La filière de la mangue constitue l’une des principales sources de revenus agricoles du pays
Depuis bientôt deux ans, Haïti n’exporte plus de mangues vers les marchés internationaux, confie à AyiboPost Jasson Innovil, responsable de la Direction de la protection des végétaux au sein du ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural.
Selon lui, c’est la situation sécuritaire du pays, notamment dans les départements de l’Artibonite et de l’Ouest, qui a mis à l’arrêt les exportations liées à cette filière, organisée autour de deux grands circuits : l’un destiné à la consommation et l’autre à l’exportation.
Avec des recettes annuelles variant entre 7 millions et 10 millions de dollars américains par an pour 2,5 millions de caisses exportées, selon les données officielles de la Banque de la République d’Haïti, la filière de la mangue constitue l’une des principales sources de revenus agricoles du pays.
Malgré son importance économique et nutritionnelle, la mangue haïtienne n’a plus accès aux marchés Nord-américain et européen, indique Jasson Innovil, soulignant l’urgence de remédier à cette situation.
Cette interruption des exportations n’est pas sans conséquences pour les producteurs et les fournisseurs, désormais aux abois, voyant leurs débouchés se réduire considérablement et leurs revenus diminuer.
La production annuelle de mangues en Haïti est estimée entre 35 000 et 40 000 tonnes.
À elle seule, la commune Gros-Morne, dans le département de l’Artibonite, en produit 40%, selon l’Institut de Technologie et d’Animation (ITECA).
Vivant dans cette commune, Ronald François, producteur et fournisseur de ce fruit tropical, décrit une situation particulièrement difficile, se disant « négligé par l’État »
« C’est le gaspillage total, parce que les voies par lesquelles nous devons passer pour livrer les mangues aux usines ne sont pas accessibles », se plaint-il, affirmant qu’il fournissait jusqu’à 100 000 douzaines de mangues par an.
Selon lui, une « très petite quantité » est écoulée sur le marché local et dans quelques communes voisines.
« Cela ne représente presque rien, parce qu’à Gros-Morne presque tout le monde possède au moins un manguier », explique-t-il.
Ce n’est pas si différent pour Olgens Delcius, producteur et fournisseur vivant à Moulin, dans la 7e section communale de Gros-Morne.
Il dit avoir abandonné la commercialisation de ses mangues depuis la montée de la violence des gangs armés dans le département.
« Cela fait quatre ans que mes récoltes pourrissent dans les champs », déplore auprès d’AyiboPost le producteur, qui cultive plus de deux carreaux de terre plantés de manguiers dans la localité de Moulin.
Cette situation ne laisse pas indifférentes des associations évoluant dans cette filière à travers le pays.
Le président de l’Association Nationale des Producteurs et Fournisseurs de Mangues (ANAPROFOUMANG), Adner Saimbert, contacté par AyiboPost, évoque le problème du transport des récoltes vers les usines.
« En 2021, un convoi qui transportait des mangues vers des usines de la région métropolitaine de Port-au-Prince a été intercepté à hauteur de Canaan par des gangs armés qui ont incendié plusieurs camions », raconte-t-il à AyiboPost.
Depuis cet incident, selon Saimbert, aucun fournisseur n’est en mesure d’acheminer ses mangues vers les usines existantes, dont la grande majorité sont situées dans des zones en proie à l’insécurité.
Face à cette situation les États-Unis, principal marché d’exportation des mangues haïtiennes, ont décidé de suspendre les importations des mangues francisques en provenance d’Haïti en janvier 2023, conformément à une décision annoncée le 24 octobre 2022 par le Département de l’agriculture des États-Unis (USDA).
Cette décision s’explique par l’impossibilité, pour les inspecteurs américains basés en Haïti, de se rendre sur les lieux afin d’effectuer des contrôles phytosanitaires, les routes d’accès aux plantations et aux usines étant devenues extrêmement dangereuses.
Malgré la fermeture du marché américain, Haïti a continué d’exporter de faibles quantités vers le Canada et certains pays européens jusqu’à la fermeture de l’aéroport international Toussaint Louverture en novembre 2024.
« Les vols cargo qui assurent le transport des mangues vers les marchés canadien et européen sont à l’arrêt depuis presque deux ans », explique Innovil, soulignant qu’Haïti est encore en attente de la reprise de ces vols pour continuer ses exportations.
L’Administration fédérale de l’aviation (FAA) a interdit officiellement des vols commerciaux à destination de Port-au-Prince après que des gangs avaient tiré sur plusieurs avions, sur le point d’atterrir.
Jointe par AyiboPost, l’Association Professionnelle pour l’Exploitation de la Mangue (ASPELEM) se dit préoccupée par la détérioration de cette filière qui, selon son président, Volny Paultre, aurait dû continuer à être une priorité nationale au regard de son important potentiel économique.
« Aujourd’hui, en l’absence d’un véritable soutien, la mangue est devenue un produit destiné à nourrir les animaux, parce que le marché national est incapable d’absorber les quantités produites», regrette l’ingénieur-agronome Volny Paultre.
Face à cette situation, l’Espace local pour l’Action Sociale et Collective d’Haïti (ELPASCO-HAÏTI), une association basée à Gros-Morne, affirme vouloir contribuer à la relance de cette filière.
Walner Pascal, président de ladite association, dit s’engager à mobiliser les différents acteurs autour d’assises communautaires afin d’identifier des solutions durables pour sauver la production de mangues dans la région.
Quant à Jasson Innovil, il estime qu’il suffit de rétablir les conditions nécessaires au fonctionnement de cette filière afin de permettre la reprise des exportations.
Par : Wesker Sylvain






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