POLITIQUE

Interview exclusive avec le président du Conseil électoral provisoire

0

Dans cette interview exclusive accordée à AyiboPost, le président du Conseil électoral provisoire, Jacques Desrosiers, revient sur les défis liés à la réorganisation de la machine électorale haïtienne, la sécurisation du processus et les innovations prévues

L’ancien journaliste détaille les ajustements nécessaires face aux changements de mandats du CEP, les relations avec le gouvernement et le processus de constitution et d’épuration du registre électoral.

Jacques Desrosiers, ancien secrétaire général de l’Association des journalistes haïtiens (AJH), a été désigné pour siéger au Conseil en tant que représentant du secteur de la presse en septembre 2025. Installé en octobre, il préside l’organisation de la première élection en Haïti depuis une décennie.

Est-il encore possible d’organiser les élections cette année ?

En décembre 2025, le Conseil électoral publie un calendrier qui fixe le premier tour des élections législatives et présidentielle à la fin du mois d’août 2026.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Dans l’arrêté nommant le Conseil, un ensemble de mandats lui a été octroyé. Le 18 octobre 2024, lors de notre installation, nous en avions trois : organiser un référendum sur une nouvelle Constitution; planifier et organiser les élections générales; et mettre à jour le registre électoral.

Entre-temps, beaucoup de choses se sont passées. De décembre 2024 à octobre 2025, un autre arrêté est venu modifier le mandat du Conseil électoral en lui confiant l’organisation des élections générales, mettant de côté le référendum. C’est dans ce contexte que le Conseil électoral a d’abord travaillé sur le décret électoral, publié en décembre, puis sur le calendrier électoral fixant le premier tour des élections à la fin du mois d’août.

Nous savons que, le 7 février, il n’y a plus de Conseil présidentiel de transition, mais un gouvernement à la tête du pays. À la suite de l’accord conclu entre le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et les partis politiques donnant lieu au Pacte national de gouvernabilité et des élections, un nouveau mandat a été confié au Conseil électoral, prévoyant une ratification des changements apportés à la Constitution. 

C’est dans ce contexte qu’au mois de mars, un autre arrêté a été publié, modifiant à nouveau le mandat du Conseil électoral en lui confiant l’organisation des élections générales et, au premier tour, celle de la ratification populaire des changements qui seront apportés à la Constitution.

Une fois que cet arrêté a modifié le mandat du Conseil en lui demandant d’organiser la ratification populaire sur des changements mineurs, le Conseil a été obligé d’interrompre les travaux en cours pour retourner travailler sur le cadre légal, consistant à harmoniser le décret électoral de décembre 2025 avec son nouveau mandat d’organiser la ratification populaire. À cette étape, nous avons constaté que la date du 31 août ne pouvait plus être maintenue, puisque le Conseil disposait désormais d’un autre mandat.

En ce sens, le Conseil a transmis au gouvernement le décret harmonisé, tenant compte du changement intervenu dans son mandat et encadrant l’organisation de la ratification populaire sur les changements apportés à la Constitution. Ainsi, le 2 juin, le gouvernement a publié le décret actuellement en vigueur, et le Conseil a échangé avec le gouvernement sur certains éléments de ce décret qu’il estime devoir être modifiés.

Mais est-il encore possible d’organiser les élections d’ici la fin de l’année malgré tous ces changements? Techniquement, le Conseil électoral répond que oui, il est encore possible d’organiser le premier tour des élections législatives et présidentielle d’ici la fin de cette année. Cependant, des questions majeures méritent d’être traitées, notamment celle de la sécurité. 

Comme le Conseil électoral l’a toujours indiqué, le respect de tout calendrier électoral est lié à l’amélioration ou à la création d’un climat favorable et acceptable pour l’organisation des élections à travers le pays.

Après l’échange avec le gouvernement sur des éléments qui méritent d’être changés, d’après le Conseil, dans le décret électoral, le CEP travaille sur le calendrier électoral. 

Prochainement, le Conseil publiera le calendrier électoral avec des dates pour l’organisation des élections.

Le Conseil travaille sur la révision du calendrier existant, puisqu’il dispose de nouveaux mandats et de nouvelles missions. Il travaille à la publication d’un calendrier, mais entre-temps, il poursuit ses travaux pour mettre en place la machine électorale afin d’être prêt à organiser les élections.

