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Les cas de lèpres se multiplient en Haïti

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Dix-huit patients étaient sous traitement pour la lèpre à Gonaïves en mars. Depuis janvier, cinq cas de la maladie ont été confirmés dans l’Artibonite. Deux autres ont aussi été validés à Marigot

En mars, dix-huit patients étaient sous traitement pour la lèpre à Gonaïves. Depuis janvier, cinq cas ont été confirmés dans l’Artibonite. Deux cas ont aussi été validés à Marigot, dans le Sud-Est.

Les données disponibles sur les nouveaux cas demeurent limitées, mais elles inquiètent suffisamment pour mobiliser le Ministère de la Santé et ses partenaires.

Pour les spécialistes, les cas récemment détectés ne signifient pas nécessairement que la maladie progresse davantage aujourd’hui.

Ils révèlent surtout une transmission qui aurait pu passer inaperçue pendant plusieurs années, dans un contexte où l’accès aux soins, la surveillance sanitaire et le dépistage ont été fragilisés par les multiples crises que traverse le pays.

La lèpre, maladie infectieuse chronique causée par la bactérie Mycobacterium leprae et touchant principalement la peau et les nerfs périphériques, reste l’une des maladies les plus stigmatisées au monde.

Cette réalité pousse encore certaines personnes à cacher leurs symptômes ou à retarder leur consultation, alors même qu’un traitement efficace et gratuit permet de guérir la maladie et d’interrompre sa transmission.

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Haïti peine à mesurer l’ampleur de la population touchée par cette maladie présente depuis l’époque coloniale. Une analyse menée en 1996 avait montré qu’entre 1977 et 1996, près de 2 000 patients avaient été recensés.

Quelle est l’ampleur réelle de la situation aujourd’hui ? Quelles sont les communes concernées et quels défis compliquent la réponse ?

Pour répondre à ces questions, AyiboPost a sollicité, par écrit, le représentant de l’OMS en Haïti, le Dr Oscar Barreneche, médecin spécialiste en santé publique et en maladies infectieuses tropicales.

Formé en santé publique et ayant occupé plusieurs fonctions dans des programmes de lutte contre les maladies infectieuses en Amérique latine et dans les Caraïbes, Dr Barreneche intervient régulièrement sur les questions de surveillance épidémiologique et de renforcement des systèmes de santé.

Quel est actuellement le nombre de cas confirmés de lèpre en Haïti ? Disposez-vous de données sur les profils des personnes touchées ?

Les données de terrain recueillies en mars 2026 font état de dix-huit patients sous traitement à Gonaïves, de cinq nouveaux cas confirmés depuis le début de l’année dans le département de l’Artibonite, 1 cas à Saint-Marc et quatre cas aux Gonaïves, ainsi que de deux cas confirmés en laboratoire dans la commune de Marigot, département du Sud-Est.

Parmi les cas identifiés, on note la présence d’un adolescent présentant une forme clinique avancée, ce qui suggère une transmission ancienne et non détectée.

Les données démographiques détaillées — répartition par âge, sexe, forme clinique — sont en cours de consolidation par le MSPP (Ministère de la santé publique et de la population) avec l’appui de l’OPS/OMS (organisation mondiale de la santé).

Ce travail est essentiel pour orienter la réponse et adapter les stratégies de recherche active. Il convient de souligner que ces chiffres reflètent les cas détectés, et non la charge réelle de la maladie.

Compte tenu des barrières d’accès aux soins, de l’insécurité et de la stigmatisation, le nombre réel de personnes atteintes est probablement supérieur.

Quelle est l’ampleur de la situation selon l’OMS ? Parle-t-on d’une augmentation des cas ou d’une meilleure détection ?

À ce stade, il est prudent de parler d’une augmentation de cas détectés, plutôt que nécessairement d’une augmentation de la transmission.

Ce que révèlent les signalements récents, c’est avant tout l’existence d’une transmission silencieuse qui persiste depuis plusieurs années et qui n’était pas captée par le système de surveillance.

