotechniciens. Ils correspondent, selon Bukele, à « un enfant, à un homme d’une stature considérablement plus grande que celle de nos aérotechniciens et à une personne qui portait une partie d’un uniforme d’une armée qui n’est pas la nôtre ».

« Parmi les restes, on a également trouvé des carnets d’identification et des uniformes militaires d’autres pays », poursuit le président dans sa publication accompagnée de la photo d’identification de Sossal Kamis Alhadj, un tchadien membre de la FRG.

Alhadj n’est pas mort, apprend AyiboPost. Le soldat a toutefois été blessé lors des opérations cette semaine. Il n’est pas clair pourquoi le président salvadorien a divulgué ses données identifiables, retrouvées probablement sur le champ des opérations.

Les quatre Salvadoriens ont disparu à Santo dimanche dernier, alors qu’ils venaient de s’acheter à manger dans un supermarché. Une source au courant des événements soutient qu’ils n’étaient pas en mission officielle. Selon cette dernière, ils se sont probablement égarés et se sont retrouvés sans support, en plein cœur d’un territoire contrôlé par des bandits.

AyiboPost a pris contact avec une autre source au courant des événements à Croix-des-Bouquets, dans le fief du gang Chen Mechan, accusé d’avoir lancé l’assaut contre les étrangers.

Selon cette dernière, la voiture blanche Toyota tout terrain a pris feu et les Salvadoriens, techniciens membres du « Liberty II Task Force », sont morts. Ils ont, dit-elle, été calcinés sur place lors d’échanges de tirs avec des bandits de la zone, qui affrontaient des renforts venus secourir les techniciens.

Selon cette source, les Salvadoriens n’ont jamais quitté leur voiture, contrairement aux affirmations contenues dans une note de presse publiée par la force armée salvadorienne lundi dernier. Ils ont, selon la source, été calcinés à l’intérieur du véhicule.

AyiboPost n’est pas en mesure de confirmer de manière indépendante cette version des faits. Les opérations menées pour retrouver les membres du FRG se poursuivent, a appris notre média.

Plus de deux cents membres des forces spéciales du Salvador ont débarqué en Haïti cette semaine pour appuyer les efforts de la Police nationale d’Haïti et des plus de 2 000 membres de la FRG, apprend AyiboPost.

Pour Romain Le Cour, qui dirige l’Observatoire d’Haïti au sein de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime, cette crise marque un tournant pour la FRG, une force dont le déploiement reste inachevé malgré l’autorisation accordée l’an dernier par les Nations unies de porter ses effectifs jusqu’à 5 500 membres.

Selon Le Cour, le déploiement de la force suivait jusqu’ici un calendrier largement dicté par les contraintes logistiques et les négociations politiques. « Le processus était lent, mais avançait », résume-t-il.

La crise actuelle est toutefois venue bouleverser cette trajectoire. La FRG se retrouve désormais dans une posture réactive et confrontée à ce que Romain Le Cour décrit comme un piège tactique.

À Santo, la FRG opère désormais aux côtés de la Task Force, une structure qui réunit la Police nationale et l’entreprise militaire privée Vectus Global et qui mène notamment des frappes par drones. Pour Romain Le Cour, ce chevauchement des responsabilités soulève des interrogations. « Cette confusion des rôles pose des questions de redevabilité et de respect des règles d’engagement », estime-t-il.

Entre-temps, la crise sécuritaire continue de s’aggraver en Haïti. Au moins 5 700 personnes ont été tuées ou blessées par des gangs ou lors d’opérations menées contre eux cette année, jusqu’au 11 septembre, a rapporté ce mois-ci le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk. Plus de 230 personnes ont été enlevées et plus de 1 000 femmes ont été victimes de violences sexuelles.

S’exprimant devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève le 2 octobre, Volker Türk a toutefois souligné que le bilan réel était probablement beaucoup plus élevé.

Dans ce contexte, le président dominicain, Luis Abinader, a indiqué samedi avoir échangé avec son homologue salvadorien, Nayib Bukele, au sujet de la coopération logistique et du partage de renseignements liés aux opérations menées contre les groupes criminels en Haïti. Dans une publication sur X, il a affirmé que les autorités dominicaines assuraient un suivi constant de l’évolution de la situation dans le pays, réitérant que sa priorité demeurait la sécurisation de la frontière et la protection de la population dominicaine.

Dans sa note de presse lundi, la force armée salvadorienne affirme que les quatre aérotechniciens ont été victimes d’une embuscade tendue par des groupes criminels lourdement armés alors qu’ils regagnaient leur campement à bord d’un véhicule blindé. Elle soutient que les assaillants ont utilisé des armes à feu et des explosifs, provoquant de violents affrontements et l’incendie du véhicule. Selon cette version des faits, les quatre militaires auraient toutefois réussi à sortir du blindé avant l’arrivée de renforts.

Le communiqué indique que des hélicoptères de l’armée salvadorienne ont été déployés pour appuyer les opérations et repousser les groupes armés. Les appareils auraient eux-mêmes essuyé des tirs et subi des impacts de balles au cours de la mission.

Trois jours après la disparition des Salvadoriens, le président du Salvador, Bukele, a annoncé le lancement d’une opération militaire visant à les retrouver.

« Nous n’avons qu’un seul objectif : ramener nos quatre compatriotes à la maison, vivants et sains et saufs », a déclaré Bukele, tout en adressant un avertissement aux groupes armés qu’il tenait pour responsables de leur enlèvement. « L’attaque d’aujourd’hui n’est rien comparée à ce qui arrivera si vous ne rendez pas les quatre otages vivants », avait-il ajouté, affirmant que les autorités salvadoriennes étaient prêtes à intensifier leur réponse.

Widlore Mérancourt est éditeur en chef d’AyiboPost et contributeur régulier au Washington Post. Il détient une maîtrise en Management des médias de l’Université de Lille et une licence en sciences juridiques. Il a été Content Manager de LoopHaïti.

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