Deux sœurs — Rose Anne Derly et Ruth Naïka — ont perdu la vie dans la bousculade qui a fait plus d’une vingtaine de morts à Milot, à la mi-avril. Près d’un mois après le drame, la justice n’a toujours pas identifié les responsables
Lorsque Noël Stervil emmène ses deux filles à Milot, le 17 avril dernier, le pasteur espère faire découvrir aux enfants, âgées de seize et dix ans, le monument le plus emblématique d’Haïti.
L’aînée, Rose Anne Derly, était arrivée première aux examens de neuvième année dans la commune de Saint-Raphaël pour la dernière année académique. Responsable de la chorale des enfants à l’église chrétienne, l’adolescente avait maintenu ce niveau d’excellence tout au long de son parcours primaire.
Sa petite sœur, Ruth Naïka, était en troisième année fondamentale. La fillette devait célébrer son dixième anniversaire au début du mois de mai. Passionnée de danse, elle avait récemment multiplié les séances photo pour marquer l’événement.
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Puis survient la tragédie.
Au milieu d’une bousculade monstre, le pasteur Stervil retrouve le corps de Rose Anne Derly étendu sur le sol détrempé de la Citadelle. Les tentatives de réanimation échouent. Son cadavre restera exposé sous la pluie toute la soirée, aux côtés d’au moins seize autres victimes tuées dans l’empoignade.
Compressée par la foule, Ruth Naïka rend son dernier souffle à l’hôpital de Milot, en présence de son petit frère.
Le pasteur Stervil peine encore à accepter la perte de ses deux filles, qu’il décrit comme des enfants « très utiles et intelligentes », disparues « comme dans un jeu ».
« Je les ai perdues parce que l’État n’a pas assumé ses responsabilités », déclare-t-il.
Près d’un mois après l’incident, qui a officiellement fait vingt-cinq morts, la justice n’a toujours désigné aucun responsable.
La Citadelle accueille traditionnellement de nombreux visiteurs pendant la semaine sainte. Mais cette année, une festivité largement promue sur les réseaux sociaux a attiré une foule inhabituelle dans les jours suivants.
Les autorités locales n’avaient ni interdit l’événement ni mis en place des mesures suffisantes pour encadrer les visiteurs.
Le pasteur Stervil était arrivé vers midi à la Citadelle Laferrière.
Le révérend avait quitté Saint-Raphaël avec 48 membres de son assemblée, dont ses trois enfants — ses deux filles et son garçon — afin de visiter le monument.
Au parking du site, le groupe ne parvient pas à trouver de guide, « tellement il y avait de monde ».
La pluie tombe abondamment et les visiteurs se déplacent en petits groupes. Tous avaient payé 100 gourdes pour accéder au site.
Située à une cinquantaine de minutes de Milot, la commune de Saint-Raphaël compte au moins huit victimes, majoritairement des enfants. Le maire principal de la commune, Homère Junior Gélin, a lui-même perdu une cousine.
Frédo Lucien, habitant du Cap-Haïtien, a perdu sa grande sœur, Magdaline Lucien. Commerçante, cette dernière laisse derrière elle deux enfants âgés de sept ans et de deux ans. Elle devait célébrer son 28ᵉ anniversaire le 3 juillet 2026.
« Quand je me suis rendu sur les lieux, j’ai trouvé son corps gisant sous la pluie ; elle ne respirait plus, raconte Frédo Lucien. J’ai voulu descendre avec le corps, mais les policiers me l’ont interdit parce que le juge de paix n’avait pas encore effectué le constat. »
Comme de nombreuses autres familles, Lucien ne récupérera le corps que le lendemain, vers midi.
Le 16 avril 2026, la délégation départementale du Nord a annoncé avoir remis 250 000 gourdes en espèces à chaque famille des victimes du drame.
Malgré cette aide financière, les proches continuent de réclamer justice.
« Nous avions l’urgence d’enterrer les victimes, mais ce n’est pas ce que nous considérons comme une réparation », souligne Evens Joseph, membre du conseil d’administration de la première section communale de Bois-Neuf, à Saint-Raphaël.
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Le vendredi 17 avril, le pasteur Stervil a chanté aux funérailles de ses deux filles à l’Église chrétienne de Saint-Raphaël.
Il pense souvent à Rose Anne, qu’il décrit comme sa « bonne amie » et sa « trésorière ». Père et fille partageaient le même téléphone, « parce qu’elle n’avait pas encore l’âge pour que je lui en donne un », explique-t-il.
Il regrette aussi l’absence de Ruth Naïka, qui tenait toujours à être la première de ses trois enfants à venir l’embrasser lorsqu’il rentrait du travail.
Aujourd’hui, le pasteur Stervil réclame « justice et réparation ». Mais, pour l’instant, il cherche surtout un accompagnement psychologique « pour ne pas penser à ce qui s’est passé ».
Par : Fenel Pélissier
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