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« Kache Nan Je’w » : Louigi Victor, l’homme derrière le succès innatendu de cette chanson créée avec l’IA

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Quatrième titre de l’album « Dans l’espoir et le noir » de l’artiste virtuel Pitch00mix, paru en novembre 2025, « Kache Nan Je’w » s’est maintenu pendant plusieurs mois dans le hit-parade de l’HMI. Le titre a cumulé plus de trois millions de vues sur YouTube et plus de 200 000 écoutes sur Audiomack

 

Le single « Kache Nan Je’w » compte parmi les premiers succès de l’intelligence artificielle (IA) dans l’industrie musicale haïtienne, aussi appelée Haitian Music Industry (HMI).

Quatrième titre de l’album « Dans l’espoir et le noir » de l’artiste virtuel Pitch00mix, paru en novembre 2025, « Kache Nan Je’w » s’est maintenu pendant plusieurs mois dans le hit-parade de l’HMI. Le titre a cumulé plus de trois millions de vues sur YouTube et plus de 200 000 écoutes sur Audiomack.

Derrière ce succès se trouve un homme bien réel : Louigi Victor.

Père de deux enfants et infirmier aux États-Unis depuis plusieurs années, Victor se considère comme un auteur-compositeur. L’IA lui a permis de donner une voix à ses compositions et de tirer des revenus de sa passion pour la musique, malgré son âge — il approche de la quarantaine — et le pessimisme de son entourage.

« J’ai envoyé l’album à des producteurs et des artistes du milieu pour qu’ils m’aident dans la promotion, mais ils ont tous refusé. Ils ont argué que c’était une plaquette assistée d’IA et que les titres étaient sans émotions », dit-il.

Victor a déjà réalisé quatre albums avec l’aide de l’intelligence artificielle.

Sa démarche s’inscrit dans un contexte où les chansons générées par l’IA suscitent de nombreuses controverses dans l’industrie musicale mondiale. Les débats portent notamment sur l’utilisation d’œuvres protégées pour entraîner les outils d’IA, les droits des artistes et la rémunération tirée de la diffusion en continu.

En 2024, plusieurs grandes maisons de disques ont poursuivi les générateurs de musique Suno et Udio pour atteinte présumée au droit d’auteur.

Pour Victor, la production musicale assistée par l’IA lui a permis de découvrir son propre potentiel. Il souhaite désormais faire connaître son travail.

Louigi Victor est né en Haïti, à Pilate, commune du département du Nord dans les années 1980. Son père dirigeait une école de la localité et sa mère était infirmière.

« Mes deux parents étaient de grands mélomanes. Ma mère était une mordue de “La boule de feu internationale” : Septentrional et mon père, un grand fan de l’orchestre Tropicana d’Haïti  », souligne Victor.

Sa sensibilité musicale le portait toutefois vers d’autres horizons que ceux de ses parents : il s’intéressait davantage à System Band, groupe haïtien créé en 1980 à l’initiative des Frères Déjean.

Victor aimait aussi le football. Il avait intégré une sélection régionale dans le cadre de l’opération 2006, un vaste programme national de détection et de formation de jeunes footballeurs.

Mais son départ pour les États-Unis, en février 2003, alors qu’il approchait de la vingtaine, a mis fin à son rêve de faire carrière dans le football.

Installé d’abord à New York, il a tenté de poursuivre des études dans des domaines liés à la musique. Entre 2007 et 2008, il a fréquenté le New England Institute of Technology (NEIT), une université privée située à East Greenwich, dans l’État du Rhode Island. Il s’est notamment inscrit au programme de production de médias numériques, qui couvre l’enregistrement musical, l’audio numérique, la production de vidéoclips et le Musical Instrument Digital Interface (MIDI).

« Je n’ai pas pu finir ce programme parce que je me suis tourné vers une autre trajectoire de carrière », révèle-t-il à AyiboPost.

Après avoir interrompu ses études, Victor s’est orienté vers un nouveau domaine : les soins infirmiers, qu’il exerce depuis sept ans.

Quelques années plus tard, l’essor de l’intelligence artificielle l’a ramené à l’une de ses grandes passions : la musique. Victor composait déjà des chansons, principalement en anglais. Il a voulu essayer cet outil en pleine expansion pour donner vie à ses textes.

Il y a environ deux ans, à l’occasion de la fête des Mères, il a découvert la production assistée par l’IA. Pour célébrer sa femme, la mère de ses deux enfants, il lui a écrit une chanson intitulée « Journey Home to Love ». Il a ensuite soumis sa composition à un logiciel d’IA afin de donner de la voix et du relief à ses paroles.

