SOCIÉTÉ

La misère terrasse l’arrondissement du Môle-Saint-Nicolas

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« On ne mange pas assez », témoigne un père de quatre enfants. « Parfois, dit-il, on mange une fois par jour, ou rien du tout »

La violence des gangs aggrave la cherté de la vie dans l’arrondissement du Môle-Saint-Nicolas et enfonce les habitants dans la misère.

Les habitants de l’arrondissement du Môle-Saint-Nicolas, dans le Nord-Ouest, vivent loin des zones contrôlées par les gangs armés.

Pourtant, la crise qui frappe Port-au-Prince s’infiltre jusque dans leur quotidien.

À cause du blocage des routes et des attaques des gangs, les marchandises sont devenues plus chères, les médicaments plus difficiles à obtenir, les déplacements plus compliqués et les services publics sont sous pression.

« Manger est devenu trois fois plus difficile », se plaint Guerlande Ifrène, résidente de Jean-Rabel. Le riz, l’huile, les pâtes et les céréales viennent de la capitale. « On n’a pas les moyens de subsistance pour faire face à cette cherté », tranche la mère de famille.

Le Nord-Ouest figure parmi les zones les plus touchées par l’insécurité alimentaire.

À cause du blocage des routes et des attaques des gangs, les marchandises sont devenues plus chères, les médicaments plus difficiles à obtenir, les déplacements plus compliqués et les services publics sont sous pression.

Dans la région, environ 203 500 personnes se trouvent dans la catégorie précédant immédiatement la famine, et près de 511 000 personnes, sur une population de 814 000 habitants, font face à des difficultés alimentaires graves ou très graves, selon une analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire couvrant la période jusqu’en juin.

« On ne mange pas assez », témoigne Marc-Antoine Pierre, père de quatre enfants. « Parfois, dit-il, [on mange] une fois par jour, ou rien du tout », poursuit le résident de La Coma, à Jean-Rabel.

Ancien professeur d’éducation physique devenu aveugle, Pierre s’appuie sur la générosité de son entourage pour se nourrir et prendre soin des siens depuis 2017.

Depuis des décennies, le Bas-Nord-Ouest souffre d’un manque d’infrastructures routières, de faibles investissements publics, d’un accès limité aux services essentiels et d’une dépendance envers les départements voisins du Nord et de l’Artibonite pour son approvisionnement en produits de première nécessité.

Certains trajets peuvent durer entre trois et cinq heures en raison du mauvais état des routes.

« La communauté a toujours été isolée par sa position géographique et par le manque d’attention de l’État central », explique Penel Arétus, responsable de la municipalité du Môle-Saint-Nicolas. Cet isolement est aujourd’hui « plus grave avec la crise sécuritaire », dit-il.

Ancien professeur d’éducation physique devenu aveugle, Pierre s’appuie sur la générosité de son entourage pour se nourrir et prendre soin des siens depuis 2017.

Le maire se plaint du manque d’investissements publics.

Depuis les six années qu’il dirige la mairie, Arétus dit n’avoir vu aucun véritable projet structurant porté par l’État central. « La commune est gérée en parent pauvre », résume-t-il.

Depuis plus de deux ans, la municipalité ne reçoit plus l’allocation annuelle de fonctionnement de près de 400 000 gourdes sur laquelle elle comptait pour assurer certaines dépenses courantes.

La municipalité fait face au mauvais état des routes et aux difficultés d’approvisionnement. La commune ne dispose que d’un seul centre de santé pour plus de 30 000 habitants.

Or, le Môle-Saint-Nicolas possède d’importants atouts économiques, touristiques et maritimes, largement inexploités en raison du manque d’infrastructures et d’investissements.

Les difficultés rencontrées dans les communes du Bas-Nord-Ouest révèlent un même constat : la crise sécuritaire nationale accélère les fragilités d’un territoire déjà vulnérable.

Chaque mois, des dizaines de familles sollicitent un soutien financier ou alimentaire auprès de la Caisse d’assistance sociale (CAS) du département.

Depuis plus de deux ans, la municipalité ne reçoit plus l’allocation annuelle de fonctionnement de près de 400 000 gourdes sur laquelle elle comptait pour assurer certaines dépenses courantes.