Deux éléments étayent cette analyse.

Premièrement, l’identification de formes cliniques avancées, y compris chez un adolescent, indique un délai considérable entre l’infection, la détection et le diagnostic — la période d’incubation de la lèpre varie de trois à cinq ans en moyenne, mais peut atteindre vingt ans.

Deuxièmement, les cas ont été principalement identifiés par signalement communautaire et non par le système de surveillance de routine, ce qui suggère des lacunes dans la détection passive.

À l’échelle mondiale, 172 717 nouveaux cas de lèpre ont été notifiés en 2024 dans 188 pays et territoires.

La tendance mondiale est à la baisse — une réduction de près de 20 % au cours de la dernière décennie — mais la maladie persiste là où la pauvreté, les fragilités structurelles et l’accès limité aux soins se conjuguent. Haïti présente malheureusement l’ensemble de ces facteurs.

Quelles mesures ont déjà été mises en place par l’OMS et ses partenaires ? D’autres actions sont-elles prévues ?

Le Ministère de la Santé Publique et de la Population avec l’appui de l’OPS/OMS, a déployé une réponse intégrée conforme aux orientations normatives de l’OMS.

Cette réponse comprend plusieurs volets.

Premièrement, la fourniture de médicament pour la polychimiothérapies (PCT) sous forme de blisters standardisés comprenant rifampicine, clofazimine et dapsone, conditionnés en cycles de quatre semaines, avec des présentations distinctes pour adultes et enfants couvrant les formes paucibacillaires (six mois) et multibacillaires (douze mois).

Les quantités livrées couvrent les cas identifiés et les cas supplémentaires anticipés.

Deuxièmement, un appui technique à la dispensation sécurisée des traitements, au suivi clinique des patients, à la prévention des incapacités et au renforcement de l’adhérence thérapeutique.

Troisièmement, le renforcement de la recherche et du suivi des contacts, des interventions communautaires visant à réduire la stigmatisation et à promouvoir le recours précoce aux soins, ainsi que l’appui à la surveillance épidémiologique et à la planification opérationnelle.

Ces activités sont coordonnées par une consultante nationale de l’OPS, experte en maladies tropicales négligées, en lien avec les épidémiologistes départementaux et sous la supervision d’un spécialiste senior de santé publique.

Parmi les prochaines étapes, nous envisageons l’intensification de la recherche active de cas dans les zones à risque, le renforcement des capacités de diagnostic au niveau départemental, l’évaluation de la pertinence de la prophylaxie post-exposition par dose unique de rifampicine pour les contacts éligibles, conformément aux recommandations de l’OMS, et le développement de campagnes de sensibilisation communautaire.

La lèpre est présente en Haïti depuis plusieurs années. Quels facteurs pourraient expliquer l’apparition récente de nouveaux cas ?

Plusieurs facteurs convergents contribuent à expliquer cette situation.

La fragilisation du système de santé est le premier facteur. L’insécurité généralisée qui sévit en Haïti a réduit l’accès aux services de santé dans de nombreuses zones, limitant les capacités de dépistage et de suivi des maladies à transmission lente comme la lèpre.

Lorsque le système de surveillance est affaibli, les cas s’accumulent silencieusement.

Les déplacements massifs de population constituent un deuxième facteur.

Avec plus de 1,4 million de personnes déplacées, les conditions de promiscuité dans les sites d’accueil, combinées à la perte de continuité des soins, peuvent favoriser la transmission et retarder le diagnostic.

Les barrières socio-culturelles jouent un rôle majeur.

Certains contacts proches de cas confirmés sont réticents à consulter en raison de croyances liées à la maladie.

La stigmatisation associée à la lèpre empêche les personnes touchées de chercher un diagnostic et un traitement.

Enfin, la nature même de la maladie contribue à cette situation. Avec une période d’incubation pouvant atteindre vingt ans, la lèpre peut circuler pendant de longues années avant que les premiers cas cliniques ne deviennent visibles.