À l’heure où nous parlons, le Conseil se prépare à lancer très prochainement l’inscription des électeurs. Ce sont eux qui choisiront le centre de vote dans lequel ils iront, et c’est dans ces centres qu’ils seront inscrits pour aller voter le jour du scrutin. 

Nous travaillons donc à finaliser les préparatifs pour lancer l’inscription des électeurs, notamment la plateforme numérique permettant de réaliser cette inscription. Actuellement, des missions du Conseil sont sur le terrain pour former les agents du registre électoral qui seront engagés dans cette opération.

Nous travaillons également sur la formation des agents de sécurité électorale.

Pour organiser les élections et permettre le respect de tout calendrier, il y a deux préalables : la sécurité et la disponibilité des ressources financières.

Quand nous parlons de la question sécuritaire, nous considérons la sécurité dans toutes ses composantes, c’est-à-dire la sécurité des conseillers, des bâtiments du Conseil électoral, de tout le personnel impliqué dans les opérations électorales, des infrastructures dont dispose le Conseil à travers le pays, des centres d’inscription et de vote, ainsi que la sécurité permettant aux candidats de mener leur campagne dans les circonscriptions où ils se portent candidats.

Nous parlons également de la sécurité le jour du vote, après le jour du vote et pendant toute la période de tabulation. Ainsi, lorsque nous parlons de sécurité, nous faisons référence à la sécurité de l’ensemble du processus. Il s’agit d’un climat de sécurité acceptable.

Le deuxième préalable concerne la question financière, notamment la disponibilité des fonds. Le Conseil a soumis un budget au gouvernement et, depuis deux semaines, plusieurs journées de travail ont eu lieu entre des cadres du Conseil électoral et le ministère des Finances afin de trouver une harmonisation autour du budget destiné à organiser les élections.

Est-ce que le CEP envisage des scénarios pour organiser les élections même s’il n’y aura pas un rétablissement total de la sécurité, et comment cela pourrait-il se faire ?

Jusqu’à présent, les autorités responsables de la sécurité n’ont jamais indiqué qu’elles ne nous fourniraient pas la sécurité nécessaire pour organiser les élections. Nous restons donc dans cette question sécuritaire et nous ne pouvons pas prévoir de scénarios, d’autant plus que les autorités chargées de fournir la sécurité n’ont pas encore déclaré qu’elles ne sont pas en mesure de la garantir ou qu’elles ne le seront pas.

Elles ont toujours montré leur volonté de travailler et de créer le climat sécuritaire demandé. Ce climat doit permettre au Conseil de mener ses opérations dans tout le pays.

Il y a des endroits où il y a une absence de l’État. Quand on parle d’un climat de sécurité acceptable, il s’agit de permettre le retour de l’État dans les zones où il était absent, ce qui nous permettra de mener nos opérations électorales dans ces zones.

Quelles conséquences le déplacement interne de la population aura-t-il sur le processus électoral ? 

La première chose que cela peut changer, c’est la modification de la population électorale d’une zone à l’autre. Une zone où la population électorale était concentrée peut voir cette répartition évoluer à la suite des mouvements enregistrés ces derniers temps.

Cependant, face à cette question, pour permettre aux personnes déplacées d’avoir la possibilité de voter, c’est l’une des raisons pour lesquelles nous procédons à l’inscription des électeurs. Cela permettra à chaque personne d’identifier, dans la zone où elle se trouve, le centre de vote correspondant pour s’y inscrire et aller voter.

L’inscription des électeurs constitue donc l’une des réponses aux questions liées aux déplacements et permet aux personnes déplacées de voter là où elles se trouvent. 

Pour l’inscription des électeurs, une période de 90 jours est prévue pour son lancement. Durant cette période, l’électeur se présente au centre de vote le plus proche de lui ou à celui qu’il aura choisi pour voter, muni de sa carte électorale, afin de permettre la vérification de sa validité. Il sera ensuite procédé à son inscription dans ce centre de vote.

Ainsi, le jour des élections, la personne votera dans ce centre de vote. 

L’ONI fournit au Conseil la liste des personnes détentrices d’une carte d’identification nationale. Cependant, c’est le Conseil qui travaille sur le registre électoral et élabore la liste électorale. Tout ce que nous faisons repose donc sur les données de l’ONI.

