AyiboPost répond à vos questions sur El Niño Comment ce phénomène, qui prend naissance dans le Pacifique, peut-il influencer les conditions météorologiques en Haïti ? À quoi le pays peut-il s’attendre en matière de précipitations, de températures et de récoltes dans les différentes régions ? Pour y répondre, AyiboPost a interrogé l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique ( NOAA).
L’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) est une agence scientifique américaine relevant du Département du Commerce des États-Unis.
Créée en 1970, elle mène des recherches et assure la surveillance de l’environnement, des océans, de l’atmosphère et du climat. Ses activités couvrent notamment l’observation et la prévision météorologiques et climatiques à l’échelle mondiale, en collaboration avec des partenaires aux États-Unis et à l’étranger.
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Les réponses de l’Agence ont été légèrement éditées afin d’en faciliter la compréhension et la lecture.
1- D’après les dernières prévisions de la NOAA/CPC, quelles conditions météorologiques et climatiques la NOAA prévoit-elle actuellement pour Haïti au cours des prochains mois, en particulier pour le reste de 2026 et le début de 2027 ?
Selon les prévisions de l’oscillation australe El Niño (ENSO en Anglais ), El Niño se renforce, avec plus de 90 % de chances d’un événement très fort pendant l’automne et l’hiver 2026-27 dans l’hémisphère nord.
D’après les données historiques, lors des épisodes El Niño, des conditions plus sèches que la moyenne sont probables pendant la saison de septembre à novembre dans la majeure partie d’Haïti, tandis que des conditions supérieures à la moyenne sont probables dans l’ouest d’Haïti pendant la saison de janvier à mars.
D’après les prévisions de l’Ensemble multi-modèles nord-américain (NMME), Haïti devrait connaître des précipitations inférieures à la moyenne et des températures supérieures à la moyenne durant la saison d’octobre à décembre 2026.
Selon les récentes prévisions saisonnières de la NOAA concernant les ouragans, l’activité cyclonique et tropicale devrait rester limitée dans le bassin atlantique pour le reste de la saison, avec 75 % de chances de terminer l’année 2026 avec un nombre de tempêtes inférieur à la normale.
Les prévisions saisonnières concernant les précipitations indiquent une légère probabilité de précipitations supérieures à la moyenne de janvier à mars 2027.
2- Le bulletin d’août publié par la NOAA prévoit une probabilité de 40 à 50 % de précipitations inférieures à la normale sur une grande partie d’Haïti entre septembre et novembre 2026. Les dernières prévisions indiquent-elles que ce risque s’est renforcé, affaibli ou est resté globalement inchangé ? Quelles régions d’Haïti sont actuellement considérées comme les plus exposées à un déficit pluviométrique important ?
Les probabilités de précipitations inférieures à la normale resteront élevées en Haïti. Selon les dernières prévisions pour la période d’octobre à décembre 2026, ces probabilités sont encore plus importantes (50 à 70 %) dans le sud du pays, notamment dans les départements de la Grand-Anse, des Nippes, du Sud, du Sud-Est et de l’Ouest.
3- Le bulletin indique également une probabilité de 60 % à plus de 70 % de températures moyennes supérieures à la normale dans l’ouest d’Haïti de septembre à novembre. Quelles sont les dernières projections de température ? Ces températures supérieures à la normale pourraient-elles aggraver les effets de la diminution des précipitations en asséchant davantage les sols et en augmentant la demande en eau ?
Les dernières prévisions pour la période d’octobre à décembre 2026 maintiennent une forte probabilité, de 60 à 70 %, de températures supérieures à la moyenne sur l’ensemble d’Haïti.
Elles indiquent notamment une probabilité de plus de 70 % de températures supérieures à la moyenne dans le sud et l’ouest du pays, ce qui renforce le niveau de confiance dans ces prévisions.
La hausse des températures pourrait accentuer les effets de la sécheresse et la dégradation de la végétation en asséchant davantage les sols et en augmentant les besoins en eau, comme expliqué ci-dessous.
