Insécurité

Des agents étrangers pris pour cible à Port-au-Prince

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Des policiers sont accusés d’avoir ouvert le feu sur un véhicule occupé par des agents étrangers. Un enfant a été blessé dans l’incident, selon un témoin

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Un véhicule blindé gris conduit par des agents étrangers a été touché par au moins cinq projectiles sur le flanc et à l’arrière. Sa roue arrière droite a également été crevée, rue Saint-Cyr, le 11 avril dernier.

Des policiers d’une brigade d’intervention de Port-au-Prince sont accusés d’avoir tiré sur cette voiture, munie d’une plaque d’immatriculation de l’armée d’Haïti.

Placés en isolement, les officiers ont été libérés ce mardi, après un mouvement de protestation violent entamé la veille par certains de leurs collègues dans plusieurs rues de la capitale.

Pour reconstituer les événements, AyiboPost s’est entretenu avec des témoins, des enquêteurs, des policiers, un cadre de l’armée d’Haïti et un syndicaliste.

Selon les témoignages, les policiers de Port-au-Prince reçoivent une alerte pour kidnapping à la radio ce samedi-là, vers 17 heures. Les ravisseurs circuleraient dans une voiture noire.

Le commissariat de Port-au-Prince demande alors à une brigade d’intervention de se positionner sur l’axe de Bourdon afin de contrôler les véhicules descendant la zone.

La Brigade d’Intervention 1 commence à vérifier les voitures au niveau de Bourdon. Elle intercepte une voiture grise munie d’une plaque de l’armée d’Haïti, aux abords de l’école Saint-Louis de Bourdon. Le véhicule gris ne s’arrête pas.

La Brigade d’Intervention 1 a donné l’alerte et pris en chasse le véhicule jusqu’à Lalue, en passant devant Natcom, puis en direction de Bois-Verna, sur l’avenue Lamartinière.

Le directeur départemental de l’Ouest de la Police nationale d’Haïti, Yvon Cantave, intercepte en premier la voiture grise avec son équipe à la rue Saint-Cyr, à quelques pas de l’hôtel Le Plaza, au Champ-de-Mars.

Les occupants étrangers du véhicule ouvrent la porte, lèvent les mains en l’air et se présentent.

La Brigade d’Intervention 1 arrive ensuite et est informée qu’il s’agit de personnels étrangers. Elle ne tire pas.

Cependant, une autre brigade d’intervention arrive sur les lieux quelques instants plus tard. Sans poser de questions, elle ouvre le feu sur le véhicule blindé des étrangers, selon un témoin.

Le véhicule gris reçoit au moins cinq balles. La roue arrière droite est crevée. Un enfant est blessé dans l’incident.

Sous le choc, les agents étrangers, réputés membres de la task force du gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé, regagnent leur base à l’hôtel Le Plaza, au Champ-de-Mars, selon un policier témoin de la scène. Un juge de paix y effectue son constat légal.

Un haut cadre de l’armée d’Haïti contacté par AyiboPost refuse de s’exprimer sur la collaboration entre l’armée et la task force, ainsi que sur la question des plaques d’immatriculation, affirmant ne pas être autorisé à parler à la presse.

La police et l’armée ont des règles d’engagement, analyse ce même cadre. « Vous ne pouvez pas ouvrir le feu sur des personnes désarmées ne représentant aucun danger, qu’elles soient militaires ou civiles. Vous pouvez tirer lorsque vous êtes menacé. »

Certains jeunes recrues connaissent actuellement des problèmes de discipline, selon ce cadre, qui affirme avoir lui-même été braqué avec ses enfants par des policiers à Port-au-Prince, malgré son statut.

Le fonctionnement, les mécanismes de communication avec les institutions haïtiennes et les régimes de redevabilité de la task force demeurent inconnus. Un porte parole de l’entité a été contacté par WhatsApp. Cet article sera mis à jour s’il réagit.

Le Service départemental de la police judiciaire a entendu les agents impliqués dans cette affaire, dont les quatre policiers de la brigade incriminée, mardi dernier. Ils ont ensuite été placés en isolement par l’Inspection générale de la police avant leur libération ce mardi.

« Ils auraient proféré des injures à l’encontre d’agents relevant de la Direction départementale de l’Ouest lors de l’intervention du 11 avril », révèle à AyiboPost le porte-parole du Syndicat national des policiers haïtiens, Mathieuny Sidel.

Des responsables de la police estiment que l’attaque contre les agents étrangers visait à créer une diversion pour faciliter la fuite des kidnappeurs, tandis que d’autres considèrent l’intervention armée comme un acte d’insubordination, le directeur départemental de l’Ouest étant déjà sur place et en discussion avec les agents étrangers.

L’enquête se poursuit.

Par : Widlore Mérancourt

Wethzer PiercinJérôme Wendy Norestyl ont contribué à ce reportage.

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Widlore Mérancourt est éditeur en chef d’AyiboPost et contributeur régulier au Washington Post. Il détient une maîtrise en Management des médias de l’Université de Lille et une licence en sciences juridiques. Il a été Content Manager de LoopHaïti.

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