Les cas détectés aujourd’hui sont le reflet d’infections acquises il y a plusieurs années.

Dans quels départements ou communes la situation est-elle la plus préoccupante ?

Deux départements sont actuellement touchés.

Le département de l’Artibonite, historiquement reconnu comme le principal foyer de lèpre en Haïti, concentre la majorité des cas avec dix-huit patients sous traitement et cinq nouveaux cas confirmés en 2026 dans les communes de Saint-Marc et des Gonaïves.

Le département du Sud-Est, dans la commune de Marigot, a également signalé deux cas confirmés en laboratoire.

L’émergence de cas dans le Sud-Est, un département où la maladie était peu documentée, est particulièrement significative.

Elle suggère que la transmission ne se limite pas aux foyers historiques et renforce la nécessité d’étendre la surveillance active à l’ensemble du territoire.

Le département de l’Artibonite, historiquement reconnu comme le principal foyer de lèpre en Haïti, concentre la majorité des cas avec dix-huit patients sous traitement et cinq nouveaux cas confirmés en 2026 dans les communes de Saint-Marc et des Gonaïves.

Il est important de rappeler que durant la période 2000–2015, les cas suspects étaient principalement référés autour de Léogâne, dans le département de l’Ouest, qui assurait le rôle de centre de référence national.

La cartographie actuelle de la maladie doit être mise à jour.

Quels sont les principaux défis auxquels font face les autorités sanitaires dans la lutte contre la lèpre en Haïti ?

Les défis sont multiples et interconnectés.

L’accès aux soins est le premier défi. L’insécurité limite sévèrement la capacité des équipes de santé à mener des missions de terrain, à réaliser la recherche active de cas et à assurer le suivi des patients.

De nombreuses zones restent difficiles d’accès. Les capacités de diagnostic sont limitées. Le diagnostic de la lèpre repose principalement sur l’examen clinique par du personnel formé.

Or, en Haïti, les agents de santé de première ligne ne sont pas toujours formés au diagnostic de cette maladie, ce qui entraîne des retards considérables.

La stigmatisation reste un obstacle majeur.

Des patients et des contacts refusent de consulter par crainte du rejet social.

Tant que cette barrière ne sera pas levée, les efforts de détection resteront incomplets. La continuité du traitement est fragile. La PCT nécessite six à douze mois de suivi régulier. Dans un contexte de déplacement de population et d’instabilité, maintenir l’adhérence thérapeutique sur cette durée représente un défi opérationnel considérable.

La concurrence des urgences sanitaires est un dernier facteur.

Dans un pays confronté simultanément au choléra, à la malaria, à la violence armée et aux déplacements massifs, la lèpre — maladie chronique à évolution lente — risque d’être reléguée au second plan.

Les conditions actuelles du pays — insécurité, déplacements, difficultés d’accès — ont-elles un impact sur la surveillance et la prise en charge ?

Absolument. Haïti traverse l’une des crises humanitaires et sanitaires les plus complexes de la région des Amériques. Cette situation a un impact direct et profond sur la lutte contre la lèpre. L’insécurité limite l’accès des équipes de santé aux zones où la maladie est potentiellement présente.

Des communes entières sont difficiles d’accès en raison du contrôle exercé par les groupes armés, ce qui empêche la recherche active de cas, le suivi des patients et l’approvisionnement en médicaments. Le déplacement de plus de 1,4 million de personnes crée des conditions de promiscuité dans les sites d’accueil qui peuvent favoriser la transmission, tout en compliquant le suivi longitudinal des patients déjà sous traitement.

Un patient qui se déplace perd le lien avec sa structure de soins. C’est précisément dans ce contexte que le signalement communautaire prend toute sa valeur.

À Saint-Marc, aux Gonaïves comme à Marigot, ce sont des citoyens, des religieux et des acteurs de proximité qui ont déclenché les alertes. La communauté fait ce que le système formel ne peut plus faire seul dans certaines zones.

