Des écoles exigent des montants exorbitants pour des « fêtes de fin d’année » pouvant représenter jusqu’à 50 % du montant de la scolarité annuelle. Ces fêtes contournent une loi interdisant les cérémonies de graduation dans le pays
Des écoles disposant d’une section préscolaire contournent une interdiction du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), ainsi qu’une loi interdisant les cérémonies de graduation et les frais qui y sont associés pour les élèves du préscolaire, du fondamental et du secondaire.
Certains établissements rebaptisent ces cérémonies en « fêtes de fin d’année » afin d’échapper aux dispositions de la loi du 3 janvier 2017 et d’une circulaire ministérielle du 16 octobre 2014, selon le syndicaliste Léo Litholu, responsable d’un collectif de parents d’élèves interrogé par AyiboPost.
Au moins une demi-douzaine d’écoles du département de l’Ouest continuent d’organiser de telles activités et réclament aux parents des montants pouvant représenter jusqu’à 50 % de la scolarité annuelle, selon les témoignages de cinq parents recueillis par AyiboPost.
Dans son article 5, la loi du 3 janvier 2017 portant sur la régularisation des frais de scolarisation interdit aux établissements scolaires de percevoir des frais pour les cérémonies de graduation au préscolaire.
Au moins une demi-douzaine d’écoles du département de l’Ouest continuent d’organiser de telles activités et réclament aux parents des montants pouvant représenter jusqu’à 50 % de la scolarité annuelle, selon les témoignages de cinq parents recueillis par AyiboPost.
Cette interdiction a été adoptée dans un contexte où des parents se plaignaient des frais imposés par les directions des établissements.
Depuis, les cérémonies de graduation ne sont autorisées qu’en classe terminale, à condition d’obtenir le consentement préalable des parents et que la cotisation ne dépasse pas l’équivalent de deux mois de scolarité, payable en monnaie nationale.
Cette disposition complète une circulaire publiée le 16 octobre 2014 par le MENFP sous l’administration de Nesmy Manigat, interdisant toute cérémonie de graduation pour les élèves du préscolaire ainsi que pour les classes intermédiaires du fondamental et du secondaire.
Fin juin 2026, une mère dont la fille de six ans vient d’achever les trois années du préscolaire à l’école maternelle Béaba Kindergarten, également connue sous le nom de Saint-Grégoire, à Delmas 31, participe à ce que l’établissement présente comme une « fête de fin d’année ».
La direction lui réclame 30 000 gourdes au titre des frais de participation pour permettre à l’enfant d’y prendre part, confie la dame à AyiboPost.

La façade extérieure du bâtiment de l’école maternelle Béaba kindergaten- 20 juillet 2026. Photo : Tamarre Pierrepour AyiboPost
La mère dit avoir été surprise par l’ampleur de la somme exigée.
Si l’établissement présente l’événement comme une « fête de fin d’année », son déroulement s’apparente néanmoins à celui d’une cérémonie de graduation : les enfants y échangent des cadeaux et prennent des photos souvenir.
Une source proche de la direction de l’école, non autorisée à prendre la parole, confirme que l’établissement organise ces activités chaque année.
« La forme que la cérémonie doit prendre dépend des parents », dit-elle sans fournir davantage de détails.
Fondée en 1988, Béaba Kindergarten accueille entre 300 et 400 enfants, selon les informations publiées sur son site internet.
Joint par AyiboPost, l’ancien ministre de l’Éducation nationale Nesmy Manigat explique que l’interdiction des graduations visait avant tout à alléger le poids financier supporté par les familles.
Manigat évoque également une confusion autour du terme « graduation ».
« On n’octroie aucun grade à un enfant après ses trois années de formation au préscolaire. Donc, on ne peut pas organiser des cérémonies de graduation pour ces enfants », poursuit-il.
Joint par AyiboPost, l’ancien ministre de l’Éducation nationale Nesmy Manigat explique que l’interdiction des graduations visait avant tout à alléger le poids financier supporté par les familles.