En quelques minutes, le logiciel a produit une version chantée et orchestrée de sa composition.

« C’était une expérience époustouflante », confie-t-il à AyiboPost.

Depuis, Victor consacre davantage de temps à ce nouveau passe-temps. Il a ensuite travaillé sur trois projets musicaux qu’il a notamment publiés sur YouTube.

Le premier, « Genreless », paru le 2 juillet 2025, comprend onze titres. Le deuxième, « Love Don’t Live Here », mis en ligne le 21 août de la même année, en compte huit. Le troisième, « Journey Home to Love », publié sept jours plus tard, en comprend quatorze, dont « I Confess », « Lanmou Pa Konnen Fen » et « Kè’m Nan Men’w ».

Le véritable tournant pour le compositeur est venu avec son quatrième album, « Dans l’espoir et le noir », paru en novembre de l’année dernière, notamment grâce au titre « Kache Nan Je’w ».

Le refrain du single est rapidement devenu tendance sur TikTok. Certains considèrent ce réseau social comme un nouvel indicateur de la viralité d’une chanson, notamment parce que son algorithme favorise la diffusion de contenus courts susceptibles de susciter des interactions.

En moins d’un an, l’extrait de « Kache Nan Je’w » a figuré dans plus de 120 000 vidéos TikTok. L’engouement a dépassé le monde virtuel : le refrain s’est répandu et s’est fait entendre dans les bars, les rues de Port-au-Prince et les villes de province.

« J’étais très content de ce résultat, avance Victor. Ce single m’a fait comprendre qu’il faut parfois tenter sa chance coûte que coûte, avec les moyens qui se trouvent à votre disposition. »

Distribué par CD Baby, une plateforme de distribution musicale numérique destinée aux artistes indépendants, l’album « Dans l’espoir et le noir » a aussi amélioré la situation financière de son producteur.

« Depuis la sortie de cet album, je reçois chaque mois, régulièrement, des royalties collectées pour moi sur les différentes plateformes de streaming par CD Baby », révèle-t-il.

Victor a accepté de partager ces informations avec AyiboPost. Il affirme qu’en juin 2026, il avait déjà reçu plus d’une demi-douzaine de versements provenant de ses écoutes en continu. Selon lui, les revenus cumulés atteignent désormais plusieurs milliers de dollars américains.

« La fréquence des commissions dépend de la courbe des écoutes. Lorsque l’album avait le vent en poupe, je pouvais en recevoir jusqu’à deux par mois », révèle-t-il.

Pour faire interpréter ses textes et obtenir une licence d’utilisation pour ses productions, Victor dit utiliser Suno AI, une plateforme payante spécialisée dans la création musicale à partir de textes.

« Je préfère ce logiciel parce qu’il me permet d’ajouter du mien dans la production des musiques », confie Victor.

Selon lui, il peut guider l’IA en lui indiquant ce qu’il veut obtenir, puis organiser le rythme et l’harmonie du morceau en précisant où placer un son ou un instrument particulier.

Aujourd’hui installé à Atlanta, en Géorgie, avec ses enfants, Victor continue de créer des morceaux avec l’aide de l’IA. Loin de considérer cet outil comme une menace, il y voit une occasion de faire avancer sa pratique artistique.

Pour lui, l’IA peut aussi aider à peaufiner une production artistique.

Selon le compositeur, l’arrivée de cet outil est une chance à saisir. « Parfois, il y a des jeunes qui ont du talent – en musique ou en composition – mais qui peinent à trouver des producteurs ou des mentors pour les encadrer », déplore-t-il. Il estime que l’intelligence artificielle peut désormais contribuer à combler ce manque.

L’enthousiasme de Victor contraste toutefois avec les réserves d’une partie du milieu musical face à l’essor de l’intelligence artificielle.

Une enquête menée en 2025 par UK Music auprès d’artistes, d’interprètes, d’auteurs et de producteurs au Royaume-Uni montre que 91 % des répondants estiment qu’il faudrait obtenir leur consentement avant d’utiliser leurs compositions ou leurs enregistrements pour entraîner des modèles d’IA.

Par : Junior Legrand Suivez notre journal de 19h sur Ayibo+ pour rester connectés à l’actualité ► AyiboPost s’engage à diffuser des informations précises. Si vous repérez une faute ou une erreur quelconque, merci de nous en informer à l’adresse suivante : hey@ayibopost.com


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Journaliste à AyiboPost depuis avril 2023, Legrand junior fait ses études à l'Université d'État d'Haïti. Passionné des mots et du cinéma, il espère mettre à contribution sa plume pour donner forme au journalisme utile en Haïti et favoriser l'éclosion d'une sphère commune de citoyenneté.

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