SOCIÉTÉ

Les salaires de « misère » à l’Université d’État d’Haïti

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Un professeur contractuel d’une entité de l’UEH percevait en 2024  694 gourdes par heure, un montant à peine supérieur au salaire minimum d’un personnel de maison, fixé à 500 gourdes dans la grille nationale du salaire minimum en vigueur

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Un professeur nommé à l’Université d’État d’Haïti n’a reçu, pour le mois de juillet 2026, que 20 461,04 gourdes après déductions pour deux chaires de deux heures, soit quatre heures de cours par semaine. Ce salaire équivaut à 1 278,81 gourdes par heure de cours, soit 783,69 gourdes de moins qu’un enseignant nommé au lycée qui dispense également quatre heures de cours par semaine.

Quatre professeurs de l’UEH interrogés par AyiboPost dénoncent des salaires de misère. « Vous ne pouvez rien faire avec le salaire de l’Université », déplore Malherbe Charles, professeur à l’Institut national d’administration, de gestion et de hautes études internationales. Selon Charles, nommé pour deux cours à l’INAGHEI, l’État et l’UEH exploitent les professeurs, ce qui témoigne, selon lui, d’un manque de considération à l’égard « de ceux qui forment l’élite intellectuelle ».

Selon plusieurs courtiers, les locataires paient au minimum 20 000 gourdes par mois pour une pièce dans une maison à Delmas. Un professeur d’université doit ensuite acheter sa nourriture, payer l’électricité et le transport, sans compter les autres responsabilités financières qui s’ajoutent à ces dépenses.

Un enseignant nommé dans un lycée perçoit, même lorsqu’il dispense entre quatre et huit heures de cours par semaine, un salaire mensuel brut de 23 000 gourdes, soit 18 000 gourdes nettes, accompagné d’un complément de salaire mensuel de 15 000 gourdes « par chèque en attendant la disponibilité des cartes de débit », selon des informations confirmées par le coordonnateur de l’Union nationale des normaliens haïtiens (UNNOH), Josué Mérilien.

Quatre professeurs de l’UEH interrogés par AyiboPost dénoncent des salaires de misère. « Vous ne pouvez rien faire avec le salaire de l’Université », déplore Malherbe Charles, professeur à l’Institut national d’administration, de gestion et de hautes études internationales.

La rémunération totale du professeur nommé au lycée équivaut donc à 33 000 gourdes après les prélèvements requis, soit un salaire horaire net de 2 062,5 gourdes pour les enseignants dispensant quatre heures de cours par semaine, de 1 375 gourdes pour ceux qui dispensent six heures et de 1 031,25 gourdes pour ceux qui dispensent huit heures.

« Il n’est pas possible qu’un enseignant au lycée, à qui une licence n’est même pas exigée, perçoive un meilleur salaire qu’un professeur à l’UEH qui forme l’élite intellectuelle et doit au moins détenir une maîtrise », déplore le professeur Charles.

Lire aussi : À l’UEH, des licenciés freinés dans leur parcours faute de diplôme 

Le rectorat de l’UEH ne publie pas la liste des professeurs sous contrat ni leurs salaires. L’institution a été contactée afin d’obtenir sa version des faits. Elle n’avait pas réagi avant la publication.

Les professeurs nommés vacataires ainsi que les professeurs nommés à temps plein à l’UEH partagent les mêmes frustrations. Les professeurs nommés à temps plein consacrent, en principe, 35 heures par semaine à leurs facultés respectives. Les professeurs nommés vacataires et les contractuels, quant à eux, assurent quelques heures de cours par semaine. À la différence des professeurs nommés, dont les chèques proviennent directement du ministère de l’Économie et des Finances, les contractuels sont rémunérés à partir des fonds de fonctionnement de leurs facultés respectives.

Un professeur à temps plein enseignant à l’une des facultés de l’UEH depuis bientôt dix-huit ans affirme que le salaire que lui accorde la faculté ne lui permet même pas de se nourrir correctement, et encore moins de prendre soin de sa famille.

Titulaire d’un doctorat, ce professeur perçoit un salaire brut de 113 500 gourdes, pour un montant net de 76 500 gourdes (environ 590 dollars américains), conformément à la grille salariale du ministère de l’Économie et des Finances ajustée en 2022.

Il évalue à 20 000 gourdes par mois le coût du transport public pour se rendre à sa faculté et dépense entre 70 000 et 100 000 gourdes par mois pour nourrir sa famille de quatre personnes. « Aucun professeur de l’Université d’État d’Haïti ne peut, en dehors d’autres sources de revenus, prétendre être nourri correctement », affirme le professeur, qui requiert l’anonymat pour des raisons de sécurité.

Certains professeurs, comme Malherbe Charles, considèrent leur travail à l’UEH comme une forme d’exploitation. « On vous paie pour les heures de cours passées en salle de classe alors que je peux passer trois heures à la maison à préparer le cours », dénonce Malherbe Charles, expliquant devoir consacrer une partie de ses revenus à s’habiller décemment.

Pour le professeur qui enseigne depuis bientôt 18 ans dans une faculté de l’UEH, les autorités doivent ajuster leur politique salariale afin de permettre aux professeurs d’être rémunérés à la hauteur de la qualité et de l’importance de leur travail, tout en encourageant leur formation, ce que, selon lui, l’Université ne fait pas.

Il évalue à 20 000 gourdes par mois le coût du transport public pour se rendre à sa faculté et dépense jusqu’à 100 000 gourdes par mois pour nourrir sa famille de quatre personnes. « Aucun professeur de l’Université d’État d’Haïti ne peut, en dehors d’autres sources de revenus, prétendre être nourri correctement », affirme le professeur, qui requiert l’anonymat pour des raisons de sécurité.

« Quand je suis revenu de mon master en Martinique en 2011, je m’attendais à ce que mon salaire soit ajusté immédiatement, mais ce n’était pas le cas », se plaint-il.

Une remarque qu’approuve un professeur à la Faculté des sciences humaines et sociales, qui requiert lui aussi l’anonymat. « À l’Université d’État d’Haïti, le nombre de recherches qu’un professeur publie et les grades académiques qu’il accumule ne veulent rien dire. Avec ou sans, c’est du pareil au même », dit-il.

Les professeurs contractuels, au moins à l’Institut d’études et de recherches africaines d’Haïti (IERAH) et à l’INAGHEI, sont rémunérés sur une base annuelle ou biannuelle.

L’un d’entre eux percevait 125 000 gourdes pour deux cours de 30 séances de trois heures chacune, soit moins de 694,44 gourdes l’heure lorsqu’il était contractuel en 2024, ce qui représente 180 heures d’enseignement pour l’année. Ce tarif est à peine supérieur au salaire minimum d’un personnel de maison, fixé à 500 gourdes dans la grille du salaire minimum national adoptée cette année. Le professeur préfère conserver l’anonymat en raison de la sensibilité du sujet.

Cet article a été mis à jour afin de corriger une erreur de calcul dans le dernier paragraphe, à 18 h 20, le 2 novembre 2026.

Par : Doroty Derat

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