POLITIQUE

Pourquoi Fils-Aimé a révoqué le directeur de l’ULCC

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Le principal intéressé fait des révélations à AyiboPost

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Le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé a installé, vendredi 3 juillet, la directrice générale de l’Inspection générale des finances, Goethie Varnelle Morency, à la tête de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), mettant fin au mandat de Hans Ludwig Joseph, qui dirigeait l’institution depuis 2020.

Joint jeudi par AyiboPost, Hans Ludwig Joseph affirme avoir appris sa révocation par une source non officielle.

Dans une entrevue exclusive accordée à AyiboPost, il soutient que cette décision est intervenue après un exposé présenté à huis clos devant le Conseil de sécurité des Nations unies, au cours duquel il a critiqué le décret du gouvernement portant organisation et fonctionnement de la Haute Cour de justice.

Adopté en Conseil des ministres et publié en décembre 2025, ce texte affaiblit les mécanismes de reddition de comptes, protège les hauts fonctionnaires de l’État impliqués dans des affaires de corruption et réduit les capacités d’action de l’ULCC ainsi que de l’Unité centrale de renseignements financiers (UCREF), selon plusieurs experts et organisations de défense des droits humains.

Joint jeudi par AyiboPost, Hans Ludwig Joseph affirme avoir appris sa révocation par une source non officielle.

Pour Hans Ludwig Joseph, cet épisode s’inscrit dans une relation qui ne s’est jamais véritablement consolidée entre la Primature et l’ULCC depuis l’arrivée d’Alix Didier Fils-Aimé au pouvoir, en novembre 2024.

Selon lui, aucune réunion de travail n’a été organisée avec la Primature. Les échanges se sont limités à des formalités administratives, notamment les demandes d’autorisation de déplacement à l’étranger. Le gouvernement n’a jamais présenté de politique claire de lutte contre la corruption.

Lire aussi : Que fait l’ULCC, l’organe de lutte contre la corruption en Haïti?

L’ancien directeur y voit une rupture avec les pratiques des gouvernements précédents, avec lesquels des rencontres régulières étaient consacrées à la mission de l’institution, à sa planification stratégique et aux politiques de prévention.

Cette reconfiguration des relations entre le gouvernement et l’ULCC intervient dans un contexte plus large marqué par des approches divergentes des principaux partenaires internationaux d’Haïti en matière de lutte contre la corruption.

En avril dernier, le chargé d’affaires américain, Henry Wooster, déclarait à AyiboPost qu’il fallait « arrêter de diaboliser le secteur privé haïtien », en réponse à une question portant sur une rencontre entre l’ambassade des États-Unis et l’homme d’affaires Reynold Deeb, pourtant sanctionné par le Canada pour corruption et liens avec des gangs armés.

Pour Hans Ludwig Joseph, cet épisode s’inscrit dans une relation qui ne s’est jamais véritablement consolidée entre la Primature et l’ULCC depuis l’arrivée d’Alix Didier Fils-Aimé au pouvoir, en novembre 2024.

Cette position contraste avec celle du Canada, qui continue d’appuyer l’ULCC et de soutenir le renforcement de ses capacités institutionnelles.

Au moment de ce changement de direction, l’ULCC menait plusieurs enquêtes particulièrement sensibles, dont certaines concernent des personnalités proches du pouvoir. Il n’est pas encore établi si ces dossiers seront poursuivis sous la nouvelle direction.

En 2025, l’ULCC a transmis à la justice plusieurs rapports visant notamment la ministre de la Jeunesse et des Sports, Niola Lynn Sarah Dévalis Octavius, pour un présumé détournement d’environ dix millions de gourdes, ainsi que l’ancien directeur de la Télévision nationale d’Haïti, Gamall Augustin, soupçonné de corruption et placé en garde à vue après son audition par l’ULCC, en septembre de la même année.

En décembre 2025, l’institution a également mis en cause l’ancien président Michel Joseph Martelly — sanctionné par les États-Unis pour trafic de stupéfiants — dans une affaire de fausse déclaration de patrimoine.

D’autres rapports publiés auparavant visaient des membres du Conseil présidentiel de transition, d’anciens parlementaires et d’anciens ministres.

Selon un haut responsable d’une organisation internationale, qui a requis l’anonymat afin de pouvoir s’exprimer librement, ces enquêtes visant de hauts responsables de l’État ainsi que d’importants acteurs du secteur privé ont également contribué à fragiliser la position de Hans Ludwig Joseph.

Lire aussi : Les dessous du « pacte de corruption » entre des membres du CPT et la BNC

Deux sources bien informées du fonctionnement de l’ULCC saluent le dynamisme de Hans Ludwig Joseph depuis sa nomination en juillet 2020 et estiment que sa révocation envoie le signal que la lutte contre la corruption n’est pas une priorité pour le gouvernement actuel.

Son départ « constitue un véritable revers », estime le haut responsable interrogé par AyiboPost.

« Cette décision soulève de sérieuses interrogations sur la volonté réelle de l’administration actuelle de poursuivre la lutte contre la corruption », ajoute-t-il.

Cette situation s’inscrit dans un bilan plus large de l’action de l’ULCC depuis sa création, marqué par un nombre important d’enquêtes, mais un très faible taux d’aboutissement devant les tribunaux.

Sur plus d’une centaine de rapports d’enquête produits au fil des années, seuls deux ont conduit à des condamnations.

Malgré ce constat, Édouard Paultre, du collectif Ensemble contre la corruption (ECC), estime que l’ULCC est devenue, ces dernières années, « une institution respectée tant par la société civile haïtienne qu’à l’international ».