4- Le bulletin signale d’importants déficits hydriques affectant déjà plusieurs régions d’Haïti dont la Grande-Anse, l’Ouest, les nippes, le Sud et l’Artibonite. Les prévisions indiquaient également que des conditions plus sèches que la moyenne persisteraient jusqu’au début septembre. Comment la NOAA évalue-t-elle actuellement l’évolution de ces conditions de sécheresse ?
La NOAA évalue l’évolution de la sécheresse en Haïti en analysant et en surveillant un ensemble d’outils de surveillance, notamment les anomalies pluviométriques, l’humidité du sol, l’indice de précipitations standardisé et des produits agrométéorologiques tels que l’indice de santé de la végétation et l’indice de végétation par différence normalisée.
Nous examinons l’ensemble de ces données et définissons des seuils pour détecter une sécheresse anormale, une sécheresse ou une sécheresse sévère.
5- Dans quelle mesure la combinaison de précipitations inférieures à la normale et de températures supérieures à la normale pourrait-elle affecter la production agricole d’Haïti, notamment le maïs, le riz et les autres cultures, au cours des prochaines saisons de croissance ? La NOAA perçoit-elle actuellement un risque de détérioration importante des conditions agricoles ou de la disponibilité en eau ?
La combinaison de précipitations inférieures à la normale et de températures supérieures à la normale représente une augmentation significative du risque de stress hydrique pour les cultures, en particulier pour les cultures pluviales.
La diminution des précipitations peut réduire l’humidité du sol et la disponibilité en eau, tandis que les températures supérieures à la normale accroissent la demande évaporative et les besoins en eau des cultures.
L’interaction de ces deux facteurs peut donc engendrer un stress hydrique plus important que celui attendu du seul déficit pluviométrique.
Le bulletin FEWS NET indique précisément que la majeure partie d’Haïti a connu des précipitations inférieures à la moyenne et des températures supérieures à la moyenne en août et que ces conditions ont déjà contribué à la dégradation de la végétation, affectant la saison des récoltes dans certaines régions.
Des impacts agricoles inégaux sont déjà constatés.
L’indice de satisfaction des besoins en eau des cultures (WRSI en Anglais ), portant sur la troisième période de dix jours du mois d’août 2026, a révélé des conditions de culture généralement moyennes dans le Centre, le Nord, le Nord-Est, l’Ouest, les Nippes, le Sud et la Grande-Anse.
Toutefois, des conditions de culture — allant de mauvaises à très mauvaises — ont été observées dans le Nord-Est, l’Artibonite, l’Ouest et certaines zones isolées du sud d’Haïti, tandis qu’ailleurs, les conditions étaient généralement médiocres.
6- Le bulletin indique que, par le passé, les épisodes d’El Niño ont été associés en Haïti à des conditions plus sèches que la normale, ainsi qu’à des températures supérieures aux normales dans l’est et le sud du pays. Comment la NOAA évalue-t-elle l’intensité potentielle de l’épisode actuel par rapport aux précédents épisodes d’El Niño forts ou très forts, notamment celui de 2015-2016 ?
Nous prévoyons une gamme d’intensités possibles pour El Niño, allant de faible à très forte.
Selon la mise à jour du 10 septembre, il y a plus de 90 % de chances qu’El Niño atteigne une intensité « très forte » (à 2,0 °C ou plus) durant deux saisons qui se chevauchent (octobre — décembre 2026 et novembre— janvier 2027).
Pour la période d’octobre à décembre 2026, la probabilité qu’un épisode historique se produise, dépassant en intensité les précédents épisodes d’El Niño enregistrés depuis 1950 — avec un RONI (indice océanique relatif de Niño) égal ou supérieur à 2,5 °C — est de 75 %.
Les épisodes les plus intenses peuvent modifier plus fortement la répartition des scénarios météorologiques et climatiques associés à El Niño, rendant certains phénomènes plus probables que d’autres.
Ils ne permettent toutefois jamais de garantir qu’un phénomène particulier se produira.
El Niño entraîne une modification des régimes climatiques qui peut rendre certains événements météorologiques plus probables au cours d’une saison.
