SOCIÉTÉ

L’arrêt du TPS tue les entreprises haïtiennes aux États-Unis

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Anie Alerte avait fait le choix d’embaucher des Haïtiens afin d’aider sa communauté aux États-Unis. Mais l’arrêt du programme Humanitarian Parole en juillet 2025 et celui du TPS en juillet dernier compromettent aujourd’hui le développement de cette initiative.

 

L’artiste et femme d’affaires haïtienne Anie Alerte a lancé Zile Boutik en Floride, en octobre de l’année dernière.

L’entreprise du North Miami Beach, spécialisée dans la vente d’articles divers et de produits artisanaux en provenance d’Haïti, employait une dizaine de personnes, dont huit ressortissants haïtiens bénéficiaires du Statut de protection temporaire (TPS) ou du programme Humanitarian Parole. Ces programmes permettent à des ressortissants de pays en crise de travailler aux États-Unis.

Alerte avait fait le choix d’embaucher des Haïtiens afin d’aider sa communauté aux États-Unis. Mais l’arrêt du programme Humanitarian Parole en juillet 2025 et celui du TPS en juillet dernier compromettent aujourd’hui le développement de cette initiative.

Craignant d’être arrêtés et déportés en Haïti, les employés n’osent plus se rendre au travail. Il ne reste plus que deux employés dans l’institution, se plaint Alerte lors d’une interview accordée à AyiboPost. Depuis, le chiffre d’affaires de l’entreprise a chuté de 90 %.

Cette situation affecte également d’autres entreprises haïtiennes aux États-Unis appartenant à des Haïtiens, qui employaient des travailleurs haïtiens bénéficiaires du TPS, ou dont la clientèle était composée principalement de ressortissants du pays.

Certaines sont contraintes de fermer leurs portes, tandis que d’autres peinent à poursuivre leurs activités faute de main-d’œuvre.

Les responsables de ces institutions refusent souvent de s’exprimer dans la presse afin de ne pas attirer la foudre de l’administration américaine. Sur une dizaine d’entreprises et d’entrepreneurs contactés par AyiboPost, seulement deux ont accepté de se confier sur la situation actuelle.

Lire aussi : Fin du TPS : environ 500 000 Haïtiens face à la menace de l’expulsion aux États-Unis

Jhonson Napoléon, propriétaire et directeur général de la compagnie Choucoune, confie faire face au départ d’une importante partie de la main-d’œuvre de son entreprise, spécialisée dans la production, la transformation et la commercialisation de produits haïtiens, dont le café et le riz. L’entreprise écoule ses produits aux États-Unis et dans plusieurs autres pays.

Napoléon avait quinze employés, dont cinq Haïtiens bénéficiant du Statut de protection temporaire. Ces cinq ressortissants haïtiens ne travaillent plus avec lui.

Le chauffeur de la compagnie, également bénéficiaire du TPS, a décidé de rester chez lui après avoir assisté à l’arrestation d’un migrant par la police de l’immigration américaine. La scène, survenue lors d’une livraison dans un supermarché, l’a profondément marqué et il l’a jugée « traumatisante », raconte Napoléon.

Craignant d’être arrêtés et déportés en Haïti, les employés n’osent plus se rendre au travail. Il ne reste plus que deux employés dans l’institution, se plaint Alerte lors d’une interview accordée à AyiboPost. Depuis, le chiffre d’affaires de l’entreprise a chuté de 90 %.

Depuis la suspension du TPS pour les Haïtiens, poursuit l’entrepreneur, l’entreprise a enregistré une baisse de 50 % de son chiffre d’affaires sur l’un de ses produits, le Kola Choucoune.

Choucoune distribue ses produits dans une vingtaine de succursales de la chaîne de supermarchés Presidente, en Floride. L’entreprise adopte désormais une stratégie de vente en ligne pour faire face à la situation.

« Avant la suspension du TPS, nous vendions à ces supermarchés 70 000 dollars de produits par semaine. Maintenant, ils achètent pour moins de 10 000 dollars », confie Napoléon.

L’entrepreneur explique cette baisse par le fait que des clients, pour la plupart des Haïtiens bénéficiaires du TPS fréquentant régulièrement ces supermarchés, sont contraints de rester chez eux.

Jointe par AyiboPost, Naed Jasmin Désiré, responsable à la Chambre haïtiano-américaine en Floride et installée aux États-Unis depuis quatre ans, confirme que ces deux cas sont loin d’être isolés.

Napoléon avait quinze employés, dont cinq Haïtiens bénéficiant du Statut de protection temporaire. Ces cinq ressortissants haïtiens ne travaillent plus avec lui.

« Je connais plusieurs entreprises haïtiennes qui sont obligées de renvoyer presque tous leurs employés parce que ces derniers bénéficient d’un TPS », déclare-t-elle.

Une situation qui dépasse le cadre des entreprises d’origine haïtienne.
Aux États-Unis, des organisations patronales redoutent un choc sur le marché du travail à la fin du TPS, avec des impacts notables sur des secteurs tels que les hôpitaux et les services aux personnes âgées.

Le secteur de la restauration est également touché de plein fouet.

Wilkinson Séjour, entrepreneur d’origine haïtienne et propriétaire de la chaîne de restaurants Chef Creole, basée dans le sud de la Floride, a confié à la chaîne américaine CBS, en août, qu’il pourrait être contraint de fermer deux de ses sept restaurants en raison de la situation.

L’homme d’affaires a également indiqué avoir perdu l’ensemble de son équipe de direction, ainsi que certains employés, tous bénéficiaires du TPS et contraints de quitter leur poste.

Lire aussi : Ces haïtiens, bénéficiaires du programme Biden qui ont quitté les États-unis

L’arrêt du TPS pour les Haïtiens s’inscrit dans un ensemble plus large de mesures prises par l’administration Trump en matière d’immigration.

Lors de sa campagne, le président avait promis de lancer, une fois élu, la plus vaste opération de déportation de l’histoire du pays.

Ces ressortissants haïtiens, qui vivent désormais sans statut légal et donc sans possibilité de travailler aux États-Unis depuis environ trois mois, s’exposent à la déportation.

Plusieurs centaines de migrants ont déjà été déportés en Haïti par les États-Unis depuis l’arrêt de ce statut.

« Avant la suspension du TPS, nous vendions à ces supermarchés 70 000 dollars de produits par semaine. Maintenant, ils achètent pour moins de 10 000 dollars », confie Napoléon.

Un article d’AyiboPost publié en janvier 2026 alertait sur les risques auxquels s’exposaient les bénéficiaires du TPS, pour la plupart arrivés aux États-Unis après le séisme du 12 janvier 2010.

Le reportage mettait en évidence les lourdes conséquences qu’une telle décision pourrait avoir sur des milliers de familles haïtiennes installées depuis près de vingt ans aux États-Unis et en Haïti, où elles possèdent des biens et ont des enfants, et qui risquent de tout perdre.

Dans un communiqué publié le 5 août dernier, Global Refuge, l’une des plus importantes organisations américaines intervenant auprès des réfugiés et des immigrants, qualifie la décision de mettre fin au TPS de mesure « économiquement contre-productive et moralement indéfendable ».

Par : Wilder Sylvain

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