SOCIÉTÉ

El Niño : une sécheresse inhabituelle frappe l’Artibonite et le Sud

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Depuis plusieurs années, des scientifiques alertent sur les effets du changement climatique sur l’évolution de ce phénomène atmosphérique, notamment sur la possibilité d’épisodes plus intenses et plus fréquents, susceptibles d’accentuer certains événements météorologiques extrêmes, comme les sécheresses, les fortes pluies et les vagues de chaleur

Une sécheresse inhabituelle liée au phénomène El Niño ravage les récoltes et l’élevage dans le Sud et l’Artibonite depuis le début de l’année, alerte une demi-douzaine d’agriculteurs et des officiels de l’État interrogés par AyiboPost.

Cette situation intervient dans un contexte de crise alimentaire qui touche désormais plus de la moitié de la population haïtienne.

Le phénomène [El Niño], caractérisé par une hausse anormale de la température de l’océan Pacifique équatorial, se renforce.

Depuis plusieurs années, des scientifiques alertent sur les effets du changement climatique sur l’évolution de ce phénomène atmosphérique, notamment sur la possibilité d’épisodes plus intenses et plus fréquents, susceptibles d’accentuer certains événements météorologiques extrêmes, comme les sécheresses, les fortes pluies et les vagues de chaleur.

Les récentes prévisions font état de plus de 90 % de probabilité qu’un événement majeur se produise dans l’hémisphère Nord, où se trouve Haïti, durant l’automne et l’hiver 2026-2027.

Selon les évaluations de la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA), des points d’eau tarissent, affectant les denrées et le bétail, tandis que la végétation connaît un recul dans plusieurs régions du pays.

Selon le directeur de la CNSA, Cazeau Harmel, contacté par AyiboPost, « Haïti est sévèrement touchée parce qu’il s’agit d’une zone tropicale et qu’il y avait déjà une dégradation environnementale très avancée. »

Dans la vallée de l’Artibonite, — où se trouve plus de [70 % de la surface] rizicole du pays — cette culture est gravement touchée parce que l’eau ne peut pas s’acheminer vers certaines parcelles, poursuit le responsable.

Parallèlement, dans le Sud-Est, le Sud, la Grand’Anse, le Plateau Central et le Nord-Ouest, les plantations de maïs et d’haricots sont frappées par la sécheresse.

Seuls les tubercules, tels que l’igname et la patate douce, parviennent à résister à ces conditions de sécheresse poussées.

« Face à la sécheresse, le débit de certaines sources diminue tandis que d’autres ont complètement tari », explique Harmel Cazeau.

Cela concerne surtout les départements du Sud-Est (Belle-Anse, incluant Grand-Gosier et Thiotte), du Sud et du Plateau Central.

Dans l’Artibonite, les zones éloignées du fleuve sont affectées, et le niveau de la rivière a chuté de manière considérable, précise Cazeau.

Les données issues de la CNSA, des directions départementales agricoles et des Bureaux Agricoles Communaux montrent « qu’il y a un déficit pluviométrique général dans le pays », informe à AyiboPost le directeur de l’Unité HydroMétéorologique d’Haïti (UHM), l’ingénieur Marcelin Esterlin.

Cette réalité touche particulièrement le Sud du pays, surtout des zones réputées pluvieuses telles que Camp-Perrin, etc., et entraîne comme conséquences des vagues de chaleur, le dessèchement des plantes et une hausse des températures, poursuit le responsable.

À Port-Salut, une commune réputée pour ses productions d’haricot, de maïs, de petit-mil et de tubercules (patate et manioc) en saison pluvieuse, les agriculteurs voient leurs récoltes périr faute de pluie.

Des agriculteurs contactés par AyiboPost témoignent d’une sécheresse dont l’ampleur tranche avec les conditions auxquelles ils sont habituellement confrontés.

« Je suis sur le point de perdre 4/16 de terre plantée en petit-mil, soit 0,325 hectare, à cause de la sécheresse qui frappe la commune depuis le mois d’avril », déclare l’agriculteur et l’éleveur Maxon Aubourg.

Espérant l’arrivée de la pluie, il observe sa plantation de petit-mil devenue rougeâtre faute d’eau.

S’il n’y a pas de pluie, « toute la plantation sera perdue », se désole Aubourg.

Clona Louisson, un autre agriculteur de la même commune, craint le pire d’ici la fin de l’année. Il explique qu’il perd aussi un carreau de terre, soit 1,29 hectare, planté en petit-mil.

« Si la sécheresse se poursuit jusqu’au mois de décembre, nous ne pourrons pas résister. La situation serait trop grave pour nous », dit-il.

Dans la Grand’Anse, à Bonbon, Louis Gabriel, qui y vit depuis une vingtaine d’années, voit son demi-carreau, soit 0,645 hectare de bananes, qui ont commencé à rabougrir depuis la dernière goutte de pluie qu’il dit avoir constatée en juin dernier.

Le père de trois enfants ajoute également que ce sont ses plantations qui l’aident à nourrir sa famille.

Dans d’autres cas, des superficies cultivables s’amenuisent.

À Aquin, la situation est la même.