« Sous le leadership de [Joseph], l’ULCC a développé une véritable expertise dans l’investigation des différentes catégories d’ordonnateurs publics », déclare-t-il à AyiboPost. Selon Paultre, en procédant à cette révocation, le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé a « choisi le camp des non-redevables envers les citoyens haïtiens ».

Le désormais ancien directeur, pour sa part, défend le bilan de son passage à la tête de l’institution.

Deux sources bien informées du fonctionnement de l’ULCC saluent le dynamisme de Hans Ludwig Joseph depuis sa nomination en juillet 2020 et estiment que sa révocation envoie le signal que la lutte contre la corruption n’est pas une priorité pour le gouvernement actuel.

Il met notamment en avant les 68 rapports d’enquête produits sous sa direction, visant des personnalités des sphères politique et économique, ainsi que le renforcement du dispositif de déclaration de patrimoine des agents publics.

Selon lui, le nombre de déclarations a augmenté de 535 % au cours de son mandat, avec plus d’une centaine d’agents publics s’étant conformés à cette obligation.

Parmi les autres initiatives menées sous sa direction figurent des formations destinées aux élèves et aux agents publics sur la prévention de la corruption, le concours d’art oratoire « Mes idées contre la corruption en 180 secondes », ainsi que le concours « L’art contre la corruption », lancé en 2025.

S’il affirme n’avoir jamais entretenu de conflit ouvert avec les autorités, Hans Ludwig Joseph reconnaît que certaines initiatives de l’ULCC ont pu déranger. « Derrière chaque enquête se cachent des enjeux politiques, économiques et sécuritaires », souligne-t-il.

« Sous le leadership de [Joseph], l’ULCC a développé une véritable expertise dans l’investigation des différentes catégories d’ordonnateurs publics », déclare-t-il à AyiboPost. Selon Paultre, en procédant à cette révocation, le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé a « choisi le camp des non-redevables envers les citoyens haïtiens ».

Au-delà de ses relations avec les différents gouvernements, il rappelle que son mandat s’est déroulé dans un contexte où la lutte contre la corruption se heurtait à d’importantes limites structurelles, notamment la lenteur du système judiciaire.

« Le système judiciaire doit être renforcé dans son ensemble. Lorsqu’on examine les rapports publiés par les différentes institutions de contrôle, il est évident qu’il existe un problème », estime-t-il.

Malgré ces contraintes, Hans Ludwig Joseph affirme avoir profondément transformé l’ULCC.

Il attribue ces résultats au renforcement progressif des capacités internes de l’institution, notamment grâce au recrutement et à la formation de nouveaux enquêteurs.

À ses yeux, son mandat s’est déroulé dans un environnement particulièrement hostile.

« Nous avons tenté d’imposer l’intégrité et la reddition de comptes dans un système malade, gangrené par la corruption tant sur le plan politique qu’économique », déclare-t-il à AyiboPost.

Au cours de son mandat, il affirme avoir été régulièrement la cible de pressions et d’intimidations, parfois dirigées contre des membres de sa famille.

L’ancien directeur évoque notamment le dépôt, il y a deux ans, d’une enveloppe contenant une balle dans son bureau de Delmas, un geste généralement interprété comme une menace de mort.

Malgré son départ, Hans Ludwig Joseph dit espérer que le travail de l’ULCC se poursuivra. Il confie à AyiboPost que plusieurs enquêtes d’envergure, impliquant notamment des institutions publiques à vocation sociale et des importateurs privés, sont actuellement en cours.

Le gouvernement n’a fourni aucune explication sur les motifs de cette révocation ni présenté les grandes orientations d’une stratégie de lutte contre la corruption. Il n’a pas davantage fourni au public haïtien d’explications documentées sur plusieurs décisions majeures prises ces derniers mois, notamment la signature de contrats d’importance et l’acquisition d’immeubles au profit d’acteurs du secteur privé.

L’ancien directeur évoque notamment le dépôt, il y a deux ans, d’une enveloppe contenant une balle dans son bureau de Delmas, un geste généralement interprété comme une menace de mort.

Haïti figure parmi les pays les plus mal classés au monde en matière de perception de la corruption. Selon l’Indice de perception de la corruption de Transparency International, le pays occupe la 169e place sur 182 pays, ce qui le place dans le peloton des États où la corruption est perçue comme la plus endémique.

Cette faiblesse institutionnelle se traduit par des pertes considérables pour les finances publiques.

Selon les experts, la fraude douanière, la sous-facturation des importations, les exemptions fiscales abusives, la contrebande, l’évasion fiscale et les pratiques de corruption privent chaque année l’État de recettes essentielles.

Les recettes fiscales d’Haïti ne représentent qu’environ 6 % du PIB, l’un des taux les plus faibles au monde, alors que les douanes fournissent près de la moitié des ressources domestiques.

Selon la Banque mondiale, les importantes « fuites » de recettes liées à la gouvernance, à la fraude et à la collusion montrent qu’une meilleure lutte contre la corruption permettrait de récupérer des ressources indispensables pour financer les services publics.

Par : Widlore Mérancourt & Wethzer Piercin

Couverture | Photo de Hans Ludwig Joseph, ancien directeur générale de l’Inspection générale des finances. Source : Facebook de Hans Ludwig Joseph

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Widlore Mérancourt est éditeur en chef d’AyiboPost et contributeur régulier au Washington Post. Il détient une maîtrise en Management des médias de l’Université de Lille et une licence en sciences juridiques. Il a été Content Manager de LoopHaïti.

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