Ce sont ces données qui permettront de vérifier si une personne est inscrite, détient une carte d’identification nationale ou figure dans le registre civil. Nous aurons donc toujours besoin des données de l’ONI. La seule différence est qu’elles nous permettront de confirmer qu’une personne détient une carte d’identification nationale et qu’elle peut voter.

Pouvez-vous nous préciser ce que vous entendez par le registre civil de l’ONI ? 

Le registre cible de l’ONI comprend toutes les personnes ayant obtenu une carte d’identité. Nous disposons au Conseil d’un système technologique permettant un transfert permanent des données de l’ONI au Conseil en matière de registre civil, c’est-à-dire les données des personnes qui détiennent une carte d’identification nationale.

Le Conseil travaillera avec l’ONI pour élaborer le registre électoral. Pour les prochaines élections, nous utiliserons donc encore le registre de l’ONI pour procéder à l’inscription des électeurs.

Ainsi, lorsque l’électeur se présentera au centre de vote, nous vérifierons, à partir des moyens technologiques dont nous disposons, s’il figure sur la liste de l’ONI et si sa carte est valide et authentique. C’est ce transfert de données qui nous permettra de réaliser ces vérifications.

À partir des données de l’ONI, nous identifierons d’abord les personnes qui viennent s’inscrire avec leur carte afin de vérifier sa validité et leur présence effective sur la liste. C’est à partir de ce moment que nous commencerons à constituer le registre électoral.

Une fois que la personne vient s’inscrire, nous commençons à travailler sur le registre électoral. Toutefois, pour l’utiliser, nous nous servirons du registre de base, celui de l’ONI, qui contient la liste de toutes les personnes détentrices d’une carte d’identification nationale.

Quel est votre plan pour épurer la liste électorale ?

Comparativement aux années antérieures où on utilisait les données de l’ONI et que le Conseil faisait le registre électoral à partir de ces données, maintenant, on se sert de ces données comme élément de base, mais c’est l’inscription des électeurs qui nous permettra de faire le registre électoral.

La liste des électeurs va nous permettre d’épurer la liste. Les personnes qu’on aura sur la liste électorale seront des gens qui se présentent au centre de vote pour s’inscrire. Il ne s’agit pas d’une donnée qu’on nous fournira automatiquement.

L’inscription des électeurs nous permettra d’épurer la liste. Les gens qui viennent s’inscrire seront des personnes vivantes. Ce sont eux qui viennent s’inscrire eux-mêmes avec leur carte. C’est la première chose.

Cela nous permettra de résoudre le problème des déplacements, des personnes qui sont décédées, qui ont quitté le pays, ainsi que le problème de l’électorat, dans la mesure où cela nous donnera le chiffre de l’électorat.

Quand on calcule le résultat des élections, on le fera en fonction des électeurs qui se sont inscrits sur la liste électorale, non pas en fonction des données de l’ONI. Ce qui légitimerait le processus.

Cela va nous permettre aussi de résoudre la production de la quantité de bulletins, ce qui permettra de diminuer la quantité de bulletins en circulation d’habitude, qui, la plupart du temps, sert d’élément de fraude et crée des scandales lors des élections.

Donc, l’inscription des électeurs nous permettra de résoudre tous ces éléments, y compris les gens déplacés, ceux qui sont morts, ceux qui sont condamnés mais qui sont toujours sur le registre. C’est l’inscription des électeurs qui va résoudre cela.

À travers tout le pays, combien de bureaux de vote ont déjà été évalués ? Combien de BEC et de BED avons-nous dans tout le pays ?

Actuellement, le Conseil travaille sur 1 400 centres de vote qui sont évalués et que le Conseil met au point afin de lancer l’inscription des électeurs. Parmi ces 1 400 centres de vote, certaines zones de l’Ouest, de l’Artibonite et du Plateau Central ne font pas partie.

Donc, quand je parle de ces centres de vote, ce sont des centres évalués à travers le pays. Mais il y a environ 28 communes concernées par l’insécurité, où il y a une absence de l’État, qui ne sont pas comptées dans cette évaluation des centres de vote sur laquelle le Conseil travaille afin de les rendre prêts pour l’inscription des électeurs.

Le Conseil dispose donc de 1 400 centres de vote évalués et prêts à recevoir l’inscription des électeurs, en attendant que le climat se crée pour évaluer les centres qui sont dans les zones où l’État n’est pas présent.

Au cours du premier tour de ces élections, suivant ce qu’a demandé le Pacte signé par le gouvernement et un ensemble de partis politiques, le Conseil électoral organisera une ratification populaire sur des éléments de changement de la Constitution.