Interrogé par AyiboPost, Darilus Etienne, agronome et responsable de la ferme *Jubilée*, fondée avec d’autres associés en 2012 et située à Lomont, une localité de la commune d’Aquin, explique que la sécheresse a réduit sa quantité de terre cultivable.

« Nous avons les moyens de cultiver un total de 150 carreaux de terre, soit 193,5 hectares, maintenant nous travaillons sur une centaine de carreaux », explique-t-il.

Malgré deux mois de pluie obtenus en début de l’année, l’homme place ses espoirs dans dix carreaux de terre plantés en maïs, dont il attend une récolte fructueuse.

Mais sans précipitations, la perte sera totale.

Mise à part cette sécheresse observée pour la première fois, la localité de Lomont, dans laquelle vit Étienne, faisait déjà face à des problèmes de drainage et d’irrigation, et les habitants se servaient de l’eau de pluie pour arroser leurs jardins.

Le manque de pluie fragilise la campagne printanière, réduit la disponibilité des produits agricoles sur le marché et fait hausser leur coût à la vente.

L’entreprise de transformation agroalimentaire REB Lokal, à Jérémie, peine à trouver certaines matières premières.

« Cela fait environ trois mois que je n’ai plus de miel, parce que les arbres ne fleurissent pas et que les abeilles ne trouvent plus de fleurs à butiner à cause de la sécheresse. Je suis en rupture de stock et je n’en trouve plus sur le marché », explique Rebetha Charles, propriétaire de l’entreprise.

La difficulté à trouver certains fruits, comme la pastèque et l’ananas, réduit considérablement son stock de confiture, poursuit la dame, qui dit disposer parfois de l’argent, mais ne pas trouver les produits.

L’entrepreneure fait part à AyiboPost d’une baisse de sa production et de ses ventes de 15 %.

Elle indique également avoir dû réduire sa main-d’œuvre en raison de la pénurie de matières premières sur le marché et de la hausse des prix des intrants.

D’autres sources signalent également la rareté de l’arachide, de l’avocat et de la noix de coco dans des communes du Sud.

Dans la commune de Thiotte (Sud-Est), réputée pour son café, le spécialiste en ressources naturelles, l’agronome Whitzer Cyprien, indique à AyiboPost que la variété de « Mango won » avait disparu du marché cette année et que les manguiers étaient improductifs.

Le spécialiste, qui cultive des plants d’avocatiers et de manguiers dans la zone, constate que les denrées n’atteignent plus leur maturité.

« Les agrumes, notamment le pamplemousse, restent anormalement petits. Quant au parchemin des caféiers, il ne contient même plus de grains de café », explique-t-il, imputant ces dérèglements au changement climatique.

L’agronome constate également une déforestation excessive dans la zone et observe une hausse des températures.

À Port-Salut, la sécheresse fait grimper les prix des produits sur le marché.

Une marmite de maïs est passée de 250 à 500 gourdes, le riz est passé de 650 à 850 gourdes, tandis que les haricots oscillent entre 750 et 1 250 gourdes la marmite, observe l’agriculteur Louisson vivant dans la zone.

Dans la commune de Jérémie, la marmite de café, qui coûtait 500 gourdes, ainsi que celle du cacao, initialement à 1 500 gourdes, voient chacune leur prix doubler.

La faiblesse des précipitations expose la faune et la flore au déficit hydrique.

« Les pâturages nécessaires à l’alimentation des animaux sont diminués. La carence en eau dans certaines régions du Sud et de la Grand’Anse entraîne des maladies cutanées chez le bétail (cabrits, bœufs), voire la mort », explique le directeur de la CNSA, qui dit recevoir des alertes en ce sens.

Maxon Aubourg pratique l’agriculture depuis plus d’une trentaine d’années à Port-Salut et s’en sert pour nourrir sa famille.

La carence en pluie et l’assèchement des rivières, qu’il dit constater, fragilise la survie de son bétail.

« Les paysans sont obligés de vendre, sans vraiment en avoir besoin, quelques-unes de leurs bêtes pour pouvoir nourrir les autres. Nous ne pouvons pas trouver de l’eau pour abreuver les animaux », poursuit l’homme qui cultive du maïs et des haricots.

Aubourg dit constater ce niveau de sécheresse pour la première fois dans cette commune dont la production dépend essentiellement de la pluie.

En Haïti, des conditions plus sèches que la moyenne sont prévues de septembre à novembre dans la majeure partie du pays, selon l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (National Oceanic and Atmospheric Administration, NOAA) dans un courriel transmis à AyiboPost.

Selon le Famine Early Warning Systems Network (FEWS NET), les précipitations inférieures à la moyenne et la hausse des températures enregistrées dès le mois d’août 2026 ont fortement détérioré la végétation et fragilisé les campagnes agricoles.

Des impacts agricoles sans précédent sont déjà répertoriés aussi dans les régions du Nord et du Sud du pays, indique l’agence NOAA à AyiboPost.

Par : Fenel Pélissier et Jérôme Wendy Norestyl

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Fenel Pélissier est avocat au Barreau de Petit-Goâve, professeur de langues vivantes et passionné de littérature.

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