Plus d’une décennie plus tard, plusieurs établissements continuent toutefois d’organiser ces cérémonies sous une autre appellation.
À Petit-Goâve, le Jardin fleuri de l’école mixte de l’Église de Dieu Eben-Ezer de Petit-Goâve (JFEMEDEP) applique une pratique similaire.
Les parents de Marvens, âgé de sept ans, racontent à AyiboPost avoir versé 10 000 gourdes — soit près de la moitié des frais de scolarité de la troisième année préscolaire — afin de permettre à leur enfant de participer à une « fête de fin d’année ».
Le dimanche 12 juillet 2026, l’établissement a organisé une cérémonie réunissant plusieurs dizaines d’enfants de troisième année préscolaire.
Selon la mère de Marvens, le versement des 10 000 gourdes constituait une condition indispensable pour que son fils puisse prendre part à l’activité.
Pour Léo Litholu, coordonnateur de l’Union des Parents Élèves Progressistes Haïtiens (UPEPH), ces situations sont loin d’être des cas isolés.
« Certaines écoles exigent jusqu’à 55 000 gourdes comme frais de cérémonie de graduation. C’est inacceptable », dénonce-t-il.
Selon Litholu, plusieurs parents membres de l’UPEPH s’opposent à l’organisation de ces cérémonies, qu’ils jugent contraires aux dispositions en vigueur et financièrement éprouvantes pour les familles.
Face à ces pratiques, le ministère affirme que les dispositions en vigueur n’ont jamais été abrogées.
Interrogé par AyiboPost, le directeur de communication du MENFP, Idson Saint-Fleur, confirme que la circulaire de 2014 demeure pleinement applicable.
« On ne l’a pas retirée. Elle tient toujours », affirme-t-il.
Toutefois, les récentes déclarations du ministre de l’Éducation nationale laissent entrevoir une position différente.
Invité à Radio Télévision Caraïbes le 25 juin 2026, Vijonet Déméro s’est prononcé en faveur des cérémonies de graduation, sans toutefois préciser si cette position concerne tous les niveaux du système éducatif.
« Lors de la cérémonie de graduation, il y a une forme de transmission spirituelle qui se fait », soutient-il, annonçant son intention de publier une nouvelle note afin que les graduations deviennent obligatoires dans les écoles haïtiennes.
Interrogé par AyiboPost, le directeur de communication du MENFP, Idson Saint-Fleur, confirme que la circulaire de 2014 demeure pleinement applicable.
AyiboPost a tenté sans succès de joindre le ministre avant la publication de cet article.
Ces fêtes de fin d’année sont organisées dans un contexte où environ six millions de personnes, soit la moitié de la population haïtienne, survivent en-dessous du seuil de pauvreté avec moins de 2,41 USD par jour, selon le Programme des Nations unies pour le développement.
Pour plusieurs parents, ces cérémonies représentent un fardeau financier difficile à supporter.
Pour d’autres, c’est un moment important dans le parcours scolaire de leur enfant.
Lovely Antoine, mère d’une fillette inscrite au Collège Marie-Anne à Port-au-Prince, qui s’apprête à fêter ses six ans en novembre prochain, estime que cette activité constitue une expérience positive.

La façade exterieur du Collège Marie-Anne- 23 juillet 2026 Photo : Tamarre Pierre pour AyiboPost
« C’est une belle expérience de voir ma fille avec ses amies lors de cette cérémonie », confie-t-elle à AyiboPost.
Elle raconte avoir été invitée à une réunion au cours de laquelle la direction de l’établissement a annoncé l’organisation d’une cérémonie le 26 juin 2026.
Selon elle, les coûts liés à l’activité avaient été intégrés aux frais de scolarité.
Les tentatives d’AyiboPost pour entrer en contact avec les responsables du JFEMEDEP et du Collège Marie-Anne n’ont pas abouti.
Par : Wilder Sylvain
Couverture | La façade exterieur du Collège Marie-Anne- 23 juillet 2026 Photo : Tamarre Pierre pour AyiboPost
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