Est-ce que la diaspora participera au vote?

Oui. Dans le décret électoral, il est prévu que la diaspora participe au scrutin, même pour les élections présidentielles. Donc, le Conseil, dans le travail qu’il fait, permettra d’initier le vote de la diaspora.

Quand je parle d’initier le vote de la diaspora, il s’agit de travailler afin d’identifier où, dans la diaspora, on peut organiser le vote permettant à la diaspora de voter pour la présidentielle.

À ce niveau, il y a déjà eu des réunions avec des institutions concernées telles que le ministère des Affaires étrangères, le ministère des Haïtiens vivant à l’étranger, l’ONI et le ministère de l’Intérieur afin de travailler sur le vote de la diaspora.

Au niveau du Conseil, il y aura des missions qui quitteront Port-au-Prince très prochainement pour se rendre dans des pays de la diaspora où il y a une forte communauté haïtienne, afin d’identifier où organiser le vote de la diaspora.


Quel est le problème qui existe entre le gouvernement et le CEP ?

Il y avait des éléments de désaccord entre le gouvernement et le Conseil électoral qui ont conduit à des rencontres entre le Premier ministre et le Conseil électoral. Par la suite, une série de séances de travail ont eu lieu entre une commission du Conseil électoral et des cadres de la Primature pour harmoniser leurs positions autour du décret électoral, dont les travaux sont, je crois, terminés.

En attendant la publication, des ententes ont été trouvées sur les éléments du décret électoral qui devront être amendés.


Quels étaient les éléments de désaccord ?

Ils concernaient deux niveaux. Le premier portait sur des éléments liés à l’indépendance du Conseil, et le deuxième sur des irritants pouvant entraver l’organisation des élections.

Ce sont des éléments sur lesquels des réunions et des échanges ont eu lieu, permettant de trouver des ententes.

Nous avions identifié une cinquantaine d’articles qui méritaient d’être retravaillés, harmonisés, changés ou corrigés. Avec le gouvernement, des ententes ont été trouvées autour des articles identifiés, et ils ont accepté qu’il y ait des modifications sur ces articles.

Il est vrai que nous sommes sortis avec des résultats et que le gouvernement est d’accord. Certains articles seront corrigés ou abrogés dans le décret, mais nous ne pouvons rien dire avant la publication.

Un décret électoral est le premier élément du cadre légal de l’organisation des élections. Il définit les règles du jeu. Le décret électoral que nous avons contient des éléments que nous avons apportés, liés également au contexte.

Premièrement, il y a l’inscription des électeurs, qui permettra que ce soit l’électeur qui se rende au centre de vote pour choisir où il va voter.

Le deuxième élément concerne ce qu’on appelle les bureaux de tabulation des votes départementaux. C’est-à-dire qu’à travers chaque département, il y aura un bureau où seront comptés tous les votes. Au lieu de les faire rentrer à Port-au-Prince, les décomptes seront réalisés dans les départements.

Le troisième élément concerne la question des partis politiques. Il indique qu’un parti politique peut s’inscrire au Conseil et être agréé, mais que, pour être en mesure d’inscrire des candidats, il aura besoin de 30 000 membres et adhérents.

L’autre élément concerne la question du contentieux électoral. Il y a également l’utilisation de la technologie dans le processus et dans la machine électorale.

Ce sont l’ensemble de ces éléments qui constituent les nouveautés inscrites dans le décret électoral et qui permettront d’organiser les élections à venir.

Que dit le décret électoral concernant les personnalités faisant l’objet de sanctions internationales (Canada, États-Unis, Nations unies) ? Pourront-elles participer aux élections ?

Ce sont des éléments déjà traités au niveau du décret. Le décret indique que, pour s’inscrire, il ne faut pas être sous sanctions des Nations Unies. Donc, si une personne est sous sanctions du Conseil de sécurité, comme le prévoit le décret, elle ne pourra pas participer aux élections.

Est-ce que les membres du gouvernement en fonction pourront participer aux prochaines élections comme candidats ? 

Depuis le Pacte, il est déjà indiqué qu’une personne faisant partie du gouvernement actuel ne pourra pas participer aux prochaines élections. Elle devrait démissionner avant un certain temps, mais il est déjà établi dans le Pacte que, dès lors qu’une personne fait partie du gouvernement, elle ne pourra pas être candidate ni participer aux élections.