Cette dynamique doit être soutenue et renforcée.

La lèpre demeure associée à de nombreux préjugés. Quel message souhaitez-vous adresser à la population ?

Le message de l’OPS/OMS est clair : la lèpre est une maladie guérissable, et les personnes atteintes méritent le même respect, la même dignité et le même accès aux soins que tout autre patient.

La lèpre est une infection bactérienne   qui se transmet par gouttelettes respiratoires, et uniquement après un contact étroit et prolongé avec une personne non traitée.

On ne peut pas contracter la lèpre par un contact occasionnel : ni en serrant la main, ni en partageant un repas, ni en s’asseyant à côté d’une personne malade. La lèpre n’est pas une malédiction, ce n’est pas un châtiment.

Dès qu’un patient commence son traitement, il cesse d’être contagieux. La PCT tue 99.9 % des bactéries dès les premières doses. Le vrai danger n’est pas la maladie en elle-même, mais le retard de diagnostic causé par la peur et la stigmatisation.

La stigmatisation pousse les patients dans le silence.

Elle retarde la consultation, favorise la transmission et cause des souffrances inutiles. L’élimination de la lèpre passe autant par le changement des mentalités que par les médicaments.

Nous ne devons pas rejeter les personnes atteintes, mais de les accompagner vers les structures de santé. Signaler un cas suspect, c’est un acte de solidarité, pas de délation.

Les traitements contre la lèpre sont-ils disponibles en Haïti ? Les patients peuvent-ils y accéder gratuitement ?

Oui. Le traitement de la lèpre — la polychimiothérapie (PCT) — est disponible en Haïti et fourni gratuitement.

Depuis 1995, l’OPS, en coordination avec l’OMS, garantit l’accès ininterrompu à la PCT dans les pays des Amériques. Ce traitement est fourni gratuitement grâce à un partenariat historique avec la Fondation Nippon (1995–2000), puis avec le Laboratoire Novartis (depuis 2000).

En janvier 2026, l’OMS et Novartis ont renouvelé leur protocole d’accord pour cinq années supplémentaires (2026–2030), assurant la continuité de l’approvisionnement mondial.

Au cours des 25 dernières années, plus de 8,3 millions de personnes ont été traitées dans le monde grâce à ce partenariat.

L’OPS/OMS a déjà fourni les médicaments nécessaires aux départements touchés. Aucun patient diagnostiqué ne doit rester sans traitement. Le coût financier n’est jamais une barrière : le traitement est entièrement gratuit, partout dans le monde.

Quels signes devraient alerter la population et inciter à consulter ?

Les signes qui doivent conduire une personne à consulter un professionnel de santé sont les suivants : Des taches sur la peau plus claires ou plus rouges que la peau environnante, avec une perte de sensibilité — c’est-à-dire que la personne ne ressent ni le toucher, ni la chaleur, ni la douleur dans cette zone.

C’est le signe cardinal le plus fréquent. Un engourdissement ou des fourmillements dans les mains ou les pieds, qui s’installent progressivement. Un épaississement ou un gonflement visible des nerfs, notamment au niveau du coude, du poignet ou derrière l’oreille.

Une faiblesse musculaire dans les mains ou les pieds, des difficultés à saisir des objets ou une griffe des doigts. La règle simple à retenir est la suivante : toute tache cutanée qui ne fait pas mal et dans laquelle on ne sent rien doit conduire à consulter. Plus le diagnostic est précoce, plus le traitement est efficace et plus on évite les incapacités permanentes.

Nous encourageons également toute personne ayant été en contact étroit et prolongé avec un cas confirmé à se faire examiner.

La recherche des contacts est un pilier de la stratégie d’élimination.

Par :  Lucnise Duquereste

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Journaliste à AyiboPost depuis mars 2023, Duquereste est étudiante finissante en communication sociale à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH).

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