« Avant, seuls quelques citoyens sollicitaient un accompagnement », explique Wadnel François, qui dirige la Caisse d’assistance sociale (CAS) du département depuis quatorze mois. Aujourd’hui, poursuit le responsable, « plus de la moitié de la population connaît ce que la direction peut lui apporter ».

Les moyens restent limités cependant. À l’échelle du département, une trentaine de bénéficiaires seulement sont accompagnés par la CAS, certains n’ayant pas reçu, depuis 2021, l’allocation fixée à 4 000 gourdes il y a deux ans.

Baie-de-Henne, la plus petite commune de l’arrondissement, vit principalement du commerce, de l’agriculture et de la pêche.

La zone est particulièrement touchée par les difficultés d’approvisionnement, accentuées par la réduction des liaisons de transport avec les communes voisines.

Depuis l’aggravation de l’insécurité, « les autobus qui assuraient les trajets vers le Môle-Saint-Nicolas et Bombardopolis ne circulent pratiquement plus », regrette Ilianne Prosper, résidente de la localité de Citern Remi.

Commerçante, Prosper se rendait régulièrement dans ces localités pour approvisionner son commerce de gros en produits de première nécessité, comme les céréales, les pâtes alimentaires ou les produits hygiéniques.

Désormais, elle doit traverser plusieurs départements du Nord-Ouest en passant par l’Artibonite et le Centre pour rejoindre la capitale. Le trajet s’effectuait normalement en environ sept heures. « Je peux maintenant passer au moins deux jours en route, s’il n’y a pas de blocage ou d’affrontement, avec les marchandises », explique Prosper.

À la pression économique s’ajoute l’arrivée de familles déplacées par les violences dans la capitale.

En mai 2026, le département du Nord-Ouest accueillait 20 862 personnes déplacées internes, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Cette crise touche également la santé.

À Jean-Rabel, l’Hôpital Notre-Dame de la Paix (HNDP), qui dessert près de 300 000 habitants du Bas-Nord-Ouest, doit composer avec des moyens limités.

Lorsqu’un patient nécessite des soins spécialisés, il faut l’évacuer vers un établissement situé en dehors de la zone. « Le centre de transfert le plus proche est à Port-de-Paix, à au moins une heure de moto », explique Novensky Orelien, directeur médical.

Pour les habitants de Bombardopolis ou du Môle-Saint-Nicolas, le trajet est encore plus long.

L’insécurité complique aussi l’approvisionnement en médicaments et empêche désormais les spécialistes de Port-au-Prince, qui intervenaient ponctuellement à Jean-Rabel, de venir en renfort.

L’hôpital ne dispose ni d’anesthésiste, ni de pédiatre, ni de gynécologue, ni d’interniste. « Nos services de base n’existent que de nom », déplore Orelien, un chirurgien de formation, qui réalise parfois ses interventions sous sédation, faute d’alternative.

Le Môle-Saint-Nicolas possède d’importants atouts économiques, touristiques et maritimes, largement inexploités en raison du manque d’infrastructures et d’investissements.

Par ailleurs, l’établissement hospitalier cumule près de deux millions de gourdes de dettes liées à son alimentation électrique, sans compter les arriérés de salaires envers certains employés.

Pour faire fonctionner sa génératrice, l’institution utilise chaque jour entre dix et quinze gallons de carburant, achetés à environ 1 100 gourdes le gallon, un montant bien supérieur aux 560 gourdes fixées par l’État.

Les difficultés de l’hôpital reflètent une situation plus large.

Selon l’évaluation multisectorielle des besoins (MSNA) menée en 2024, les habitants du Nord-Ouest citent parmi leurs principaux besoins de santé non couverts l’accès aux consultations et aux médicaments, notamment pour les maladies aiguës et chroniques.

L’absence d’établissements fonctionnels à proximité, ainsi que le coût des consultations et des traitements, figurent parmi les principaux obstacles à l’accès aux soins.

Par :  Lucnise Duquereste

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Journaliste à AyiboPost depuis mars 2023, Duquereste est étudiante finissante en communication sociale à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH).

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