Quel est le budget du Conseil électoral pour les élections de cette année ? Quelle proportion de ce budget est financée par les bailleurs internationaux ? 

Les élections de 2016 n’ont pas coûté 48 millions à l’État, elles ont coûté plus de 48 millions. Il y a toujours une tendance à comparer les élections de 2016 avec celles que nous allons organiser.

Premièrement, les élections de 2016 comprenaient un deuxième tour, puisque le premier tour des élections législatives avait déjà été organisé. Deuxièmement, il s’agissait d’une reprise des élections présidentielles déjà organisées. Il y avait donc toute une série d’éléments qui existaient déjà, ainsi que des dépenses antérieures effectuées depuis 2015.

Les élections de 2015-2016 ont coûté à l’État environ 150 millions de dollars. Quand on parle de 2016, il s’agit d’une partie de ces élections qui a coûté autour de 50 millions, financée par l’État haïtien à partir des fonds Petro Caribe.

Quel est le budget du Conseil électoral pour les élections de cette année ? Quelle sera la contribution des bailleurs internationaux dans ce budget ?

Certainement, nous avons un budget et nous avons travaillé sur un budget. Il y a eu des échanges sur les premiers chiffres du budget que nous avons élaboré, avec des scénarios travaillés avec le ministère des Finances. Des propositions nous ont été faites, et nous avons formulé des contre-propositions.

Comme je l’ai toujours dit, tant que le CEP et le gouvernement ne se sont pas encore entendus sur le montant du budget, nous évitons d’en parler, car il s’agit d’éléments en discussion.

Jusqu’à présent, nous réalisons toutes nos opérations avec les fonds de l’État haïtien, gérés à travers le Basket Fund des Nations Unies, via le PNUD. Tout ce que nous faisons actuellement en matière d’opérations électorales est totalement financé par l’État haïtien.

Quel rôle le PNUD joue-t-il dans les élections en Haïti ? 

Il faut être clair là-dessus : le PNUD ne finance pas les élections. À travers le projet d’appui au processus électoral (PAPE), il existe un accord entre le gouvernement, le PNUD et le Conseil électoral pour gérer les fonds des opérations électorales à travers le Basket Fund. Le PNUD ne finance pas.

Ni l’argent dépensé pour le projet de référendum à travers le Comité de pilotage ne provient d’un financement du PNUD. Il s’agit de fonds gérés par le PNUD pour l’État haïtien, mais ce n’est pas le PNUD qui les a financés. Il s’agit de l’argent de l’État haïtien.

Jusqu’à présent, à travers ce projet PAPE, le PNUD continue de gérer les fonds des opérations électorales. C’est-à-dire que l’État prend l’argent du Trésor public, puis demande au PNUD de le gérer pour son compte dans le cadre des opérations électorales. Mais il ne s’agit pas d’un financement du PNUD.

Qu’a fait le CEP des fonds qui étaient disponibles pour financer le référendum ?

Certainement, depuis que nous avons pris fonction, le pays a déjà dix ans sans avoir d’élections. Il y a des spéculations qui disent que le CEP dépense près de 20 millions de dollars, mais on ne voit pas ce qu’il a fait avec l’argent.

Quand nous avons pris fonction, pendant ces deux ans, c’est cet argent qui nous a permis de payer environ dix ans d’arriérés sur les locaux loués par le CEP à travers le pays. Il y avait des dettes de loyer dans plusieurs endroits. Même l’endroit du Centre de tabulation des votes (CTV) que nous avons à la SONAPI, nous le payons. Nous avons payé ces arriérés pour des locaux loués par le CEP à travers le pays.

C’est avec cet argent que le Conseil, pour gérer les questions logistiques lors des déplacements liés aux opérations, a loué un avion pour effectuer les déplacements.

C’est également cet argent qui a permis au Conseil d’acheter 15 900 tablettes, dans le cadre de l’utilisation de nouvelles technologies, afin de participer aux opérations d’inscription des électeurs et de servir dans les bureaux de vote le jour des élections. 

C’est aussi cet argent qui finance les différentes missions réalisées par le Conseil à travers le pays dans le cadre de la préparation des élections.

