SOCIÉTÉ

Le viol de petits garçons par des hommes, un fléau silencieux en Haïti

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Les abus sexuels sur les petits garçons se multiplient dans le silence à cause des préjugés et d’un manque de prise en charge institutionnelle

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Les viols de petits garçons se multiplient dans le silence en Haïti, observent auprès d’AyiboPost une demi-douzaine de survivants et de personnes au courant de la pratique.

Cette réalité prend place dans une société empreinte de préjugés homophobes et liés au genre, où le viol est généralement perçu comme étant exclusivement subi par les femmes et les filles.

Un homme installé dans un camp de déplacés à Lalue a violé un garçon de treize ans à la fin de l’année dernière, selon des témoignages recueillis sur place par AyiboPost le 9 mai dernier.

D’après Ricot Vilbrun, le porte-parole du comité central ayant confirmé l’incident, l’homme, qui était armé a agressé le garçon, orphelin de père et de mère à trois reprises. Il l’a aussi menacé de mort.

La victime a rapporté l’incident à l’un de ses amis, qui l’a relayé aux membres du comité.

« Nous avons entendu la victime, mais l’agresseur a eu le temps de s’enfuir, confie Vilbrun à AyiboPost. Nous n’aurions jamais imaginé que le premier viol dans le camp serait commis par un homme sur un petit garçon », poursuit-il.

Ce cas n’est pas isolé.

« Les viols d’hommes sur des mineurs de sexe masculin pullulent en Haïti, mais ils sont tabouisés, ce qui explique qu’on n’en parle pas souvent », observe Marie Rosy Auguste Ducena, responsable de programmes au sein du Réseau National de Défense des Droits Humains.

Le RNDDH a déjà enquêté sur le sujet.

Lire aussi : La détresse des hommes violés par les gangs en Haïti

Deux épisodes « choquants » retiennent l’attention de Ducena ces dernières années.

Le premier concerne un garçon de six ans violé régulièrement par son beau-père, avec qui la mère de l’enfant avait pourtant supposé une relation filiale saine.

L’enfant a ensuite souffert d’infections chroniques nécessitant un examen médical. C’est ainsi qu’il a avoué à sa famille l’existence de menaces proférées à son encontre par son agresseur. L’homme menaçait de tuer sa mère si l’incident venait à être ébruité.

Un autre cas documenté par le RNDDH concerne un garçon de huit ans, fils d’une ouvrière de la sous-traitance à Port-au-Prince. L’enfant a été violé par un voisin.

Selon Ducena, les muscles de son postérieur ont été gravement endommagés, le rendant incontinent. L’auteur du viol a été interpellé par les autorités policières.

C’est une issue rare.

Des parents font tout pour étouffer ces affaires, ce qui empêche les organisations de défense des droits humains comme le RNDDH d’assurer les suivis nécessaires pour accompagner les victimes devant la justice, selon Ducena.

Haïti a adopté un Code de la protection de l’enfant en 2022. L’ancien code pénal, modifié en 2005, punit le viol sur mineurs de moins de quinze ans accomplis de peines pouvant aller jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle. Un nouveau code pénal — promulgué en juin 2020 — durcit les peines pour les viols sur mineurs. Mais son application n’est toujours pas effective.

Généralement, les suivis en justice n’aboutissent pas dans un contexte d’impunité chronique, de dysfonctionnement de l’institution judiciaire et d’inexistence d’une politique de lutte contre les abus sexuels dans la majeure partie des écoles du pays.

Par exemple, le diplomate Claude Alix Bertrand, un ancien élève de Saint-Louis de Gonzague, avait raconté publiquement avoir été abusé dans les années 1980 par Evans Lescouflair, un ancien employé de l’école.

Lire plus : Pédophilie : l’affaire Lescouflair révèle les failles de St. Louis de Gonzague

Lescouflair, ancien ministre des Sports, a été arrêté au Panama dans le cadre de cette affaire, puis libéré par le juge d’instruction Walter Wesser Voltaire « pour raisons humanitaires »  en juillet 2022. Il fait pourtant face à plusieurs accusations similaires.

L’inefficacité de la justice conduit les familles à se terrer dans le silence.

C’est ce qui s’est passé dans le cas de Sophonie, une jeune femme dans la vingtaine dont le filleul, âgé de cinq ans, a été agressé par un homme proche de la famille, à Maïs-Gâté en 2016.

La famille de l’enfant a étouffé l’affaire, et l’agresseur a réussi à s’enfuir sans conséquences majeures.

« Aujourd’hui, je pense que le silence et le tabou autour de ces cas de viol n’ont rien d’une attitude responsable. Ils doivent impérativement être dénoncés », conclut la femme.

Contacté par AyiboPost, l’Institut du Bien-être Social et de Recherches (IBESR) n’a fait aucun commentaire sur le sujet.

Les victimes, comme Normil Denoil, 24 ans, doivent continuer à vivre avec les séquelles des agressions, souvent sans accompagnement psychologique.

Trois hommes ont battu puis violé Denoil à Bel-Air, après le tremblement de terre de 2010.

« L’un d’entre eux a enfoui un maillot dans ma bouche pour étouffer mes cris, un autre m’a maintenu en place tandis que le dernier me violait », se souvient Denoil.

Après l’acte, les agresseurs l’ont menacé avec une arme à feu et une chaîne de motocyclette. Ils lui ont intimé l’ordre de ne pas parler de l’incident à sa famille ni dans le quartier.

Denoil n’a effectivement rien dit depuis, pas même à sa mère, décédée en 2024. La famille avait dû quitter le quartier populaire après l’agression.

Par :  Junior Legrand

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Journaliste à AyiboPost depuis avril 2023, Legrand junior fait ses études à l'Université d'État d'Haïti. Passionné des mots et du cinéma, il espère mettre à contribution sa plume pour donner forme au journalisme utile en Haïti et favoriser l'éclosion d'une sphère commune de citoyenneté.

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