7- Quels sont les indicateurs les plus importants que la NOAA surveille dans les semaines à venir pour déterminer si El Niño atteindra l’intensité potentiellement historique prévue pour fin 2026 ? En particulier, à quels indicateurs océaniques et atmosphériques les observateurs en Haïti devraient-ils porter une attention particulière ?
Le premier indicateur que nous surveillons est la température de surface de la mer (TSM) dans le Pacifique tropical, afin de déterminer si elle augmente ou diminue.
Les températures sous-marines sont également cruciales, car elles alimentent le développement d’El Niño.
De plus, nous surveillons la réponse atmosphérique au réchauffement des océans et, traditionnellement, le rayonnement infrarouge sortant (RIS, indicateur des précipitations).
Typiquement, lors d’El Niño, le réchauffement du Pacifique équatorial central et oriental est associé à d’importants excédents de précipitations dans cette région, tandis que le refroidissement du continent maritime est associé à des déficits d’humidité.
Enfin, nous surveillons la différence normalisée des anomalies de pression atmosphérique au niveau de la mer entre le Pacifique équatorial oriental et l’Indonésie.
El Niño est généralement associé à une pression atmosphérique inférieure à la moyenne au-dessus du Pacifique équatorial central et oriental et supérieure au-dessus de l’Indonésie.
8- Outre les précipitations, à quelles autres conséquences Haïti doit-elle se préparer, notamment en ce qui concerne les impacts sur les ressources en eau, l’agriculture, la santé publique, l’exposition à la chaleur, l’état de la végétation ou le risque d’incendies de forêt ?
Ce sont les effets en cascade de déficits ou d’excédents pluviométriques persistants, conjugués à une chaleur excessive, qui sont à l’origine de ces phénomènes.
La chaleur et la sécheresse ont de profondes répercussions socio-économiques, notamment celles décrites dans la question, affectant les moyens de subsistance des populations et engendrant instabilité et insécurité.
9- Quelles mesures d’intervention rapide spécifiques la NOAA recommanderait-elle aux autorités haïtiennes et aux organisations humanitaires en prévision de conditions potentiellement longues de sécheresse et de chaleur ? Existe-t-il des indicateurs ou des seuils particuliers qui pourraient servir à déclencher une intervention rapide dans les secteurs de l’agriculture, de l’eau, de la sécurité alimentaire ou de la gestion des catastrophes ?
La NOAA collabore étroitement avec le réseau FEWS NET du Département d’État américain, en fournissant des informations météorologiques et climatiques actualisées, notamment des prévisions sur El Niño et les risques associés, afin d’éclairer la prise de décision.
De plus, nous veillons à ce que nos informations météorologiques soient accessibles aux services météorologiques, qui les utilisent pour leurs prévisions, mais aussi au public.
La préparation est essentielle pour réduire les risques.
En publiant nos prévisions sur El Niño et ses impacts potentiels sur les précipitations et les températures plusieurs mois à l’avance, nous espérons permettre aux gouvernements de collaborer avec les institutions nationales et locales à l’élaboration de plans d’atténuation.
10- La NOAA collabore-t-elle actuellement avec des institutions haïtiennes, notamment les autorités météorologiques et de protection civile d’Haïti, pour surveiller l’évolution et les impacts d’El Niño ? Si oui, pourriez-vous fournir des détails sur les mécanismes de surveillance, les données, les partenariats ou les efforts de coordination en cours qui pourraient être pertinents pour le public haïtien ?
La NOAA soutient le FEWS NET en fournissant régulièrement des informations météorologiques et climatiques.
De plus, elle gère un important programme de renforcement des capacités spécifiquement conçu pour les services météorologiques des pays en développement.
En tant qu’hôte du Centre climatique régional de l’OMM à Washington, la NOAA fournit des services climatiques essentiels à l’Amérique centrale et aux Caraïbes via un portail web public et des ateliers de formation réguliers.
Bien qu’Haïti ait actuellement accès à ces ressources, il existe des opportunités stratégiques pour approfondir la coopération et l’engagement technique.
Par : Jérôme Wendy Norestyl
Couverture | Photo : Nektarios Markogiannis – UN/MINUSTAH
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