Il faut dire que depuis l’arrivée du Conseil, plus de 60 % des dépenses effectuées à travers le Basket Fund concernent la location d’avions et l’achat de 15 900 tablettes. À cela s’ajoute le paiement de dix ans d’arriérés de loyers non payés par le Conseil pour des locaux abritant des BEC (Bureau électoral communal), des BED (Bureau électoral départemental), ainsi que des bureaux à Port-au-Prince, à la SONAPI.

Il y a également les arriérés des petits personnels des BED que le Conseil a payés.

La relation du Conseil avec le PNUD est que, pour chaque dépense que nous effectuons, nous faisons une réquisition, puis c’est le PNUD qui procède à la dépense.

Nous recevons tous les mois un rapport sur l’état des dépenses effectuées. Donc, le Conseil électoral ne gère pas d’argent.

Il existe deux budgets au niveau du Conseil. Il y a le budget de fonctionnement qui provient du Trésor public pour payer le personnel, assurer les entretiens et couvrir les besoins nécessaires. C’est ce qui nous est accordé dans le budget de la République, et l’exécution de ce budget respecte toutes les procédures requises.

Ensuite, il y a les opérations électorales gérées par le PNUD. À travers le PAPE, nous recevons des rapports réguliers sur l’état de nos comptes, mais le Conseil ne gère pas d’argent.

Quel est l’état de l’inventaire du matériel qui avait déjà été acheté pour l’organisation du référendum dans le pays depuis 2020 ?

Pour organiser le référendum prévu en 2021, il y avait un ensemble de matériels sensibles (bulletins, feuilles de dépouillement) et non sensibles (isoloirs, urnes) qui ont été achetés.

Lorsque nous avons fait l’inventaire, nous ne pouvions pas utiliser les matériels sensibles, notamment les bulletins, car ils servaient à organiser le référendum prévu en 2021 et avaient des dates.

Cependant, il y a des matériels non sensibles. Nous avons récupéré près de 12 500 kits de matériels non sensibles, entreposés dans des conteneurs, prêts à partir vers les régions. Nous avons fait l’inventaire de ces kits qui avaient été achetés pour 2021, et que nous n’achèterons pas encore, puisqu’ils vont servir pour les prochaines élections. 

Est-ce que l’international soutient le processus électoral ?

Jusqu’à présent, nous échangeons avec des partenaires internationaux et des bailleurs qui expriment leur désir d’accompagner le processus. Cependant, en termes d’appui financier et de décaissement, nous n’avons rien reçu jusqu’à présent.

Disons qu’aujourd’hui l’ONI me dit qu’il y a près de 6,5 millions de personnes qui disposent de leur carte d’identification nationale. Tout ce que je vais faire se basera sur ces données, parce que les gens doivent disposer de leur carte pour s’inscrire.

Comment se déroule le processus de recrutement des agents de terrain?

Je n’ai pas de chiffre en tête, mais je sais qu’on aura besoin de près de 3 500 à 4 000 agents pour faire l’inscription des électeurs dans un premier temps. Nous sommes sur le terrain en train de faire des recrutements et de la formation.

Le recrutement se fait à deux niveaux. Dans un premier temps, il y avait une plateforme en ligne ouverte pour les inscriptions. Après la plateforme, il y a eu des séances d’entrevues et d’évaluations organisées pour chaque personne recrutée, dans tous les départements. Cette semaine, nous faisons de la formation pour eux sur le terrain.

Comment allez-vous gagner la confiance de la population pour l’organisation des prochaines élections ?

La façon dont on va créer la confiance dans le processus, c’est comme on le fait maintenant : partager avec la population toutes les informations concernant les différents éléments du processus, à chaque étape.

La façon dont on recrute les gens, les activités que nous menons. Le premier élément consiste à fournir des informations, et c’est ce que nous continuons de faire.

Par : Jérôme Wendy Norestyl, Fenel Pélissier, Widlore Mérancourt

Suivez notre journal de 19h sur Ayibo+ pour rester connectés à l’actualité

► AyiboPost s’engage à diffuser des informations précises. Si vous repérez une faute ou une erreur quelconque, merci de nous en informer à l’adresse suivante : hey@ayibopost.com


Gardez contact avec AyiboPost via :

► Notre canal Telegram : cliquez ici

► Notre Channel WhatsApp : cliquez ici

► Notre Communauté WhatsApp : cliquez ici

Éditeur à AyiboPost, Jérôme Wendy Norestyl fait des études en linguistique. Il est fasciné par l’univers multimédia, la photographie et le journalisme.

    Comments